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 let's be alone together | Eric

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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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MessageSujet: let's be alone together | Eric   Mer 5 Avr - 15:38


Maximilian & Eric
« Sometimes, the person that you are trully meant to fall in love with
will come into your life in the strangest, most unexpected way. »
-  Unknown





Un calvaire. Une torture. Un comble, aussi, lorsque l’on songeait à la patience tout de même notable dont aurait pu se targuer Maximilian, si se vanter avait fait partie de sa nature.

La raison d’un tel branle-bas s’avérait aussi incongrue que moins dramatique qu’elle le laissait supposer, bien que le Californien ne cherchât pas à en minimiser l’impact. Imaginez un peu l’ascenseur émotionnel par lequel il venait de passer ! En surfant sur le net, à la pause déjeuner, il était tombé par pur hasard sur un article de blog annonçant avec entrain que le dernier livre de Stephen King venait d’être dévoilé, dernier opus d’une trilogie débutée en 2015 avec Mr. Mercedes, une conclusion plus qu’attendue par les fans aux rangs desquels Hale se comptait, sans l’ombre d’un doute. La nouvelle avait embelli sa journée, tant la promesse d’heures de lecture aussi innombrables que délicieuses le ravissait. Avec un temps aussi rude que celui que connaissait la ville depuis le début de l’année, la perspective d’un week-end entier passé enfermé chez lui, en tête-à-tête avec l’ouvrage ainsi qu’une bonne tasse de chocolat, volets fermés et pourquoi pas même en pyjama –soyons fous- revêtait un charme quasiment irrésistible, et ce sans grand risque sa préférence parvienne à aller à qui que ce fût d’autre, y compris la visite impromptue de leur ancien président, Barack Obama. Enfoncé dans son canapé, rivé à sa nouvelle acquisition à la manière d’un cobra incapable de détacher son attention de la flute de son charmeur attitré, il ne se serait sustenté que de plats chinois commandés en masse le vendredi soir, de pizzas décongelées ou même seulement de pâtes natures, du moment que le temps passé détourné des lignes composées par l’auteur de best-sellers ne dépassait pas un seuil minimal supportable. De l’asociabilité en barre, moralement peu défendable, mais tellement bonne… Juste irrésistible.

Bien évidemment, tout ceci se trouvait tout simplement trop beau pour être vrai, à l’instar de tant de choses en ce bas monde : après plusieurs minutes de lutte de longue haleine, due à un Wifi faiblard, Max parvint enfin à accéder à un site d’achats en ligne, tout en cheminant vers son bureau, où quelques menues tâches l’attendaient, avec lesquelles en finir aussi tôt que possible afin de profiter de la fin de son après-midi –comprenez se dégager du temps le plus prestement possible afin de trouver la librairie en ligne qui le livrerait le plus vite avant vendredi soir… à moins qu’une boutique tout ce qu’il y avait de plus tangible l’ait déjà déballé de ses cartons, auquel cas il se déplacerait directement, incapable de patienter. Quelle ne fut pas sa déception… En effet, trop enthousiasmé, il avait lu trop vite le message initial, qui annonçait effectivement l’arrivée du livre tant attendu… Qui cependant restait encore à paraitre. Ainsi, le malheureux Maxim tomba pour ainsi dire de haut au moment de finaliser son achat, lorsque le classique bouton « ajouter au panier » comportait la terrible mention de précommande. Ce ne serait donc pas pour ce week-end que sa maison se changerait en bunker, temple éphémère quoi qu’intense du binge reading… Et cela lui coupa les ailes, soyons honnêtes. La déception se révéla à la hauteur de son impatience, alors que les semaines d’attente paraissait interminables, voire même insurmontables ; refroidi, le critique se réinstalla à son bureau et termina de relire son prochain article, son bel entrain retombé à la manière d’un soufflé retombant à peine sorti du four. Une bonne dose de frustration, également, s’était jointe à la fête, ne nous mentons pas. Tout amoureux de la lecture, plus ou moins accro, avait au moins une fois dans sa vie expérimenté ce vague à l’âme, cette langueur un brin irritée vous donnant autant envie de rester là à regarder dans le vague, morose, contrebalancée par des épisodes de reprise de courage, durant lesquelles se secouer et tâcher de ne pas voir le verre à moitié vide… Maximilien, pour sa part, décida de prendre son volonté à deux mains, et à ne pas se laisser abattre : le thriller tant attendu lui échapperait encore pendant un temps ? Eh bien soit, Hale passerait au café librairie, à Capitol Hill, afin d’y trouver une perle rare suffisamment passionnante pour lui faire oublier sa mésaventure, le tout avec le plus gros chocolat chaud qu’il pourra trouver, avec assez de crème fouettée, de vermicelles multicolores et de confettis en sucre qu’on pourra lui servir sur sa boisson chaude. Sa glycémie n’allait pas forcément apprécier, sa ligne non plus, mais à situation désespérée, solution hors norme.

Même si l’après-midi venait à peine de finir, l’établissement, très apprécia dans le quartier, jouissait déjà d’une belle affluence, bien que l’heure de sortie des bureaux, synonyme de marée humaine, n’ait pas encore fait atteindre son pic de fréquentation à la boutique. Les différents membres du personnel, serveurs et conseillers en matière de lectures en même temps, cependant, se trouvaient déjà bien occupés, ce qui malheureusement n’allait pas s’arranger ; au comptoir, Max reconnut une jeune femme avec laquelle il avait eu l’occasion, à quelques reprises, de discuter brièvement, comme tout client poli se devrait de le faire, entre nous, lorsqu’il se faisait servir ou conseiller par un vendeur, eu égard au métier particulièrement difficile qu’il ou elle exerçait –au hasard, à cause de la station debout, de la bonne humeur obligatoire à afficher en toutes circonstances, ou encore des visiteurs pénibles. D’un sourire, Hale la salua, la trouvant aux prises avec la monumentale machine à café, thé et toute autre boisson imaginable, véritable usine à elle toute seule, toute de vrombissements et de nuages de vapeur.

-Bonjour Annie, désolé de vous déranger en pleine lutte avec cette machine infernale…

Parce que oui, le Californien faisait partie de ces personnes qui s’excusaient auprès de la caissière lorsqu’il n’avait pas l’appoint, ou lorsqu’il ne parvenait à donner suffisamment de renseignements à un employé venu l’aider à trouver l’article de son choix, une posture que quelqu’un comme, au hasard, son psychologue aurait pu analyser en profondeur, mais vu que ce dernier –seulement en théorie du moins- ne se trouvait pas là, il suffisait de voir cela comme une marque peut-être un peu trop poussée de politesse, et encore : en la matière, l’excès était vite pardonnable.

La demoiselle se tourna brièvement vers lui, avant de revenir vers le bijou de technologie visiblement récalcitrant, et qui occupaient ses deux mains :

-Bonjour, Monsieur Hale. Un chocolat, comme d’habitude ? Je m’occupe de vous tout de suite. Dès que j’en aurai terminé avec ça… J’ai aussi la commande de ce monsieur à prendre.

Sincèrement, sur le moment, Maxim songea à la remercier, elle qui depuis le temps avait retenu sa commande favorite tout en prenant la peine, par initiative personnelle, d’y répondre en la devançant. Il l’aurait également encouragée à ne pas se presser, à ne pas s’en faire, parce qu’il attendrait sans problème, sans oser encore lui demander son avis en matière d’achat potentiel mais surtout passionnant, vu que la pauvre avait fort à faire, et que rajouter une chose supplémentaire à la liste de celles dont elle avait à venir à bout n’aurait pas vraiment été d’une élégance rare. Oui, il lui aurait assuré sans l’ombre d’un doute qu’il allait s’installer quelque part, et qu’elle pouvait revenir vers lui quand elle en aurait l’occasion… Sauf que, par pur réflexe, il se retourna dans la direction indiquée brièvement par la jeune femme, du menton, juste avant qu’elle ne se replonge dans le réglage de la cafetière gigantesque.

Impossible de dire combien de temps exactement il fallut à Hale pour reconnaître le docteur Ashford, son thérapeute, tant cela parut instantané, au sens le plus pur du terme, tout autant que le sourire qui, par réflexe, ourla doucement les lèvres de Max, en le découvrant installé là, par pure coïncidence. Hasard, destin, chance, un tel coup du sort portait certainement un nom savant ; pourtant, sur le moment, le Californien n’éprouva non pas de la surprise, mais une sorte de ravissement diaphane, assagi par la conscience de le croiser en de toutes nouvelles circonstances. Leur côté inédit, et donc riche en possibilités par rapport à leurs séances malheureusement encore un peu guindées par les barrières invisibles entre praticien et patient, l’avait électrisé… Et pour le moins relégué le projet de s’offrir un voire plusieurs livres très loin dans sa liste de souhaits.

-Je vous en prie, prenez votre temps, lui assura Max, le regard toujours posé sur Eric, avant d’abandonner la malheureusement, toujours en pleines réparations, et sans d’ailleurs que celle-ci ne le remarque.

Peut-être que dans un film, ou dans un livre, le trajet jusqu’à la table du docteur aurait été nimbé d’une douce lueur floue, au fil d’un ralenti rythmé d’une bande originale de circonstance ; la vie réelle constituait cependant tout ce que avait sous la main, ce dont il se contentait avec plaisir, tant le caractère incongru et imprévisible de la situation l’amusait –surtout l’occasion de croiser Ashford hors des sentiers battus, pour être honnête. L’homme de plume s’avança, toujours souriant, les cinquante pourcents de chance de se faire débouter par Eric car certaines lignes ne devaient pas se voir franchies un psychologue et les âmes tourmentées sous la garde de ce dernier ne parvenant pas à entamer sa hardiesse.

-Bonjour, docteur. Puis-je… ?

L’objet de sa question, pour le moins évident, ne se constituait ni plus ni moins que par la chaise, en face de celle occupée par Eric, sur laquelle Max espérait bien avoir l’autorisation de s’installer, peut-être ne serait-ce que pour quelques instants, le temps de partager leur étonnement, quant à cette rencontre ayant presque les accents d’un petit coup de théâtre. Le dicton assurait qu’il valait mieux demander pardon que permission, une philosophie tentante, quoi que par forcément la meilleure pour mettre dans de bonnes dispositions qui que ce soit, et plus encore les personnes en valant la peine.






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Titre : Fall Out Boys - Alone together
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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Mer 5 Avr - 21:23

Let's be alone together
Maximilian & Eric
Ma matinée assez bien remplie de rendez-vous divers et variés avait laissé place à une après-midi bien plus légère. Deux séances seulement pendant la journée contre cinq bien plus tôt. Pour je ne sais quelle raison, bon nombre de mes patients préférait venir me voir le matin plutôt que dans l’après-midi. Sans doute préféraient-ils avoir leur journée de libre plutôt que d’avoir un rendez-vous placé en plein milieu. Toujours est-il qu’aujourd’hui, cela m’avait permis de quitter mon cabinet assez tôt par rapport à d’habitude, me laissant une bonne partie de la fin de journée de libre. Sur le trajet pour rentrer chez moi, j’avais alors réfléchi à ce que j’allais bien pouvoir faire pour mettre à profit ce temps libre. Plusieurs options m’avaient traversé l’esprit, comme aller voir un ami, aller au cinéma peut-être ou aller faire quelques courses. Mais aucune n’avait réellement trouvé grâce à mes yeux. La plupart de mes connaissances travaillaient à cette heure-ci, rien ne me tentait vraiment au cinéma et je n’avais pas envie de me retrouver parmi les rayons du supermarché. Alors je m’étais retrouvé devant les étagères de ma bibliothèque, farfouillant à travers les nombreux ouvrages qui la composaient pour trouver la perle rare, ou du moins un livre que j’aurais envie de lire. Mais il fallait que je me rende à l’évidence, je les avais déjà tous lus, au moins trois fois chacun. Parmi eux, je tombais sur Autant en emporte le vent. Ce livre avait une saveur toute particulière, un certain gout d’amertume et de nostalgie. Une profonde tristesse m’envahit alors que je revoyais Chloé lire et relire ce bouquin un nombre incalculable de fois. Il était son roman préféré. Elle le connaissait par cœur et il ne quittait jamais son sac. Avant. Ma gorge se noua alors que des souvenirs me revinrent en mémoire. Elle avait beau être partie depuis trois ans maintenant – bientôt quatre – penser à elle était encore douloureux. On dit que le temps guérit toutes les blessures. Dans mon cas, ce dernier n’a pas encore terminé son oeuvre.

Il fallait pourtant que je me ressaisisse. Je ne pouvais pas laisser mon esprit sombrer dans le désarroi. Je ne savais que trop bien comment j’allais finir si tel était le cas. Attrapant ma veste, je quittais la maison, allumant une cigarette alors que je démarrais ma voiture. J’allumais la radio pour m’occuper l’esprit et décidais de me rendre au café librairie en ville. D’une part parce que j’avais une soudaine envie – voire besoin – de boire un café bien fort. D’autre part pour m’acheter un ou plusieurs livres afin de m’aérer l’esprit. Ma sœur m’avait répété un nombre incalculable de fois qu’il fallait que je me débarrasse de toutes les affaires de Chloé. Toutes sans exception. Mais je ne pouvais pas m’y résoudre. J’avais réussi à donner tous ses vêtements et la plupart de ses affaires. Pourtant, je ne pouvais pas me séparer de certaines choses. Son roman préféré en faisait partie. C’est avec un air légèrement distrait que j’arrivais sur le parking du café. Ma cigarette terminée, je plaçais le mégot dans le cendrier de ma voiture. J’attrapais le gel hydroalcoolique situé dans ma boite à gants pour me laver les mains, habitude un peu maniaque que j’avais mais qui ne me quittait pas. Enfin je m’accordais quelques secondes, seul assis sur le siège conducteur pour reprendre mes esprits. Il m’arrivait parfois de me sentir nostalgique et déprimé en repensant à elle, mais j’essayais de toujours faire en sorte que cet état ne dure pas. Il n’était pas question que je me laisse de nouveau envahir par le désespoir pour me retrouver dans des bars à noyer ma peine dans l’alcool comme j’avais pu le faire auparavant. J’avais réussi à me sortir de cette spirale infernale, ce n’était pas pour y replonger.

Passant les portes du café, je constatais qu’il y avait déjà pas mal de monde. L’après-midi touchant à sa fin, bon nombre de personnes devait avoir besoin d’un café après le boulot. Je fis la queue, attendant patiemment que mon tour d’être servi soit arrivé. Je savais déjà ce que je voulais, un expresso, bien serré. J’étais patient alors attendre ne me posait pas de problème. Quand ce fut mon tour, la serveuse me proposa d’aller m’installer le temps qu’elle s’occupe de ma commande. Etant donné qu’il y avait du monde, elle avait sans aucun doute supposé que sa clientèle en avait assez de rester debout. Soit. Je la remerciais avant d’aller m‘asseoir à une table près de la fenêtre. J’estimais que ces pauvres gens n’avaient pas un métier facile. Beaucoup d’entre eux devaient tomber sur des clients peu aimables ou très exigeants mais ils se devaient de toujours garder le sourire, en toute circonstance. Le fait de rester debout à longueur de journée ne devait pas arranger la situation. Assis à ma table, mes coudes posés dessus, j’observais quelques secondes la serveuse et les clients qui défilaient. La pauvre semblait débordée. Mais je ne m’attardais pas sur elle, la malheureuse avait déjà suffisamment à faire en plus de supporter les regards insistants de ses clients. Je préférais regarder par la fenêtre. Mon regard dévia sur les personnes qui passaient devant le café. Certains semblaient pressés, stressés, hâtifs. Peut-être quittaient-ils leur travail après une dure journée. Peut-être avaient-ils un rendez-vous important dans très peu de temps. C’est fou comme les gens des grandes villes paraissaient tous vivre à cent à l’heure. Ce n’était pas la même chose dans ma petite ville natale. D’aussi loin que je me souvienne, les gens avaient le sourire, marchaient plus posément et n’avaient pas l’oreille greffée à leur téléphone portable. Bien qu’à mon époque, il n’y en avait pas, ou peu, je le conçois. Dans tous les cas, la différence était flagrante entre les habitants des métropoles et ceux des plus petites villes.

Sortant de mes pensées, je quittais la rue des yeux pour reporter mon attention sur la serveuse. Mais, ce ne fut pas sur elle que mon regard tomba. Un homme, que je reconnus aussitôt s’approcha de ma table, un sourire sur les lèvres. Maximilian Hale. L’un de mes patients. Sans doute le plus énigmatique et le plus intéressant de tous. Non pas que je trouve mon travail ennuyeux ou mes patients sans intérêt. C’est juste que celui-là avait quelque chose en plus. Quelque chose d’indéfinissable et d’intrigant. Il était une énigme à lui seul et je me plaisais à tenter de la résoudre. C’était assez étrange de le croiser en dehors de nos séances. Pourtant, ça me fit plaisir de le voir. Un fin sourire se glissa sur mes lèvres à mesure qu’il se rapprochait jusqu’à arriver à mon niveau pour me saluer et me demander subjectivement s’il pouvait prendre place à ma table. « Monsieur Hale, bonjour. » Dans un léger hochement de tête et avec un signe de la main qui lui indiquait l’emplacement de la chaise, je l'invitais à prendre place. « Bien sûr, je vous en prie. » Mes mains se joignirent entre elle alors que mon regard ne le quitta pas. Une infime part de moi me hurlait que je commettais une erreur en le laissant se joindre à moi parce que certaines barrières ne devaient pas être franchies. Un thérapeute n’était pas censé sympathiser avec son patient sous peine d’annihiler et de corrompre certains jugements. Cela risquait d’interférer sur mon travail selon les échanges que nous pourrions avoir. Mais, j’estimais qu’il n’y avait pas de mal à discuter quelques minutes. D’autant plus que j’en connaissais bien plus sur lui qu’il n’en savait sur moi, cela pourrait m'aider à mieux le comprendre. En quoi une petite conversation amicale serait néfaste ? « Comment allez-vous ? » Ces trois mots représentaient l’éternelle question que je posais à tous mes patients en début de séances. Aucun n’y échappait. Jamais. « Pardon, déformation professionnelle. » Lançais-je en riant légèrement et en levant doucement les mains en signe de reddition. Nous n’allions pas parler de son état d’esprit à l’heure actuelle, je nous réservais cela pour nos séances. « Qu’est-ce qui vous amène ici ? Êtes-vous un amateur de livres à la recherche de la perle rare ? Ou est-ce simplement l’attrait du café et de sa renommée grandissante qui vous a guidé vers cet endroit ? » Avions-nous un gout commun pour la lecture ? Peut-être. Peut-être pas. A moins qu’il ait eu envie de boire quelque chose et qu’il soit tombé sur cet endroit par hasard.

Cependant, le fait de le voir assis en face de moi me rappela l’une des conversations que nous avions eu lors de l’une de nos séances, où il m’avait parlé d’un ballet. « Au fait Monsieur Hale, dites-moi, comment se passe votre participation au ballet dont nous avions parlé ? » Je me souvenais qu’il avait montré une certaine réticence lorsqu’il avait gagné ce prix quelque peu particulier. J’avais dû lui trouver une motivation pour le pousser à y participer. J’étais prêt à l’inviter au restaurant s’il montait sur scène. J’estimais qu’il s’agissait là d’une bonne expérience à tenter. Certaines personnes peuvent même se trouver des dons pour quelque domaine que ce soit, et ce, de façon totalement hasardeuse. Et puis, je devais bien admettre que voir Maximilian participer à un ballet, dans le costume qui lui était propre avait quelque chose de plaisant, quelque part.

crackle bones
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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Mar 18 Avr - 19:18


You are worth finding, worth knowing, worth loving
À nous, aux souvenirs que nous allons nous faire. À l’avenir et au présent surtout,
à la santé de cette vieille terre qui s’en fout. À nous, à nos espoirs et à nos illusions.
À notre prochain premier rendez-vous.




Pour être tout à fait honnête, Max n’avait eu aucune idée de ce qu’allait bien pouvoir lui répondre son psychologue. Oh, bien évidemment, à sa question, seuls deux types de position se trouvaient à la disposition d’Ashford, en la matière d’un « oui » ou d’un « non », en substance –avec tout un éventail de nuances se rattachant à l’un de ces extrêmes, étant donné qu’Eric était un homme bien élevé, et de ce fait capable d’user de politesse afin de faire passer son message avec tact. Cependant, et aussi fort que le docteur puisse ressembler à monsieur tout le monde, rien ne se trouvait laissé au hasard, rien ne s’avérait aussi facile que cela en avait l’air, Hale en savait quelque chose, pour en avoir testé le principe à maintes reprises, à chaque séance pour être exact. Tous deux, sous couvert de sourires cordiaux et d’intérêts a priori communs, ne cédaient en fin de compte que très peu de terrain à l’autre, si bien qu’obtenir le droit –qui sait, le privilège, même- de s’installer à sa table et de partager un moment avec lui en dehors du cadre de leur contrat mutuel paraissait relever quasiment d’un petit miracle, rien que ça. Si Maximilian avait vraiment eu le temps pour y réfléchir, il aurait oscillé entre l’exaltation propre aux prises de risques osées et le doute le plus terre-à-terre et le plus critique envers une entreprise aussi hasardeuse. La nature prompte de leur rencontre avait empêché toute torture de méninges intempestive, pour mieux laisser son instinct lui dicter quoi, depuis le premier pas en direction du spécialiste jusqu’au moindre de ses mots. Un trop court temps de préparation, inexistant à la vérité, ne lui permettait pas de parvenir à parier avec assurance sur ses chances de succès, ce qui, d’une certaine manière, rendait encore plus plaisant ce tête-à-tête accidentel.

La réponse de son vis-à-vis, aussi chaleureuse que son sourire ainsi que son attitude à son égard au fil des nombreuses semaines de thérapie qu’ils avaient partagées malgré la coopération toute relative du patient, l’étonna tout aussi agréablement que le fait de le trouver au café librairie, grâce à un heureux concours de circonstances. Peut-être le Californien aurait-il dû jouer au loto : visiblement, c’était son jour de chance !

-Je vous remercie, lui répondit Maxim, pour qui sa bonne étoile avait apparemment décidé de faire un geste ce jour-là, avant de se couler sur la chaise faisant face à Ashford. Je ne voudrais pas vous déranger.

Il ôta son manteau une fois installé, s’en départant avec les gestes automatiques nés de l’habitude, et qui s’enchainaient sans même qu’il ait besoin d’y réfléchir. Son écharpe rejoignit le vêtement, repoussé de ses épaules sur le dossier de son siège, alors qu’un léger mais sensible sentiment de victoire résonnait dans le cœur du critique gastronomique : entre eux, chaque conversation, chaque réponse, même, revenait à lancer une pièce, sans réel moyen de prédire sur quelle face celle-ci allait retomber. D’ordinaire, Max n’était pas tant que cela séduit par les jeux de hasard, par les prises de risque où il n’avait pas l’opportunité de s’assurer un minimum de certitudes quant à sa probabilité de tirer son épingle du jeu, ou au moins de savoir où il allait. Cependant, il avait confiance en Eric, et cette donnée, en apparence compréhensible et basique, changeait absolument tout. Lorsque vous vous lanciez pour la première fois du haut d’un point pour un saut à l’élastique, malgré votre appréhension ainsi que l’impossibilité d’oublier qu’il existait un risque de chute mortelle, vous vous abandonniez à la gravité, porté par la foi en ce fragile cordon censé assurer votre sécurité… Tout en vous assurant le grand frisson. Bien que la comparaison puisse sembler peu flatteuse, Eric semblait définitivement être devenu son élastique, en quelque sorte ; ne manquait plus qu’à déterminer quand Hale finirait par faire le grand saut…

La brève hilarité d’Ashford le surprit alors qu’il venait à peine de s’assurer que son écharpe ne terminerait pas sa course par terre. Il n’avait jamais vraiment eu l’occasion de l’entendre au cabinet, malgré la bonne humeur indéniable dans laquelle baignaient leurs entrevues, et les quelques sourires que Maximilian parvenait à lui soutirer en usant d’un ou deux bons mots. Assez intrigué il fallait le dire, il tourna son regard azuré vers son psy, comme si par réflexe, son esprit n’avait pas souhaité en perdre une miette, ou plutôt voulu garder en mémoire autant de détails que possible de son visage. Intérieurement, et tout en se rasseyant de façon bien droite, l’œnologue se confirma à lui-même que oui, définitivement, le rire d’Eric était plaisant à entendre.

-Je vous en prie, il n’y a pas de mal. Votre professionnalisme est tout à votre honneur, et la routine a la vie dure…

Et il en savait quelque chose, lui qui avec une régularité d’horloge suisse s’installer de façon hebdomadaire sur le canapé du psychologue afin de tourner autour du pot sans vergogne ; pour ainsi dire, ne pas se voir taxé d’être ni plus ni moins qu’un mono maniaque, à de la sorte payer les services d’un spécialiste pour répéter à longueur de séance, sur un ton paisiblement enjoué, qu’il n’avait au fond aucune raison valable de souhaiter être psychanalysé. Mono maniaque… Ou pire. Ashford semblait vraiment compétent, il semblait donc plutôt paradoxal de ne pas le voir formuler un diagnostic sur son cas, quitte même à jouer son va-tout et à l’accuser de nourrir une obsession compulsive pour sa personne, et voir s’il tombait loin du but ou non. Il n’était cependant pas dit que la marge d’erreur eût été si grande que cela, ni qu’une telle possibilité parût inquiéter plus que cela le praticien ; autant de bonnes raisons de ne pas songer au pire, à savoir que le médecin escomptait passer à autre chose en mettant fin à leurs entretiens stériles –du moins sur le plan clinique.

-Merci à vous de vous en inquiéter, néanmoins. Tout va pour le mieux, merci, j’espère qu’il en va de même pour vous.

Certes, rien n’obligeait Max à répondre, mais ils ne se trouvaient pas au cabinet, montrer patte blanche en acceptant de se plier aux « règles tacites » encadrant leurs discussions habituelles ne constituait pas un trop gros faux pas, qui irait au crédit de son adversaire tant apprécié. Un effort, de temps à autres, ne tuait pas, contrairement à ce que l’on aurait pu s’imaginer, il ne fallait pas non plus se montrer démesurément rétif, a fortiori parce que les personnes normales, en une situation aussi anodine, se montraient poliment ouvertes à la conversation, sans encore user de tours et de détours pour masquer ses pensées. Maximilian ne prenait aucun plaisir à faire tourner en bourrique son thérapeute, loin de là -d’ailleurs, ç’aurait été bien cruel de considérer ses manières de la sorte, et heureusement, Eric ne donnait aucun signe de le croire, comme en témoignait son autorisation de le rejoindre autour d’un café.

La salve de questions qui le cueillit lui tira un sourire entendu, puisqu’elle appuyait de même l’hypothèse précédemment citée d’un cycle sans cesse répété, sans ennui, sans que leurs échanges ne perdent une seule seconde de leur sel. Le supplice de Sisyphe avait rarement connu de version plus passionnante.

D’un léger haussement d’épaules, Max signala que sa venue n’avait rien d’extraordinaire ; le vrai miracle, c’était bien que leurs visites, apparemment régulières pour l’un comme pour l’autre, n’aient jamais été jusque-là concomitantes.

-Un mélange entre la première option, et une déception littéraire de poids, si l’on peut dire. J’ignorais cependant que vous étiez vous-même un habitué, vous croiser est une bonne surprise.

Le fait qu’Ashford puisse fréquenter plus ou moins assidument le café relevait de la pure supposition, comme Hale se plaisait à en proférer –et plus encore sur lesquelles il s’appuyait- lors de leurs rendez-vous, à la manière d’un pseudo Sherlock Holmes, tout en déduction et en panache humblement exposé. Après tout, s’il prêtait une renommée à l’endroit, c’était qu’il s’y renait suffisamment souvent pour être le témoin de son succès, non ? À moins que quelqu’un lui en ait vanté les mérites… Comme dans toute répartie destinée au psychologue, Maxim prenait un parti et faisait un pari, presque à l’image d’un joueur compulsif incapable de ne pas relancer la roulette de son casino favori.

La conversation, bâtie sur des bases plaisantes, perdit cependant de sa superbe, et tout ça à cause d’un stupide ballet. Si le Californien retint un léger soupir, sa mine désabusée ne témoignait que trop bien du peu de cas qu’il faisait du fameux prix remporté par ses soins, censée l’emmener tout droit sur les planches pour un spectacle de danse dont il n’entendait déjà que trop parler, et ce avant même que la réception n’approche vraiment à grands pas. Le fait que le praticien s’oriente si vite vers un sujet si déplaisant lui aurait presque tiré une moue désappointée, si une telle expression n’avait pas été tant chargée d’informations pour son hôte.

-Vous serez satisfait d’apprendre que j’y travaille, répliqua Max de façon volontairement évasive tout en se forçant à ne pas quitter des yeux ceux de son interlocuteur, évitant ainsi tout coup d’œil vers sa droite, signe de mensonge.

Son regard se releva, pour revenir au visage de son vis-à-vis. Après tout, la faute lui revenait : s’il n’avait jamais confessé quel prix il avait décroché, Hale n’aurait pas donné à l’inspecteur d’âmes un « axe de travail » aussi barbant –barbant pour lui, sans doute bien plus amusant à exploiter pour Eric. Heureusement qu’un dîner en compagnie d’un de ses plus grands « fans » constituait une sorte de Saint Graal à laquelle se raccrocher, en ces temps de grand n’importe quoi général.

-Il existe quantité d’activités créatives prétendument épanouissantes, pourquoi vous focaliser autant sur un ballet ?

Dans l’énonciation de ce dernier mot, une mésestime palpable transpirait, non point pour la discipline en elle-même, élégamment exigeante, ni pour celles et ceux la pratiquant avec assiduité, mais plus pour l’engouement quais général que les gens opposaient à son absence totale de motivation pour se trémousser devant un public, doublée de la conviction profonde que l’idée d’une prestation de sa part relevait du ridicule le plus flagrant. Pourquoi personne à part Rohan, lui aussi malheureusement gagnant du tirage au sort, ne parvenait à voir une évidence aussi monumentale ?

-Enfin, j’imagine qu’il y aurait matière à en discuter durant un moment… Je peux vous offrir quelque chose à boire, du reste ? ajouta Maxim, au petit bonheur la chance, tout en se tournant un bref vers le comptoir la pauvre serveuse, toujours aussi débordée. À moins qu’il existe un règlement qui l’interdise, bien sûr.

Il ne plaisantait malheureusement qu’à moitié : inutile pour nous de revenir sur la rigidité des codes régissant l’ordre des choses entre eux, tous deux, comme vous et moi, les connaissaient parfaitement. Néanmoins, pour le moment, Hale avait réalisé un sans-faute, sans compter que passer commande impliquerait que leur rencontre durerait plus qu’un bonjour-ravi de vous voir-à la prochaine, ne serait-ce que le temps de boire ce qu’ils auraient choisi. Ce qu’on servait ici s’avérait de plus chaud, voire très chaud, ç’aurait été dommage de se brûler en vidant trop vite le contenu de leurs tasses respectives…






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Joe Dassin - À toi
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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Mer 19 Avr - 22:50

Let's be alone together
Maximilian & Eric
Le hasard était parfois étrange. Il arrivait qu’il ait un drôle de sens de l’humour dans certaines circonstances. Aujourd’hui, je devais dire qu’il était assez bien fait. On dit souvent que le hasard fait bien les choses n’est-ce pas ? Tel était le cas aujourd’hui. J’aurais pu passer le reste de la journée à me morfondre chez moi en relisant inlassablement son ouvrage favoris. J’aurais pu, comme des années auparavant, aller noyer ma mélancolie dans un verre ou deux – voire bien plus. Mais non, j’avais décidé d’aller prendre un café et d’envisager l’acquisition d’un nouveau livre. Cette décision parmi tant d’autres m’avait conduit dans cet endroit précis, à cet instant exact où l’un de mes patients les plus fascinants se trouvait également. Combien y avait-il de chance pour qu’une telle rencontre se produise dans un lieu aussi anodin ? La ville est grande, mais comme l’adage le dit, le monde est petit. Cela est d’autant plus vrai en cet instant précis. Sa présence me fit plaisir, pour une raison encore inconnue. J’étais content de le voir. Cette euphorie me fit commettre ma première erreur, l’autoriser à s’asseoir à ma table, lui permettre de me tenir compagnie, accepter la possibilité d’endommager cette barrière professionnelle qui se dressait entre nous. Ma conscience avait beau me hurler que j’allais contre l’éthique, mes gestes et mes paroles n’allaient pas dans le même sens. Ma volonté et mon instinct étaient plus forts que mon raisonnement. Le caractère inattendu de la situation n’avait fait que renforcer cette absence de réflexion plus poussée.

Maximilian Hale prit donc place face à moi tout en me remerciant. « Ce n’est pas le cas, rassurez-vous. » Non, il ne me dérangeait pas. Si tel avait été le cas, je ne lui aurais pas permis de s’asseoir à ma table, d’une part, mais je lui aurais également fait comprendre avec tact et politesse que je préférais rester seul. L’art de manier les mots faisait partie intégrante de mon travail après tout. Il se mit à l’aise alors que je commis l’impair de lui poser ma sempiternelle question concernant son état psychologique. Par pur automatisme, cette interrogation non anodine avait franchi la barrière de mes lèvres. Bien sûr, nous n’étions pas en pleine séance, mais sa réponse m’intéressait malgré tout. Même si j’imaginais sans mal quelle en serait sa teneur. Maximilian allait toujours bien. Constamment et inlassablement. Tout allait toujours bien pour lui. C’était à se demander ce qui l’avait poussé à me consulter. Si une personne se décide à voir un psychologue c’est parce qu’elle a un problème. Aucune personne sensée ne paierait pour discuter de la pluie et du beau temps avec un professionnel. Pour certains, la confession nécessitait beaucoup plus de temps que pour d’autres. Certains vivaient même dans le déni. Monsieur Hale faisait partie de ce type de patient. Il me fallait faire preuve de patience et de persévérance pour l’inciter à me dévoiler ce qui le pesait tant. Encore fallait-il qu’il accepte de voir la réalité en face. Vivre avec des œillères était tellement plus simple.

Cependant, et contre toute attente, il prit la peine de répondre à ma question. Et ce, comme je l’avais supposé, de la même manière que d’habitude. Et comme toujours, il n’oublia pas de me retourner la question. A l’image d’un éternel match de tennis, Hale avait le don de me renvoyer la balle constamment, rebondissant sur mes questions sans vergogne pour les esquiver et me les retourner. Etant son thérapeute, sa condition m’intéressait bien plus que la mienne alors nos échanges se transformaient bien vite en pirouettes pour pousser l’autre à répondre. Il en résultait presque un jeu, entre l’un qui tentait de fuir la réalité et l’autre qui cherchait à la rattraper. Maximilian était une énigme que je me plaisais à tenter de résoudre. Mes lèvres s’étirèrent en un fin sourire à ses mots. « Tout va bien de mon côté, je vous remercie. » Même si j’avais observé un léger passage à vide peu avant de venir. « Et je constate que tout va toujours pour le mieux pour vous. Croyez-le ou non, mais j’étais intimement persuadé que j’obtiendrais ce genre de réponse de votre part. Sans doute une question d’habitude, je ne saurais le dire. » L’ironie était palpable. J’avais juste envie de le taquiner un peu sur cette même sempiternelle réponse qu’il me donnait à chaque fois. L’un n’allait pas sans l’autre et nos échanges commençaient toujours de la même manière, inlassablement. Aujourd’hui ne faisait pas exception bien que nous soyons en dehors du cadre professionnel habituel.

J’étais curieux de savoir ce qu’il faisait là. Etait-il entré dans l’établissement par hasard ? Connaissait-il l’endroit ? Etait-il un habitué ? Ces réponses n’avaient aucun intérêt professionnel, mais incitaient une simple envie d’apprendre à le connaitre davantage. Sa réponse me portait à croire qu’il était un amateur de littérature. Cependant, il évoqua une déception littéraire de poids. Cet argument titilla ma curiosité mais il me retourna de façon subtile et indirecte ma question à son sujet, mentionnant au passage que me croiser était une bonne surprise. Cela était réciproque. « Un habitué, je n’irais pas jusque là. Il m’arrive de venir boire un café occasionnellement parce que je le trouve très bon et qu’ils possèdent des livres plutôt intéressants. D’après vos dires, vous êtes également un amateur de littérature ? Quelle est donc cette déception littéraire qui vous taraude et qui semble vous avoir guidé jusqu’ici ? » Avait-il lu un mauvais roman ? Avait-il été déçu de quelque manière que ce soit durant sa lecture ? Peut-être envisageait-il lui aussi de faire l’acquisition d’un nouvel ouvrage ?

Cependant, alors qu’il se tenait face à moi, un autre sujet me vint en tête. Un sujet dont nous avions parlé lors de nos précédentes séances. Le fameux ballet qu’il avait gagné et qui n’avait pas l’air de l’emballer plus que ça. Il est vrai que danser sur scène avec des collants n’avait sans doute rien de très agréable. Mais, peut-être que cela lui ferait du bien ? La danse était une thérapie libératrice comme une autre. Il l’avait gagné, pourquoi ne pas en profiter ? D’autant plus que le jeu en valait la chandelle. Du moins, si une invitation à dîner avec moi l’intéressait. J’aurais pu trouver autre chose qu’un repas en ma compagnie, mais sur le moment, j’avais trouvé l’idée bonne. Même si je pouvais tout à fait lui proposer autre chose s’il le souhaitait. Rien n’était acté de manière définitive. Il assura qu’il y travaillait, pour toute réponse. « Bien. Vous êtes-vous découvert une passion pour cette discipline ? Tout se passe bien avec vos partenaires ? Aucune ombre au tableau ? Vous savez que vous pouvez tout me dire. » Déformation professionnelle, encore et toujours. Il en avait conscience bien qu’il ne le fasse pas. Nos séances en témoignaient. Mais, je me devais de persévérer, encore et encore, de toutes les manières possibles. Mon but était de l’aider, quel que soit son problème. Pourtant, s’il ne m’en parlait pas, l’entreprise serait bien plus complexe. Sa question me fit sourire. Bien sûr qu’il existait de nombreuses autres activités, toutes plus épanouissantes les unes que les autres, je n'en doutais pas. « Vous y avez gagné votre place. Pourquoi ne pas en profiter ? Qui sait, peut-être y découvrirez-vous une sorte de don. Un talent caché dont vous ignoriez l’existence. Sans doute, trouvez-vous cela ridicule d’une quelconque manière que ce soit, tant par les costumes ou les chorégraphies ou que sais-je encore, mais êtes-vous déjà monté sur scène ? Vous êtes-vous déjà exercé ? Vous savez, bon nombre de personnes trouvent telle ou telle chose absurde en raison des nombreux préjugés qui existent dans notre société. Mais leur ressenti et leur raisonnement peuvent se trouver changés par un engouement naissant et nouveau pour ce qu’ils découvrent. Ne vous laissez pas démonter par ce que le monde peut s’imaginer, faites-vous votre propre opinion. Comment pouvez-vous avoir la certitude que cela ne vous plaira pas si vous ne tentez pas ? C’est exactement comme la nourriture. Qui peut se targuer d’affirmer qu’un plat est mauvais s’il ne l’a pas goûté ? Les apparences sont parfois trompeuses. » Je marquais un léger temps de pause, pour lui permettre d’assimiler mes paroles. « Rien ne vous empêche d’essayer une autre activité lorsque vous serez certain que celle-ci ne vous convient pas. » En participant à ce ballet – cela aurait pu être une toute autre activité, ma réflexion aurait été identique – je voulais qu’il passe au-delà des préjugés et des idées préconçues. Je voulais qu’il se fasse une idée par lui-même. Si cela ne lui plaisait pas, soit. Mais comment pouvait-on juger sans connaitre ? Il en allait de même pour tous les aspects de sa vie. Mieux valait toujours suivre sa propre opinion. Et puis, peut-être découvrira-t-il une activité libératrice au final?

Le temps s’écoulant finalement et ma commande ne pointant toujours pas le bout de son nez, Hale se proposa pour m’offrir quelque chose à boire, émettant toutefois l’hypothèse d’un possible règlement l’interdisant. Il ne fallait pas se mentir, j’avais déjà commis l’erreur de l’inviter à ma table – la deuxième, bien plus importante, comportait ce potentiel dîner. Nous frôlions déjà la limite. Qu’y avait-il de mal à le laisser me payer un café ? Notre conversation n’en serait que rallongée, rien de plus. Quel mal y avait-il à cela ? Encore une fois, ma conscience professionnelle me hurlait à gorge déployée que je devais refuser une telle offre. Malheureusement, mes paroles reprirent une nouvelle fois le pas sur mon raisonnement. « Je ne vois pas les murs de mon cabinet. Présentement, je ne suis pas le Docteur Ashford, ma journée de consultation est terminée. Je ne suis qu’Eric Ashford, assis à cette table dans un café en votre compagnie. Aucune règle dans ce pays n’interdit une telle invitation entre deux hommes civilisés. Alors avec plaisir, faites. » Je jetais un œil vers le comptoir, mais la pauvre serveuse croulait toujours sous les commandes. Peut-être nous avait-elle oubliés finalement ? « J’ai commandé un expresso mais… à en juger par l’activité grandissante et incessante près du comptoir, je crains que cette pauvre femme soit passée à autre chose. Il faut dire que c’est l’heure de pointe. » Il n’y avait plus qu’à prendre son mal en patience.

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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Mar 25 Avr - 21:42


Oh beautiful stranger
Oh simple thing where have you gone ? I'm getting old and I need something to rely on. So tell me when you're gonna let me in, I'm getting tired and I need somewhere to begin. And if you have a minute why don't we go talk about it somewhere only we know ? This could be the end of everything so why don't we go somewhere only we know ?




Sur le coup, Maxim se demanda si son thérapeute pouvait lui mentir. En soi, la chose s’avérait tout à fait envisageable : tout le monde s’en trouvait capable, avec plus ou moins de succès, mais du moment que des lèvres parvenaient à se mouvoir pour former des mots, ou que des doigts agiles signifiait par le geste la pensée de ceux frappés d’aphasie, la tromperie devenait une possibilité. Une personne se dédiant à l’écoute et au soutien de malheureux à la dérive se trouvait au-delà de tout soupçon, et pour cause : exercer un tel métier requerrait de la patience, de l’empathie, et plus que tout de chaleur humaine, afin d’apaiser les tourments de ses patients, en quête d’une harmonie que le psychologue incarnait. Tout cela aurait-il pu être compatible avec un double-jeu, une certaine forme d’hypocrisie ? Eric n’avait pas l’air d’un égo-maniaque, du genre à n’écouter que d’une oreille les plaintes de ses clients en réprimant un air ennuyé, et n’exerçant ce métier que pour le plaisir de représenter l’ancrage salvateur auquel confier l’omnipotence d’un sauveur, loin de là. Pourtant, n’avait-il jamais, depuis qu’il avait obtenu son diplôme, éprouvé la moindre minute de lassitude, la moindre évasion de son attention vers d’autres contrées, alors qu’un torrent de geigneries s’écoulaient paresseusement contre ses tympans ? Ashford, malgré son talent et tout sa bonne volonté, demeurait un être humain : il lui arrivait donc certainement d’être fatigué, un peu malade, ou de mauvaise humeur, autant de petits moments de faiblesse cachés aussi bien que possible, pour ne pas rompre leur lien de confiance parfois difficilement construit. En soi, peut-être qu’il n’avait pas voulu le froisser en refusant, purement et simplement, de contrevenir à son éthique professionnelle ? Ou que, plus stratégiquement, avait-il remarqué le potentiel d’un pareil rendez-vous aussi innovant qu’informel, pour mieux décidé de voir si, sous le couvert d’un bavardage innocent, quelques avancées avaient des chances d’être réalisées, profitant de l’armure partiellement ôtée de Maxim ? Oh, même cette hypothèse, qui aurait parfaitement pu et à raison- vexer Eric, relevait autant que les autres de la spéculation gratuitement injustifiée, Maximilian y pensait, sans en éprouver la moindre craindre, ou la moindre once de déception, quant au véritable visage du si parfait docteur Ashford : définitivement, il n’en doutait pas une seule seconde, il existait des pièges dans lesquels il s’avérait délectable de tomber.

Comme de bien entendu, le psychologue ne se contenta pas d’une simple parade, devenue fade à force d’être employée par Maximilian à absolument tous leurs entretiens. En même temps, qu’espérer d’autre, de la part d’un esprit étrangement tortueux lorsque l’envie lui en prenait, que le mirage habituel ? Si les mots avaient pu être un grand verre l’alcool, le « je vais bien » si prévisible de Max aurait été le shoot de vodka immuablement servi à Eric, par un serveur invisible connaissant plus que bien ses goûts –ou un whisky, un gin tonic, un cosmo, bref, la drogue préférée du spécialiste, et en matière de boisson, il en connaissait un rayon, n’est-ce pas, malheureusement.

-Je vous ferai remarquer que nous sommes deux à nous porter comme des charmes… lui fit-il remarquer d’un air entendu, et pas si dénué d’ironie que cela. Ce qui est une bonne nouvelle, en soi ; réjouissons-nous.

S’il avait déjà reçu son chocolat, ç’aurait été le moment idéal pour en prendre une goulée, masquant ainsi un sourire légèrement narquois, mais l’afflux de visiteurs le privait tout comme son interlocuteur d’une tasse salvatrice derrière laquelle masquer en partie son impertinence ; sagement, Maxim n’arbora donc qu’un imperceptible manteau de maîtrise assumée, sans complexe, ni cruauté gratuite. Après tout, il ne faisait que relever qu’à son instar, Eric jouait pour ainsi dire le même disque en boucle, pour des raisons vraisemblablement diamétralement différentes des siennes, mais pour un résultat en tout point identiques.

N’étaient-ils pas, au fond, deux affabulateurs spécialistes de l’esquive ? Là encore, répondre par la positive à cette question n’aurait pas représenté un grand mal : un dicton populaire affirmait que qui se rassemble s’assemble, une philosophie qui semblait se vérifier, puisque l’attrait d’une boisson chaude ainsi que d’un ouvrage de fiction savait les séduire aussi bien l’un que l’autre.

-Juste le dernier Stephen King, auteur que j’affectionne tout particulièrement, et que j’ai cru déjà paru, alors qu’il ne sort qu’au printemps. Je n’ai pas toujours énormément de temps pour moi, mais effectivement, oui, lire est une activité que j’affectionne. Lire m’a amené à griffonner une ou deux pages de temps à autres, et donc en quelque sorte à me former pour le métier que j’exerce actuellement.

C’était étrange, même s’ils n’étaient pas officiellement en séance, Hale gardait l’impression diffuse que c’était bel et bien le cas, qu’ils n’avaient fait que déplacer, avec l’aide du hasard, leurs circonvolutions habituelles dans l’espace, mais sans vraiment les faire évoluer dans le contenu -comme un cours qui aurait déplacé de la salle où il se tenait en temps normal par un professeur conciliant, prêt à enseigner à ses élèves assis en tailleur dans l’herbe, pour mieux profiter d’une belle après-midi ensoleillée. Une différence de forme, pas de fond… Sans que le Californien en eût pleinement conscience, une partie de lui, au plus profond de sa tête -ou bien était-ce de son cœur ?- regrettait que l’opportunité en soi incroyable offerte par le fait de tomber sur lui dans ce café ne donne naissance qu’à ce qu’ils connaissaient déjà. Oh, bien évidemment, ce n’était pas en un claquement de doigts que les choses se révolutionnaient, ni que leurs rapports client/psy pouvaient être mis de côté comme on ôtait temporairement un masque… Pourtant, une petite voix, au creux de son être, soupirait après autre chose, quelque chose de nouveau que leur discussion actuelle, autour de tasses pour l’heure encore imaginaires, aurait pu faire éclore. Etaient-ils condamnés à camper dans leurs rôles respectifs, avec plus ou moins de souplesse, mais jamais de liberté réelle ? Tel un navire à quai, Max, incapable encore de trop se l’avouer autrement que par une légère pointe de déception, aspirait à filer vers le large, lointain, inconnu, excitant, dangereux aussi ; des amarres, presque douloureusement, le ramenaient de façon inexorable en arrière, le retenant au port, si connu, si formaté, rassurant sans parvenir à le rassasier intellectuellement.

Pour preuve de cette sensation de tourner en rond, Eric se lança dans une longue série de questions, sur le sujet tabou du moment, à savoir ce fichu ballet. Là, maintenant, tout de suite, alors qu’ils avaient fait mentir toutes les probabilités voulant qu’ils ne risquaient pas de se croiser au même endroit au même moment sans s’être fixés rendez-vous à l’avance, le psychologue n’avait pensé qu’à ça, n’avait souhaité s’enquérir que de cette question aussi stupide que bénigne, du moins aux yeux de Hale, alors que tant d’autres sujets auraient pu être agréables à expérimenter.

Pour aller jusqu’au bout du raisonnement, la part de Maximilian appréciant tellement la connivence de plus en plus solidement enracinée en lui envers Ashford regrettait que la seule chose qui fasse un tant soit peu se passionner ce dernier pour son cas se résumait à ce détestable spectacle, auquel il ne voulait pas prendre part, et qui ne le mettrait pas en valeur aux yeux du si encourageant docteur. Ne devenait-il réellement intéressant qu’en risquant de finir en costume sous les projecteurs, son niveau de grand débutant étalé au grand jour, à la vue de tous, victime parfaite pour les moqueries ? Enfin… Il fallait bien commencer par quelque chose, n’est-ce pas. Leur contrat ne stipulait pas qu’ils se verraient à l’avenir « pour le meilleur et pour le pire », mais c’était tout comme, et force était de constater qu’une fois le pire éclusé, il ne resterait que le meilleur.

Un critique d’art ayant à réprimer tout le mal qu’il pensait d’une exposition lors d’un débat qu’il souhaitait constructif -ou au moins apaisé- avec un collègue à l’avis contraire n’aurait pas arboré une autre posture, toute en retenue imperceptiblement dédaigneuse. Plaider l’indifférence constituait un effort sensible pour le Californien, qui ne se cachait pas, comme nous venions de le noter et comme par le passé, de laisser s’exprimer toute l’étendue de sa répulsion quant à accepter de bonne grâce ce cadeau empoisonné. Il savait qu’il pouvait tout lui dire, et n’allait pas se gêner, du moins sur ce sujet en particulier.

-Je ne comprends pas cette aspiration à vouloir sortir du lot dès que possible, avoua Max en toute honnêteté. En quoi cela devrait-il être un but quasi ultime, ou plutôt, pourquoi ne pas se satisfaire d’être monsieur tout le monde, sans demander son reste ? Je trouve qu’il est plus intéressant de savoir se satisfaire de ce que l’on a ; il n’y a rien de mal, au contraire, à se lancer dans quelque chose lorsque la décision a été mûrement réfléchie, et si on le fait pour soi, par goût. Je vis très bien avec le fait de n’avoir aucun talent artistique particulier, et si jamais il me venait le désir de découvrir si j’ai réellement un potentiel inexploité ou non, je le ferai loin des regards curieux de toute une marée d’anonymes. Nous vivons à une époque hyper connectée où la critique facile est devenue loi, vous le savez aussi bien que moi : je refuse, en tant que personne sensible à son intégrité, d’être jugé sans mon consentement, et d’essuyer quantité de remarques aussi cruelles que gratuites. L’attraction qu’exerce l’infime chance de toucher à un peu de célébrité, le temps d’une soirée, me laisse froid : ça me paraît tellement vain, et d’une bien piètre valeur d’un point de vue de mon développement personnel en considérant que je perdrai le plein contrôle sur mon image, et sur le choix d’à qui je la livre. L’autre lauréat partage peu ou prou cet avis.

Ah, le contrôle… Maximilian en connaissait un rayon, sur le contrôle, il en était même un des apôtres les plus fervents, et ce jusque dans les moindres aspects de sa vie, même inconscients. Refuser de contempler l’étendue des ravages causés par la mort de ses parents, et par-là même de cesser de se dire continuellement en forme ou de trouver acceptable de ne plus être capable de rentrer chez lui, revenait à abandonner ce contrôle draconien sur lui-même, à lâcher prise et laisser ses émotions remonter à la surface ; une entreprise que se refusait Maxim pour l’heure, secrètement terrifié à l’idée que desserrer les serres de son self-control sur son âme équivaille à une certaine forme d’auto-destruction, sous le coup de la douleur.

Sa façon de se comporter face au deuil, ses manières d’homme bien élevé issu d’un milieu favorisé, jusqu’à sa pudeur s’opposant à l’exhibition publique prévue par l’école de danse, tout allait chez dans le même sens : de la tenue, toujours de la tenue, en toutes circonstances. Le monde pouvait bien s’écrouler, il lui fallait faire bonne figure, dans la pure lignée de ces capitaines de vaisseau coulant dignement avec leur navire.

Voilà contre quoi luttait Eric, David armé d’une frêle fronde contre un Goliath intangible aussi solidement ancré en son patient que les montagnes l’étaient sur le sol des continents ; le réaliser, pour le psychologue, serait assurément un premier pas vers l’identification du meilleur remède pour Max, étant donné qu’il aurait pleinement connaissance de son « ennemi ».

-Et puis entre nous, je ne sais pas si vous avez déjà pu suivre une retransmission d’un ballet à la télévision, ou même si vous êtes déjà allé à l’opéra, mais je puis vous dire que les collants allant de pair avec les costumes sont une pure ignominie, et je pèse mes mots. Rien que pour ça, refuser le prix m’apparaît comme la seule réaction sensée.

À moins d’avoir une certaine propension pour l’exhibitionnisme, parce que vu le point auquel ces fameux collants se révélaient moulants, il s’avérait nécessaire, pour embrasser à court comme à long terme la carrière de danseur, de n’avoir aucun souci avec le fait d’avoir durant des heures ses bijoux de famille visiblement soulignés par l’élasthanne, et Dieu savait à quel point le regard était attiré par ce genre de détail.  

C’était aussi ce point qui rendait l’enthousiasme de son thérapeute un brin étrange : soit il ne se rendait pas compte de l’obscénité -osons le mot- d’un pareil accoutrement, auquel cas le pauvre innocent pouvait être excusé pour son ignorance avant d’être mis au courant de l’affreuse réalité…  Soit il le savait, ce qui rendait vaguement dérangeant qu’il n’accepte pas d’instinct que Maxim puisse ne pas apprécier de virevolter ainsi vêtu. Le paroxysme de l’étrangeté était atteint si en plus, il trouvait fantastique de savoir Maximilian disposé à se donner en spectacle au sens strict et cru du terme, ainsi que d’être le spectateur de ce dévoiement. Son spectateur, au nom du Ciel. Incompréhensible.

Heureusement, un bref interlude leur fut offert par l’évocation de leurs boissons disparues -enfin plutôt jamais arrivées- : Max retrouva une expression légèrement plus enjouée, propre à la facette taquine qu’Ashford connaissait si bien. Comme il était agréable de le voir officialiser le côté plus personnel -plus privé ?- de cette entrevue.

-C’est bien noté, comptez sur moi pour ne pas l’oublier lorsqu’une ouverture se présentera au comptoir. Tant que nous y sommes, vous pouvez m’appeler par mon prénom, ou bien « Maxim », pour faire plus simple. Je vous proposerais bien de nous tutoyer, quitte à faire les choses pleinement, mais je crains de ne pousser trop loin mon fragile avantage.

Mais bon, en même temps, si Eric était partant, il ne serait pas contre non plus, si vous voyez où le Californien voulait en venir… Ce que le ton de sa phrase sous-entendait de façon pleinement assumée. Après tout, Hitler avait laissé un parfait exemple de réussite d’une semblable méthode, triste exemple certes, mais exemple tout de même : pour conquérir les Sudètes sans déchaîner les foudres des autres puissances du vieux continent, il avait procédé par étape, envahissant pas à pas ses voisins, petit à petit… Jusqu’à ce que sa politique d’expansion n’ait plus besoin de jouer les timorées.

Pourquoi chercher plus loin, quand le critique se montrait déjà plus que créatif lorsqu’il était question de détourner la conversation de là où le spécialiste souhaitait l’amener ? Leurs débats ne manquant pas de piment, voilà qui valait tous les ballets du monde.

Jugeant le chapitre des libertés prises ou à prendre momentanément clos, Max en revint à la polémique du concours :

-Si vous trouvez si charmante l’idée de jouer les ballerines, n’hésitez pas, je vous céderais mon ticket gagnant avec plaisir. À moins que vous ne préfériez me montrer l’exemple et défendre votre point de vue de facto en prenant des leçons avec moi… ?

L’aspect provocateur de sa démonstration s’appuyait sur une solide pointe d’ironie, pour une finalité des plus simples : lui faire reconnaître que lui aussi, s’il avait été à la place de son patient, n’aurait pas nourri une aussi belle motivation que celle qu’une personne nullement concernée pouvait se permettre d’arborer. C’était facile de vanter les mérites d’une philosophie qu’on n’appliquait pas… Et Hale était quasiment certain d’être parvenu à mettre en position de pat son si talentueux interlocuteur.






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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Sam 29 Avr - 15:59

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La situation dans laquelle je me trouvais mettait mon sens de l’éthique à rude épreuve. Un psychologue ne devait pas franchir certaines limites avec ses patients. Il ne devait pas rompre certaines barrières nécessaires à son travail et primordiales pour garder cette distance professionnelle qu'il devait respecter. Pourtant, malgré toute bonne volonté de ma part, je n’étais jamais parvenu, au cours de ma vie, à rester à ma place avec certains de mes patients. Quelques uns d’entre eux étaient devenus de bons amis avec le temps. Comment ne pas s’attacher à ces gens en détresse ? Comment rester froid et distant quand ils vous demandaient de l’aide même en pleine nuit ? Comment demeurer rigide et fermé quand l’un d’eux vous invitait si gentiment à boire un café ? Je n’avais jamais été de ce genre de thérapeute à suivre l’étique coûte que coûte au détriment du lien humain. Je ne faisais pas partie de cette catégorie de professionnels qui se contentaient d’écouter à moitié leurs patients une heure par semaine sans chercher plus loin et qui ne cherchaient qu’à se remplir les poches. Si j’avais choisi cette profession, c’était pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin. Je considérais que mon temps leur appartenait, même en dehors de nos séances. Après tout, comment réellement aider une personne en ne discutant avec elle qu’une heure par semaine ? J’estimais que ce n’était pas possible. Voilà pourquoi j’offrais mon numéro de téléphone personnel à chacun de mes patients pour leur permettre de me joindre quand ils en ressentiraient le besoin, n'importe quand. L’être humain peut être plus disposé à avouer ce qu’il a sur le cœur en pleine nuit ou lorsque les heures ne consultation ne sont plus effectives. Si certains de mes confrères se contentent du strict minimum, ce n’est pas mon cas. Je préfère m’impliquer au maximum, quitte à renier l’éthique. Même si ma conscience n’était pas d’accord avec moi sur ce point.

Maximilian Hale ne faisait pas exception. Il était venu à ma rencontre, il avait décidé de me consulter, ce n’était pas pour rien. Il avait un problème, qui devait le ronger au fond de lui. Même s’il affirmait toujours le contraire, même s’il prétextait aller toujours pour le mieux, je savais que ce n’était pas le cas. Il savait que quelque chose le rongeait, il en avait parfaitement conscience sinon nous ne nous serions jamais rencontrés. Pourtant, il refusait de mettre le doigt dessus. Soit il n’était pas prêt pour en parler, ce que je pouvais concevoir, soit il se voilait la face consciemment. Il est toujours plus facile de se dire que tout va bien plutôt que d’affronter ce qui nous tourmente au fond de nous-mêmes. J’en sais quelque chose. Vivre avec des œillères est la solution de facilité. Cependant, le fait de consulter un psy était déjà un premier pas vers l’amélioration de sa condition. Sa réponse à ma question rituelle n’avait donc rien de surprenant. Bien au contraire, j’en connaissais déjà la teneur avant qu’il n’ouvre la bouche. Il ne manqua pas non plus de souligner que nous étions deux à nous porter au mieux, qu’il s’agissait là d’une bonne nouvelle et que nous devions nous réjouir. Faux semblants, encore et toujours, pour l’un comme pour l’autre. « Certes. Cependant, je nourris l’espoir qu’un jour, vous me révéleriez la véritable raison de votre prise de rendez-vous avec moi. Si je puis me permettre Monsieur Hale, si tout va pour le mieux dans votre vie, pourquoi avoir pris la décision de venir me consulter ? » Oui, pourquoi ? Quel était son intérêt de venir discuter de tout et de rien une heure par semaine avec moi – moyennant finance – s’il n’avait aucun problème à l’horizon ? Il me semblait cependant, si je ne me trompais pas, que sa famille avait vécu un drame, quelques années auparavant. L’accident de voiture avait été mentionné dans les journaux à l’époque. Avait-il un lien avec cette affaire ? Je ne me souvenais que très vaguement de ce fait divers. A cette époque, Chloé allait au plus mal et elle avait accaparé toute mon attention.

Il m’expliqua la raison de sa présence ici et mentionna sa déception littéraire. Ainsi donc, il était un amateur de Stephen King. Cet homme était un auteur d’exception, je devais bien le reconnaître. Dans tous les cas, je constatais que nous avions un gout commun pour la lecture. Cela nous faisait un point commun non négligeable car je passais mon temps à lire, personnellement. « Stephen King est un maître en la matière. Je ne savais pas que son nouveau livre allait sortir prochainement. » Il faut dire que j’avais un peu de mal à suivre l’actualité des auteurs intéressants. Je n’avais pas forcément le temps pour ça et je préférais être agréablement surpris de trouver le dernier ouvrage paru en magasin que d’attendre inexorablement la date fatidique de sa sortie. Enfin, le sujet de la conversation dévia sur ce fameux ballet dont Hale rechignait tant à participer. J’avais lancé ce sujet car il m’intéressait pour tout un tas de raisons. Cette participation avait tout de même un enjeu de taille. S’il y participait bel et bien, j’allais devoir respecter mes engagements. Je lui avais exposé mon point de vue, encore, pour tenter de le convaincre de jouer le jeu. Ce n’était pas le premier débat que nous avions à ce propos, nous en avions déjà parlé pendant nos séances. Pourtant, une fois n’est pas coutume, il contra mes arguments. La match de tennis était de nouveau engagé et voilà qu’il me renvoyait la balle. Je l’écoutais, silencieux, prenant bonne note de chacune de ses paroles. Au fur et à mesure de son argumentation, un point que j’avais déjà noté chez lui resurgit. Un fait qui l’empêchait de se laisser aller. « Je le conçois Monsieur Hale. S’exposer ainsi aux yeux du monde n’est pas chose aisée. Certes. Ce que j’apprécie chez vous, c’est votre répartie inébranlable. Vous avez toujours réponse à tout mais vous aimez camper sur vos positions. Rien ne pourrait vous faire changer d’avis, ou modifier votre perception de la chose, n’est-ce pas ? Pourtant, je ne suis pas homme à baisser les bras devant un obstacle quelle que soit sa taille. Ce que je constate surtout, Monsieur Hale, c’est que vous êtes désireux de contrôler absolument tous les aspects de votre vie. L’absence de contrôle sur une situation n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Cela ne vous conduira pas fatalement vers un échec. Pourquoi ne lâcheriez-vous pas prise ? Pourquoi ne pas simplement se donner le droit de se libérer un peu, de donner du mou à ce contrôle de tout ce qui vous concerne que vous tenez aussi fermement ? Essayez de changer votre façon de voir les choses, prenez un autre angle, retournez le problème dans l’autre sens. Pourquoi ne pas se satisfaire d’être monsieur tout le monde m’avez-vous demandé ? Retournons cette question dans un autre sens. Pourquoi faire comme tout le monde si cela ne nous apporte rien ? Pourquoi se contenter du strict minimum alors que l’homme est capable de grandes choses ? Je ne parle pas d’un exploit aux retombées internationales. Il n’est pas nécessaire d’avoir une ambition aussi forte. Je parle d’un exploit à vos yeux à vous. Certaines de nos actions peuvent paraître anodines aux yeux de tous, pourtant, elles représentent quelque chose de grand à nos yeux. Pourquoi se satisfaire de ce que l’on a quand on est capable d’obtenir plus ? Pourquoi se reposer sur ses lauriers ? Pourquoi ne pas vivre sa vie pleinement ? » Je ne faisais pas forcément allusion à ce ballet, mon point de vue était bien plus large que cela. Mais encore une fois, nous balancions nos arguments les uns contre les autres pour rebondir dessus inlassablement. Voilà à quoi se résumaient nos échanges depuis quelques mois. Nous ne cédions que très rarement du terrain à l’autre, restant le plus souvent sur nos positions.

Discuter avec Maximilian était toujours une bataille. Durant nos séances du moins, puisqu’il s’agissait de l’unique moment où cela était possible. Il était une véritable muraille impénétrable. J’avais effectué diverses approches avec lui, mais aucune n’avait réellement fonctionné. Quoi que je fasse, je me heurtais à un mur, inlassablement. Pourtant, je ne comptais pas baisser les bras et comptais bien relever ce défi. Mon but était de l’aider à aller mieux, à avancer dans la vie, j’étais là pour lui puisqu’il avait fait appel à mes services. Alors jamais je ne renoncerai, peu importe le temps que cela me prendrait. Je trouverai la faille, d’une manière ou d’une autre, j’en étais intimement convaincu. Je me surprenais même à tourner son cas dans tous les sens lorsque j’allais me coucher. Le cas Maximilian Hale était un mystère que je me devais de résoudre, coûte que coûte. Il évoqua les tenues pour le moins particulières et près du corps des danseurs comme étant une raison suffisante de refuser de participer. « Je suis déjà allé à l’opéra, une fois. » Une seule et unique fois. Chloé avait toujours nourri un engouement certain pour un ballet en particulier. Le lac des cygnes. Depuis petite, elle avait toujours rêvé d’aller voir une représentation dans sa vie. J’avais réussi à obtenir deux places pour son vingt-huitième anniversaire. Jamais je n’oublierais sa réaction face à mon cadeau. Elle en avait eu des étoiles plein les yeux. Je me souviens que lors de la représentation, mon attention avait été retenue plus par elle que par le ballet qui se jouait sous nos yeux. Elle avait été tellement rayonnante que je n’avais pas pu détacher mon regard de sa personne… Ce souvenir fit monter en moi une vague de nostalgie et de tristesse mais l’heure n’était pas à l’apitoiement sur mon sort. Je me redressais légèrement sur mon siège, croisant les bras sur la table. « Les costumes sont conçus pour faciliter la liberté de mouvement. Danser avec des vêtements amples sans se prendre les pieds dedans et finir couché sur le sol relèverait de l’exploit. Pourquoi avoir honte de son propre corps ? Tout le monde est constitué de la même manière. » Il est vrai que les collants étaient particulièrement moulants, surtout au niveau de l’entrejambe, et devaient être plutôt gênants quand on n’en avait pas l’habitude. Mais les danseurs professionnels ne s’en plaignaient pas. Il existait des coques pour cacher un minimum les attributs masculins, si je ne me trompais pas. « Nous sommes tous d’autant plus dénudés en maillot de bain et cela ne semble gêner personne. Sans parler des modèles qui posent nus pour des photos ou des peintures. » Je n’étais ni pudique ni exhibitionniste mais je n’avais pas de problème avec la nudité. Certains voyaient même cela comme une forme d’art.

Le sujet revint sur l’absence de nos boissons respectives. Je n’étais pas un homme impatient, loin de là, mais je commençais à penser que la pauvre serveuse nous avait oubliés. Hale ne manqua pas de prendre bonne note de ma commande lorsqu’une occasion se présenterait au comptoir. Jetant un œil de temps en temps dans sa direction, je pouvais décemment dire que l’occasion n’était pas encore pour maintenant. Mon regard fut de nouveau attiré sur mon patient lorsqu’il m’invita à l’appeler par son prénom, ou « Maxim » pour une question de simplicité. Soit. Il évoqua même la possibilité de nous tutoyer mais cette proposition titilla mon sens de l’éthique – qui était toujours présent malgré tout. Le tutoyer et lui permettre d’en faire de même n’était pas une bonne idée. Cela ne ferait que briser davantage cette barrière, maintenant faible et friable, entre nous. Ma conscience professionnelle me hurlait que l’idée était mauvaise. Je pris le temps de la réflexion, pesant le pour et le contre – le contre était bien plus lourd dans la balance. Il était malin, je devais bien le reconnaître, parce qu’il tentait doucement mais surement de gagner du terrain... « Très bien, Maximilian, appelez-moi Eric dans ce cas. » …Et il y parvenait avec une facilité déconcertante. « En ce qui concerne le tutoiement, en revanche, je crains de rencontrer quelques difficultés. Les habitudes ont la vie dure. Vous pouvez essayer si vous y parvenez, cependant, je ne vous garantis pas de réussir à faire de même dans l’immédiat. » Je n’avais pas pour habitude de tutoyer mes patients, du moins, pas aussi rapidement. Il me fallait du temps pour me faire à l’idée. Mon sens de l’éthique n’était pas totalement anéanti et faisait preuve de résistance !

Mais voilà que ce cher Maximilian revint de lui-même sur le sujet qui le rebutait tant. Le ballet. Sauf que cette fois, il m’inclut dans son idée, me proposant de me céder sa place ou de carrément me joindre à lui pour lui montrer l’exemple. Un tel aplomb me fit légèrement rire. « Mon cher Maximilian, je ne saurais accéder à votre requête étant moi-même un piètre danseur. Je ne voudrais pas non plus m’immiscer entre votre partenaire et vous. Loin de moi cette idée de prendre la place de qui que ce soit. » Cette activité n’était pas pour moi. Mieux valait parler d’autre chose plutôt que de me faire prendre au piège stupidement. « Je pense que nous allons garder ce sujet hautement intéressant pour nos séances, qu’en pensez-vous ? Je sais qu’il y a matière à débattre pendant des heures. » Petite pirouette pour amener un autre sujet. Bien sûr, je n’allais pas lui demander de le choisir. Tout comme lui, j’aimais garder un certain contrôle sur la situation, surtout en présence d'un patient. « Vous avez entendu parler de l’évènement organisé à l’occasion de la fête du printemps ? Difficile de passer à côté cela dit, ils ne parlent que de ça partout en ce moment… Comptez-vous y participer ? Les collants ne seront pas obligatoires cette fois-ci. » Petite pointe d’humour pour le taquiner et je ne pus réprimer un léger sourire. Si j’avais eu ma tasse de café à proximité, j’aurais pu cacher mon amusement derrière une gorgée, mais je ne l’avais pas. D’ailleurs, en y pensant, je jetais un œil en direction du comptoir. « Cette fois la voie semble plus ou moins libre. » Du moins, il y avait moins de monde. Gardant mon regard sur la serveuse servant son avant dernier client, des mots franchirent la barrière de mes lèvres… « Qu’as-tu commandé ? » …Sans que je ne les contrôle. Voilà que mon sens de l’éthique venait de rendre son dernier souffle… Repose en paix. Tu auras vaillamment combattu.

crackle bones
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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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MY BOOK COVERArrivé à Washington le : 21/01/2017
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Jeu 11 Mai - 21:46


What if I was just me
Si on veut obtenir quelque chose que l'on n'a jamais eue,
il faut tenter quelque chose que l''on n'a jamais fait.




En soi, il nous fallait bien être honnêtes : Maximilian était un menteur, et tôt ou tard, la supercherie qu’il avait bâtie, plus ou moins sans s’en rendre compte pleinement, finirait par voler en éclats. Beaucoup de gens mentaient continuellement, chaque jour durant, ça n’avait rien de nouveau, ni grand-chose de fondamentalement choquant, n’en déplaise aux bien-pensants prompts à se scandaliser avec emphase : tout le monde mentait, à ses amis, à sa famille, à ses collègues, ses amants ou maîtresses, ses enfants, à des inconnus dans la rue, et même à soi-même, rendez-vous compte. Certaines de ces tromperies pouvaient avoir des conséquences désastreuses, mais si personne d’autre que sa propre conscience ne se trouvait visé par ces subterfuges toxiques, pourquoi tellement en faire un drame ? Max ne voulait faire de mal à quiconque, et pour l’instant, tout se passait bien, et même très bien : les Eriksen, visiblement, étaient passés à autre chose, laissant l’accident loin derrière eux, Noäm bénéficiait d’un ami fidèle sur lequel compter dans les bons comme dans les mauvais moments qu’un jeune étudiant comme lui rencontrait au fil de son trépident quotidien, Maxim avait pour sa part découvert une nouvelle ville, avec de nouvelles perspectives… Au final, qui pâtissait du fait que le Californien gardait enfoui au fond de lui une douleur invisible, hurlante, gangrenée ? Ce mirage ne blessait personne, au contraire : tout le monde profitait de l’être placide et souriant qu’était redevenu Max, qui avait ravalé sa souffrance au nom du bien commun, autant sans doute que par peur que laisser sa peine battre la campagne ne signifie sa propre fin.

Sa lente agonie devenait donc préférable pour tous, afin que nul ne pâtisse des retombées de la tragédie dont il souffrait encore, et puis ce n’était pas comme si les quelques accès de détresse profonde le frappant au hasard, de temps à autres, s’avéraient trop insupportables pour l’empêcher de continuer à se voiler la face. Ce qu’il adviendrait quand la vague ne serait plus contrôlable… Eh bien il serait temps de s’en soucier lorsque cela surviendrait. Jusqu’ici, tout tenait encore plutôt bien debout, le risque pris en se dévoilant à cœur ouvert ne parvenait pas à arborer un attrait capable de dépasser celui de continuer sur la même lancée, un voyage droit dans le mur, mais aux paysages agréables, avant la sortie de route finale. Un des seuls à vraiment désirer lever le voile sur ce qu’il advenait réellement là, dans le cœur cerné d’illusions de Maximilian, l’unique même, était le docteur Ashford, le plus à même de trouver la clé du carcan étouffant à petit feu son patient ; travailler à le faire lâcher prise reviendrait sans doute à le convaincre des bienfaits d’une vie où la mort des époux Hale ne serait plus oblitérée, là au loin dans sa mémoire. L’amener à réaliser que son chagrin n’aurait pas raison de lui… Une tâche plus simple à décrire qu’à mener à bien, pour sûr.

La question, plus que légitime, de son thérapeute, fut reçue avec bienveillance, peut-être bien parce qu’il aurait fallu être complètement fou pour repousser sans cesse une main généreusement tendue vers soi, tel un gamin capricieux. Eric ne méritait pas de se trouver sans cesse confronté à son personnage de trublion plein d’esprit, compte-tenu de la solide bonne volonté qu’il arborait envers lui, malgré leurs maigres progrès.

-J’aurais aimé être plus original, mais comme un certain nombre de vos visiteurs, je suppose, c’est la curiosité qui m’a poussé à passer votre porte. Une amie très chère m’a recommandé votre nom, l’une de ses connaissances ayant été reçue par vous, et ayant été ravie de l’expérience. Elle a pensé que cela pourrait me faire du bien, de parler à quelqu’un de nouveau, avec qui je n’aurais aucun lien, un inconnu bienveillant, pour ainsi dire… Je n’y croyais pas trop ; cependant, par honnêteté intellectuelle, je me suis dit « pourquoi pas ? », et me voilà.

Et à présent, Max y croyait-il ? Avait-il finalement réussi à se constituer un avis au sujet de l’intérêt de consulter un psychologue, ou non ? Oh, si seulement cela avait-il pu être aussi simple… Tout comme le spécialiste, qui malgré son professionnalisme sentait bien que guérir Maxim reviendrait à le perdre, Hale était progressivement arrivé à considérer leurs séances sous un jour nouveau, et trop éloigné de ce qu’on attendait classiquement d’un pareil traitement pour pouvoir être admis haut et fort. Reconnaître que passer sur le divan n’avait aucun effet sur lui –en ignorant avec complaisance le fait qu’il ne se pliait pas au jeu, d’où vraisemblablement le peu d’effets ressenti- serait revenu à dire qu’il n’avait plus rien à faire au cabinet… Et Max voulait rester. Si élucider les mystères de son propre cœur le laissait aussi indifférent que la chance de pouvoir danser au THEARC sans avoir à dépenser un centime, la compagnie d’Ashford, elle, paraissait clairement ne pas avoir cessé de le captiver, loin de là. Voir le docteur, discuter avec lui, le faire gentiment tourner en bourrique et se retrouver piégé par les stratagèmes rhétoriques de son passionnant interrogateur, voilà que le stimulait, lui donnait envie de se lever le matin, et lui donnait envie de sourire pour rien, juste comme ça. Si ces rendez-vous avaient été totalement inutiles, ou en tout cas dénués de tout attrait, il aurait plus que sûrement eu autant envie de retrouver Eric que de devenir ballerine le temps d’une soirée, comme le lui proposait les organisateurs du concours. Restons optimistes : tant que Max ne se lassait pas, il honorait de sa présence le cabinet du psychologue, et se faisant, un peu de bien pouvait en être retiré, à destination de ce cœur strié de crevasses qui tentait par tous les moyens possibles de se voiler la face.

Pour le coup, le critique aurait même cru qu’Ashford lui avait déjà posé la question, lors d’une séance. Ça paraissait si basique, comme information… Peut-être le praticien avait-il souhaité que l’initiative vienne de lui, pourtant si peu prompt à se dévoiler sans un minimum d’efforts fourni par son vis-à-vis, en une sorte de début de coopération. Peut-être continuait-il à espérer que son client finirait par se sentir suffisamment à l’aise pour se confier à ce sujet sans ingérence de sa part… Si une partie de lui-même, joueuse et un brin mesquine il fallait bien l’avouer, avait envie de lui rappeler qu’on n’avait rien sans rien, Maxim reconnaissait tout de même volontiers que l’attention s’avérait délicate -avec peu de chances d’aboutir, mais au moins délicate.

Cette fois sans masque, tel un aparté, une parenthèse ouverte dans leur jeu immuable, Hale voulu clarifier un brin les choses, d’un ton qui ne laissait aucun doute quant au tranquille sérieux de ses propos, loin de l’ironie de leurs échanges habituels :

-Ne le prenez pas mal, docteur. Ce n’est pas que je refuse catégoriquement de vous parler… Disons simplement que je n’ai pas encore décidé ce que je souhaite vous dire.

Tout bêtement, pas besoin de chercher plus loin. Compte-tenu de la loquacité frôlant le zéro absolue qui était celle de Maximilian, concernant les raisons expliquant son emménagement à Washington, autant dire que le choix allait prendre un certain temps… Voire n’aboutirait jamais, si Eric ne sondait pas le terrain plus ou moins régulièrement, à la manière d’un pêcheur lançant sa ligne en eaux troubles, en quête de quoi que ce fût qui puisse être remonté à la surface. Hale voulait bien se montrer complaisant, mais il y avait des limites à tout, en ce bas monde.

La parenthèse se referma d’elle-même, pour mieux sonner la reprise de leurs échanges de « balle » classiques. Stephen King, génie littéraire qu’on ne présentait plus, gagnerait en plus ce jour-là l’insigne honneur de servir de transition entre une « trêve » exceptionnelle et ce qui équivalait, dans leur cas, aux affaires courantes.

-Malheureusement, il nous faudra attendre encore quelques mois avant Fin de ronde… Je me doutais que vous deviez l’apprécier. Au-delà de la seule grâce de son style, je trouve son exploration du mal et de la psyché humaine particulièrement intéressante.

Certes, le degré de connaissance de Maximilian, en matière de psychologie, n’excédait pas franchement la bien nommée « psychologie de comptoir », où tout le monde y allait de son commentaire personnel soi-disant éclairé ; cependant, le bluff n’était pas complètement absent de sa répartie, notamment pour prouver à Eric qu’il valait malgré tout la peine de demeurer parmi sa clientèle malgré leur peu de progrès -qu’il valait la peine qu’il s’intéresse à lui, en somme. C’était dans des moments comme celui-ci que les frontières semblaient se brouiller, entre un simple débat où l’esprit régnait en maître, et quelque chose de plus trouble, là où une certaine dose de séduction se distillait, à la manière d’un parfum d’encens. Fragile, fugace, ce glissement survenait de temps à autres, sans que la fameuse honnêteté intellectuelle citée tantôt par Maxim ne se montrât suffisamment intègre pour s’y attarder. À la vérité, c’était peut-être elle qui faisait tout le sel de leur relation officiellement policée et qui, le jour où elle disparaîtrait -si jamais elle venait à s’étioler-, marquerait la fin de leur collaboration, et de cette petite expérience de psychanalyse du côté du Californien.

Quoi de mieux pour la faire fuir que de parler danse classique et humiliation publique, me direz-vous ?
D’un léger signe de tête, Hale témoigna de la reconnaissance qui, venant de sa part, récompensait la diplomatie de son interlocuteur, parfait pendant d’un salut exécuté de bonne grâce par un bretteur avant d’entamer un duel d’escrime.

-Merci, je vous retourne le compliment.

Ah, n’était-ce pas merveilleux, deux entêtés capables de discuter jusqu’à la fin des temps tout en admettant que ni l’un ni l’autre ne finirait par rendre les armes… Louée soit la notion de terrain d’entente ! Ce dernier pourtant, les concernant, se plaisait à se cacher, plutôt ardu à trouver et plus encore à délimiter, et Max s’amusait de leur exploration conjointe, à tâtons, côte à côte dans une obscurité qui n’avait rien de terrifiant. Même le fait qu’Eric soutienne un point de vue pleinement contradictoire lui plaisait : trouver la parfaite antithèse à sa thèse, c’était atteindre une forme de complétude, une sorte de rencontre d’opposés complémentaires, d’âmes sœurs non pas identiques mais s’assemblant à la perfection dans la défense de leurs points de vue respectif -ou, osons le dire, des âmes sœurs tout court.

Posément, le vigneron laissa Ashford développer son hymne à l’audace, véritable discours de motivation qui aurait redonné courage à tous les timides, timorés et autres rêveurs se brimant eux-mêmes, perclus de peurs diverses et variées, comme celle de déplaire ou de ne pas être suffisamment bons pour sortir du lot. L’énergie que son thérapeute mettait dans ses propos constituait un spectacle dont Max ne se lassait pas, tant la maestria, dans quelque domaine que ce fût, méritait qu’on lui accordât le plus d’attention possible.

-Le principe de précaution, employé notamment en matière d’environnement, me paraît particulièrement bienvenu dans ce type de situation. Je ne connais pas les personnes qui achèteront un billet pour le gala, je ne connais pas leur degré de bienveillance, ni le respect dont ils feront preuve à mon encontre : si j’ai ne serait-ce qu’un atome de potentiel pour la danse, vous conviendrez que prendre les paris, et jouer la survie de cet iota à la roulette russe, en espérant qu’il survive en cas de ricanements intempestifs ou de bâchage sur le net. Franchement, je vais vous le dire comme je le pense : je n’ai pas besoin de me prouver à moi-même que je suis unique, ni de m’imposer le défi constant de trouver comment évoluer sans cesse. J’aime ce que j’ai, qui je suis, et je le préserve avec ce fameux contrôle qui me permet d’étudier avant de faire quoi que ce soit l’impact potentiel de toute nouveauté dans ma vie, et d’ainsi décider en connaissance de cause, si je désire incorporer ces éléments nouveaux ou passer mon chemin. Cependant, je ne suis pas si obtus que vous semblez le penser ; je peux me démontrer à moi-même par A+B que ce ballet n’est pas fait pour moi, mais si vous arrivez à concrètement me montrer le contraire, à me présenter avec une rigueur toute scientifique quels seront exactement les retombées positives que moi, individu particulier et non masse agglomérée de gens divers et variés étant l’objet traditionnel des affirmations générales, je reconnaîtrai avoir méjugé cette opportunité.

Autrement dit, bon courage. Tout en magnanimité, Maximilien voulut cependant se montrer fair-play, car après tout, il n’invitait pas tous les jours quelqu’un, et plus particulièrement un séduisant psychologue, à bouleverser sa conception des choses. Qui sait, Eric parviendrait potentiellement à redéfinir son univers… Étrangement, cette possibilité, loin de tétaniser le grand amateur de maîtrise de soi qu’il était, le galvanisait plus que les encouragements de son vis-à-vis, et il lui tardait de voir comment ce dernier allait se débrouiller.

-Ne vous sentez pas obligé de répondre tout de suite. Comme ça, vous aurez le temps de vous préparer…

Et, par la même occasion, trouver comment vanter plus avant encore les mérites des costumes arborés sur scène, en dépit des élans naturels pro-pudeur que tout un chacun laissait spontanément fleurir en soi, par instinct, dès qu’il était question de se montrer en public sous un jour un peu plus osé qu’à l’ordinaire. Amener Ashford, par une pure construction dialectique, à défendre une philosophie en soi tout de même étroitement affiliée au naturisme, voilà qui serait diablement drôle.

Cependant, l’éclair de mélancolie qui parut traverser le docteur, lorsque celui-ci évoqua sa seule et unique soirée à l’opéra, fit tiquer le sagace critique culinaire, altérant l’éclat joueur de son regard autant que gommant les commissures de ses lèvres, jusqu’à il y a quelques millisecondes à peine relevées en un léger sourire amusé. Maxim venait là de toucher une corde sensible sans savoir trop comment, ni ce qui se cachait derrière ou encore à quel point son impair involontaire s’avérait grave, et si une partie de son subconscient nota l’information dans un coin lointain de sa tête, afin d’éviter à l’avenir d’aborder le sujet sous un tel angle, ce furent des excuses qu’il eut envie, spontanément, de présenter à Eric, pour avoir mis les pieds dans le plat sans le vouloir le moins du monde.

Toute trace d’humour, ou de volonté de faire comme si rien ne s’était passé, aurait été grossière, et même irrespectueuse ; ce fut avec douceur que Max tenta de tendre une perche à son psy, comme pour tenter de lui dire, implicitement, que ce n’était rien, que tout allait bien, que c’était oublié :

-J’aime le mystère, chez les gens, la liberté qu’on a de chercher à le percer ou non, ou d'inviter autrui à le faire. C’est sans doute très vieux jeu de ma part, mais ce fameux mystère passe aussi, et même en premier lieu, à vrai dire, par des vêtements raisonnablement amples.

Après, l’on en revenait exactement au même statu quo que concernant le spectacle de danse : chacun faisait comme bon lui semblait. Ce qui chiffonnait Hale restait le fait que gagner ce prix l’obligeait, d’une certaine façon, à accepter diverses choses -les collants, se produire sur scène- pour lesquelles il tenait vraiment à conserver les mains libres, et de ce fait la pleine et entière possibilité de dire « non ». Cette marge de manoeuvre, intrinsèquement, se trouvait enracinée à chaque être humain, n’en déplaise aux dictateurs et autres chefs religieux extrémistes, et c’était en son nom que Maximilian, autant pour le principe que parce que le spectacle ne l’attirait pas le moins du monde, se laissait carte blanche pour n’écouter que ses envies.

C’était d’ailleurs ce sacro-saint principe qui le poussait à réfléchir, par-devers lui, à comment conjuguer l’impossibilité de jouer les Casse-Noisette, et l’attractivité d’un dîner en tête-à-tête avec le spécialiste, Son imagination ne serait pas en reste, alors que silencieusement, comme une prière, le Californien remerciait chaleureusement ce qui avait bien pu pousser Eric à promettre pareille récompense.

-Cela dit, un pari est un pari, et je participerai à ce ballet. Qui sait, cela inspirera peut-être mon partenaire, mais rassurez-vous, il est encore moins motivé que moi ; d’ailleurs, pour l’anecdote, c’est un des professeurs d’un excellent ami à moi -comme le monde est petit.

Voilà qui était dit ! Pour le moment, l’affaire en resterait là, du moins sur un plan pratique -puisque les aspects philosophiques ne manqueraient pas d’alimenter une, voire plusieurs séances-, avant le grand dénouement du soir de gala. Ashford avait de plus carte blanche, implicitement, pour s’ « immiscer » tout autant qu’il voudrait entre Maximilian et son compère de galère : Rohan n’y verrait pas l’ombre d’un inconvénient, et son client, au contraire, pourrait bien apprécier cet utopique rapprochement.

Le Ciel, visiblement satisfait, sembla vouloir célébrer cette étrange promesse en lui donnant le droit, par la bouche d’Ashford, de saborder un peu plus encore la façade policée que tous deux s’imposaient, cantonnés à leurs rôles bien définis, précis à en pleurer, aseptisés à en périr d’ennui. Qui avait besoin d’aller se déhancher en chaussons de danse quand il existait des psychologues passionnants à gentiment pousser hors de leurs retranchements, tout en essayant soi-même de ne pas se laisser entraîner sur une pente similaire ? Le risque, le grand frisson, Max n’avait pas à aller bien loin pour le trouver, et cela lui suffisait amplement.

-Si c’est susceptible de t'aider, je te proposerais bien de vous renvoyer, puis de te ré-embaucher une fois que nous en aurons terminé ici, avança-t-il sur un ton goguenard, mais ça ferait tout de même pas mal de paperasse pour rien, non ?

Il n’avait pas la cruauté d’un Donald Trump dans The Apprentice, loin de là, et même quelqu’un à l’esprit moins fin que le praticien aurait compris qu’il s’agissait d’une plaisanterie ; néanmoins, il s’était permis pareil humour, et l’on sentait bien que quelque part, et sans que cela n’enlève rien à ses qualités ou à sa bonne compagnie, Maximilian venait d’un milieu aisé où virer son personnel constituait un levier envisageable, a fortiori en tant que chef d’entreprise. On lui avait appris à ne pas abuser du pouvoir, nullement à avoir peur de l’employer à bon escient ; d’un signe de tête, il donna son accord pour cesser définitivement toute référence à l’école de ballet à son projet fou -à croire que se faire appeler « mon cher Maximilian » par Eric le rendait beaucoup plus permissif, allez savoir pourquoi…-.

Le meilleur remède contre toute poussée intempestive de despotisme narcissique restait encore de côtoyer les autres habitants de Capitol Hill, où il vivait depuis un peu moins de quatre ans, et qu’il croiserait notamment lors de la fameuse Fête du Printemps qu’évoqua son vis-à-vis. Une excellente piqûre de rappel, sous la forme d’un spectacle sans doute grotesque où le politiquement correct aurait à se mêler à tous les excès inhérents à un quartier de personnes fortunées… De quoi vous donner envie d’aller voir du pays.

-J’irai sans doute, répondit Hale, un demi sourire étirant un instant sa bouche, en signe d’appréciation de la boutade glissée par son thérapeute, si mes voisins organisent un repas commun, par exemple : j’ai plutôt de bons rapports avec certains, et n’ai jamais parlé à d’autres, ça pourrait être l’occasion de m’intégrer un peu plus. De toute manière, je crains fort d’être réquisitionné pour installer les tables et tout le matériel, sur ordre d’une vieille dame qui vit en face de chez moi, et qui sait se montrer trop aimable pour qu’on lui résiste.

À sa façon d’évoquer cette éventualité, l’on sentait bien que l’effort nécessaire pour se mêler à un groupe sans doute déjà uni, où il tiendrait lieu pendant un temps de pièce rapportée sans personne à qui vraiment parler, lui pesait un peu. L’être humain était un animal politico-social, des centaines de livres s’accordaient sur le sujet, livres qu’Ashford devait certainement avoir parcourus pour certains, puisqu’il s’agissait de son domaine de prédilection… Il n’empêchait que l’idée de se retrouver tout seul, un verre à la main à côté du bol de punch, alors que tous les autres bavarderaient en petits groupes, le refroidissait un peu. Pourtant, contrairement au ballet, se forcer paraissait déjà nettement plus faisable.

-Aller voir le feu d’artifices me tente beaucoup plus… Peut-être avec des amis, je ne sais pas.

L’hypothèse la plus probable était que les Eriksen allait l’inviter à profiter de l’évènement avec eux, comme la petite famille recomposée qu’ils formaient de façon si chaleureuse, et Maxim accepterait, une petite partie de lui mourant un peu de plus de cette supercherie pourtant précieusement sincère qu’ils vivaient tous depuis l’accident. Pourquoi fallait-il que son cœur se serre en compagnie de ses seuls proches, alors que ces derniers le considéraient comme un frère, un fils ? Voilà une question pour laquelle Ashford aurait pu aider à trouver une bribe de réponse, si seulement son patient s’était lancé et lui avait raconté toute l’histoire, et si seulement le destin n’avait pas offert à Max l’occasion de s’esquiver pour leur trouver de quoi de désaltérer.

-Chocolat viennois, répliqua le Californien laconiquement, tout en se retournant une seconde fois vers leur ange gardien sur la brèche. Attends, ne bouge pas, j’y vais…

Comme muée par un sixième sens, ou bien aidée de sa mémoire, la jeune femme tourna à cet instant précis les yeux dans leur direction avant de leur sourire, comme pour les assurer qu’elle ne les avait pas oubliés, et qu’elle reviendrait vers eux sous peu. Hale ne se leva donc pas pour se rendre jusqu’au comptoir, ce qu’il se résolut cependant intérieurement à faire si jamais les choses ne tournaient pas comme prévu ; après tout, ce serait plus gentleman de sa part, sans compter qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même, et qu’une présence physique, à attendre poliment devant le nez de quelqu’un, motivait généralement beaucoup ladite personne à s’exécuter.

Au moins grapillait-il ainsi quelques minutes de plus de conversation en, comme tantôt, revenant au docteur après avoir infligé une bonne torsion à ses vertèbres :

-Et toi, des choses de prévues ?

Ça y était. Officiellement, il s’adressait à lui comme à un ami, à une bonne connaissance, comme il l’aurait fait avec Noäm ou un de ses collègues de bureau ; bref, pas comme à un confesseur ou à psy, avec qui pareil badinage aurait sonné faux. Tout aussi faux, remarquez, que de continuer à s’adresser à Eric comme s’il avait été à son cabinet, alors que ce n’était ni le lieu ni l’endroit pour un tel degré de sérieux...






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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Ven 12 Mai - 13:32

Let's be alone together
Maximilian & Eric
Lorsque je quittais mon cabinet, je m’évertuais à laisser toutes mes analyses psychologiques au placard. En dehors de mon lieu de travail, je n’étais plus le docteur Ashford et je mettais toujours tout en œuvre pour ranger mon esprit critique et ce besoin presque compulsif de tout analyser pour comprendre la nature et la psychologie humaine. J’y parvenais, la majeure partie du temps. Je réussissais à mettre de côté mes outils de travail dans un coin de mon cerveau. Parce qu’il serait fort incongru de ma part d’interroger mon facteur quand je lui voyais un air maussade. La plupart du temps, je faisais en sorte de garder mes questionnements et ma curiosité pour moi afin de ne pas interférer dans la vie d’autrui parce que je jugeais que cela ne me regardait pas. Nous avions tous notre jardin secret après tout. En revanche, je retrouvais bien vite mes réflexes lorsque je sentais qu’une personne de mon entourage me cachait quelque chose. Ce fut le cas récemment avec ma nièce. J’avais remarqué son petit manège, ses petites allusions, ses questions subtiles sur mes fréquentations et le renouvellement de ma garde-robe. Son cadeau avait également trahi ses pensées. Un nouveau parfum, rien que ça. Elle avait quelque chose en tête et je ne mis pas longtemps à mettre le doigt dessus. Cette chère petite avait eu la brillante idée – sentons là toute l’ironie – de m’aider à retrouver quelqu’un. Elle ne me l’avait pas dit ouvertement, mais il ne fallait pas être stupide pour le deviner. Ses intentions et sa subtilité étaient comparables aux mouvements d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Enfin, je voyais plutôt cela comme la distraction qu’elle avait trouvé pour sortir la tête de ses cours. J’étais sûr que cela lui passerait, quand ses recherches finiraient par se révéler vaines.

Tout cela pour dire que mes réflexes professionnels prenaient parfois le pas sur tout le reste, dans certaines situations. Cela fonctionnait très souvent avec ma famille, ma sœur me demandant parfois de ranger mon costume de psychologue au placard quand nous devions avoir une conversation sérieuse elle et moi. Enfin, là n’était pas le sujet. Le fait de tomber sur Maximilian Hale en dehors de nos séances hebdomadaires avait réveillé le thérapeute qui sommeillait en moi malgré mon apparence de civil. Il était clair que je n’avais pas du tout l’allure que j’arborais habituellement au cabinet. J’avais troqué la chemise et la veste de costume pour un t-shirt gris surmonté d’une veste en cuir. Rien que mon aspect physique témoignait de ma décontraction la plus naturelle. Et pourtant, derrière cet accoutrement bien plus décontracté que d’ordinaire, mes instincts professionnels avaient refait surface. Sans doute pour ne pas manquer une occasion d’en apprendre plus sur ce patient qui commençait de plus en plus à titiller ma curiosité. Il s’agissait là d’une occasion que je ne pouvais pas manquer. De fait, nos échanges ne changeaient pas vraiment de d’habitude. J’avais l’impression de me retrouver en pleine séance, dans un lieu différent. Cette sensation de ne pas avancer pendant nos rendez-vous ne faisait que me pousser à tenter de me frayer un chemin, même mince dans son esprit si étroitement fermé et verrouillé de tous côtés.

La question de savoir ce qui l’avait poussé - et le poussait encore chaque semaine - à venir me voir avait déjà été posée, lors de notre première séance. Elle était la question rituelle qui marquait le premier rendez-vous avec un patient. Pourquoi venir me voir ? Dans quel but ? Maximilian y avait déjà répondu, mentionnant si je me souvenais bien une amie ou l’une de ses connaissances qui l’y avait incité. Mais poser une même question plusieurs fois à un intervalle non régulier, permettait le plus souvent d’avoir des réponses toujours un peu plus développées à mesure que la confiance s’instaurait entre chaque parti. Je pouvais concevoir que la curiosité l’avait amené en premier lieu, certes. Mais ce qui était important à retenir dans ses paroles, c’était que cette chère bonne amie avait pensé que me consulter pourrait lui faire du bien. Là figurait l’une des clés nécessaires à l’ouverture des nombreux cadenas qui renfermaient son problème. Si cette femme avait jugé cela nécessaire, c’est que Hale en avait effectivement besoin. Sauf qu’il refusait obstinément de le reconnaître. Sans doute était-ce encore trop tôt pour lui. « Vous faire du bien. Cette personne qui semble chère à votre cœur, donc proche de vous, a donc jugé qu’il vous serait utile voire peut-être nécessaire de me consulter. Bien. Cela me conforte dans l’idée que vous ne me rendez pas visite dans l’unique but de profiter du confort de mon divan. » A défaut de profiter d’autre chose. De plus, il était de notoriété publique que le coût des séances chez un professionnel n’était pas à la portée de toutes les bourses. Quand bien même il ne vienne d’un milieu plutôt aisé à en juger par sa tenue – et je ne parle pas nécessairement de ses vêtements – et son langage. Tout révélait chez lui qu’il ne sortait pas d’un milieu modeste. « Sachez cependant qu’il est vrai que la curiosité joue un rôle important dans la décision de consulter un psychologue. Mais les patients curieux ne viennent pas plus de quelques séances. Quand leur curiosité est satisfaite, je ne les vois plus. » Traduction, si je suivais Hale depuis plusieurs mois, ce n’était pas à cause de sa curiosité, qui devait être largement comblée à l’heure actuelle. « Enfin, si vous me le permettez, vous remercierez cette précieuse amie de ma part, parce qu’elle m’a permis de rencontrer une personne forte intéressante. » Et je le pensais sincèrement. Il était l’un de mes rares patients qui suscitait en moi cet engouement grandissant séance après séance. Non pas que mes autres patients ne m’intéressaient pas, loin de là. Mais Maximilian avait quelque chose en plus. Quelque chose que je ne saurais décrire à l’heure actuelle.

Soudainement et contrairement à d’habitude, mon jeune patient enleva ce masque sous lequel il prenait l’habitude de se cacher. Il ne me semblait pas l’avoir vu aussi sérieux au cours de l’une de nos séances. Se pourrait-il que je gagne du terrain mine de rien ? Je voulais le prendre comme tel en tout cas. Il s’agissait là d’une toute petite victoire, mais une victoire tout de même. Cette infime confession me fit plaisir, réellement. Tout cela n’était pas vain finalement et me confortait dans ma conviction de ne jamais baisser les bras, même si la route était semée d’embûches. Je ne pus empêcher un fin sourire s’étirer doucement sur mes lèvres. « Je ne le prends pas mal, loin de là, rassurez-vous Monsieur Hale. Vous n’êtes pas le premier patient récalcitrant que je rencontre et vous ne serez sans aucun doute pas le dernier. Certaines personnes ont juste besoin de beaucoup plus de temps que les autres pour réussir à parler et là n’est pas un problème. Ma retraite n’est pas prévue dans l’immédiat, vous avez encore du temps devant vous pour réfléchir à la question. » J’avais osé une petite plaisanterie sur le temps qu’il me restait avant de ne plus être à sa disposition. Bien évidemment, il était assez inconcevable d’attendre encore une bonne vingtaine d’années avant d’enfin se libérer de ce poids qu’il avait sur le cœur. « Sachez seulement que je suis là pour vous aider et non pour vous nuire. Peu importe le temps que cela prendra. Je serais là, quand vous en aurez besoin, qu’importe le moment. » Preuve en était qu’il possédait mon numéro de téléphone personnel, s’il désirait subitement, par le plus grand des miracles, me contacter pour mettre des mots sur ce qui le tourmentait tant, même si cela arrivait au beau milieu de la nuit.

Vint ensuite le moyen de sortir de nos rôles respectifs et habituels en la personne du célèbre auteur américain Stephen King. Je ne pensais pas Maximilian friand de lecture et encore moins de ce genre. Mais il fallait reconnaître que cet auteur était pour le moins exceptionnel et connu du monde entier. Bon nombre de ses ouvrages avaient d’ailleurs été adaptés au cinéma. Fin de ronde, j’en prenais note pour effectuer quelques recherches plus tard sur le sujet. En revanche, d’après lui, il était presque évident que je m’intéresse à cet homme en raison des thèmes qu’il abordait et de sa vision sur certaines choses. Mais ce qui me surprit le plus, c’est le fait qu’il semblait savoir de quoi il parlait. « Avez-vous des connaissances en psychologie par le plus grand des hasards, Monsieur Hale ? Je serais très curieux d’entendre votre point de vue sur ce que vous venez de souligner. Mais il est vrai que cet homme est un génie dans son art. Il a une vision des choses tellement passionnante. »

Après cette parenthèse littéraire, le renvoi incessant de balles reprit son cours. Chacun campait sur ses positions, comme toujours, ne laissant que très peu de marge de manœuvre à l’adversaire – si tant est que nous puissions utiliser ce qualificatif. Si nous continuions ainsi, nous en avions assurément pour plusieurs heures sans temps mort. Car aucun de nous deux ne serait à cours d’arguments. Je ne comptais même plus le nombre de séances qui avaient duré plus longtemps que prévu à cause de ce genre de combat acharné. Ce n’était pas pour rien que je plaçais toujours Maximilian en fin de journée, à la place de mon dernier rendez-vous. J’étais certain que quatre-vingt dix pour cent du temps, l’heure serait dépassée. Aujourd’hui, il n’y avait pas de chrono, pourtant cet échange ne différait pas de l’ordinaire. Et il se trouvait être hautement intéressant, dans un sens comme dans l’autre. Le laissant reprendre l’avantage, j’écoutais ses arguments avec un certain intérêt. Voilà le genre de discussion que j’aimais réellement avoir avec lui. Une confrontation de points de vue radicalement différents, une bataille acharnée mais enrichissante. Cependant, fait nouveau à la fin de son argumentation, il me laissa l’opportunité, même infime, de lui prouver que ce ballet lui apporterait d’une manière ou d’une autre des retombées positives. Alors, il se laisserait convaincre. La tâche n’était pas aisée. Loin de là. Il trouva même le besoin de me concéder un peu de temps pour réfléchir à la question. Quelle générosité… Cette impertinence me fit sourire. « C’est réellement très aimable de votre part de me laisser le temps de la réflexion. Et bien, soit, j’y réfléchirais pour notre prochaine séance. Permettez-moi cependant de souligner une chose importante. Savez-vous quel genre de public attire un ballet ? Pensez-vous que les personnes étroites d’esprit sans aucune jugeote se rendent à ce genre d’évènement ? Pensez-vous réellement que les amateurs de ces spectacles soient le genre de personne à dénigrer autrui sur internet ? Les ballets n’ont pas le même public que les salles de spectacle qui produisent des humoristes ou tout autre divertissement populaire. Ce sont des clientèles bien différentes, la plupart se trouvant même être des personnes âgées ou des personnes incapables de manipuler la technologie. Je ne suis pas en train d’émettre un jugement de valeur, je parle en connaissance de cause. Mais soit, nous en reparlerons. » Je ne voulais pas rester sur une potentielle défaite et lui laisser l’impression d’avoir gagné la partie. C’était toujours à celui qui avait le dernier mot.

Malheureusement pour moi, et le jour n’aidant pas, il me fit replonger malgré lui dans un souvenir douloureux. Je ne pouvais pas lui en vouloir, après tout, comment pouvait-il savoir que j’avais des points sensibles ? Bien que chaque être humain en possédait. N’importe quel sujet pouvait se rapporter à elle. Dix ans de vie commune laissaient des traces indélébiles et il était bien difficile d’aborder un sujet qui n’avait aucun lien avec elle. D’ordinaire, je serais passé outre, mais pas aujourd’hui. Pas avec ces souvenirs qui avaient déjà resurgi chez moi, un peu plus tôt. Il y avait des jours où je me trouvais plus sensible que d’autres. C’était ainsi et je devais faire avec, arborant ce masque que je m’évertuais à garder en toute circonstance, surtout face à mes patients. Comment réagiraient-ils si leur psychologue se mettait à tressaillir en pleine séance en souvenir d’un passé douloureux ? Je n’avais pas le droit de montrer mes émotions, et encore moins mes faiblesses. Alors j’avais appris à les maîtriser, coûte que coûte. Certains jours, la manœuvre était plus difficile que d’autres mais je me reprenais bien vite, toujours. Maximilian sembla avoir remarqué ma légère nostalgie passagère puisque l’expression de son visage changea totalement. Il avait perdu cette malice qui animait son regard. « Nous avons tous notre part de mystère, c’est ce qui caractérise chaque individu. » Et je comptais garder la mienne tout comme il s’évertuait à en faire de même. « C’est amusant d’entendre ce genre de propos de la bouche d’un homme vivant dans une société où les tabous physiques n’existent plus ou très peu. De nos jours, il est très fréquent de voir des tenues très près du corps voire de la nudité absolument partout, que ce soit à la télévision, dans des magasines ou sur des panneaux publicitaires. » La pudeur avait perdu de sa superbe au fil des années. S’il était défendu de montrer sa peau au dessus du genou à une époque, les mœurs avaient radicalement changé aujourd’hui.

Pour clôturer ce sujet hautement intéressant du ballet, il concéda qu’il y participerait, utilisant l’argument du pari que j’avais fait avec lui. Oui, ma fameuse invitation à dîner. Je ne savais toujours pas ce qui m’était passé par la tête quand je lui avais proposé cette « récompense ». Ce qui me surprit le plus fut la rapidité avec laquelle il venait d’abdiquer. La surprise devait d’ailleurs se lire sur mon visage. Voilà à peine quelques minutes que nous avions fini de débattre comme deux acharnés sur le sujet, lui restant sur sa position, moi sur la mienne et il capitulait. « Vraiment ? » J’en restais dubitatif quelques secondes. « Quelle est donc la raison qui a fait pencher la balance ? Serait-ce le pari ? » J’avais un peu de mal à y croire malgré tout, cela semblait trop facile. Mais autant lui laisser le bénéfice du doute, pour aujourd’hui. « Le monde est petit en effet. Le hasard peut avoir un drôle de sens de l’humour. Cependant j’imagine sans mal qu’avec cette profession votre partenaire soit aussi réticent à monter sur scène, au risque d'apparaître sous les yeux de ses élèves, si tant est qu’ils soient au courant de sa prestation. »

Mon cher patient gagna soudainement en confiance et en audace pour proposer gentiment de l’appeler par son prénom et de nous tutoyer par la même occasion. Une fois de plus, il mit mon sens de l’éthique à rude épreuve. Si j’avais certaines difficultés à le tutoyer, cela ne sembla pas lui poser le moindre problème. Il osa même une plaisanterie pour m’aider dans ma tâche. Me renvoyer le temps de cet aparté et me réembaucher quand nous en aurions terminé. Ce n’était pas aussi simple que cela. Mais je devais saluer son aplomb, au moins il me faisait rire. « La paperasse deviendra le fléau de l’humanité un jour. Il en faut toujours plus, pour tout et n’importe quoi. Cela dit, votre proposition, hautement intelligente et amusante soit-elle, ne m’aidera en rien. Mon sens de l’éthique fait de la résistance. » Même si elle était minime et sur le point de céder… Il ne fallait pas se leurrer. Depuis qu’il m’avait rejoint à ma table, il n’avait cessé de fragiliser cette barrière professionnelle qui se dressait entre nous. A l’heure actuelle, elle était en ruine et ne tenait plus à grand-chose, sans que cela ne me gêne outre mesure, étrangement. La proximité avec mes patients avait souvent été l’un de mes plus gros défauts professionnels. Ce n’est pas maintenant que j’allais changer. Toujours est-il qu’il concéda – une fois de plus et sans rechigner – à laisser le sujet du ballet de côté pour nos prochaines séances. Après tout, il y avait encore matière à débattre pendant des heures.

Pour cela, quoi de mieux que de changer de sujet ? En choisissant la fête des voisins qui avait lieu prochainement dans tous les quartiers de la ville par exemple. Il évoqua son intention d’y aller, même si je sentais qu’il était légèrement réfractaire à cette idée. Et je ne pouvais que comprendre son point de vue. Il était parfois bien difficile de s’intégrer dans un groupe déjà uni. Nos instincts nous poussant à rester en retrait pour ne pas déranger ou importuner le reste du groupe. J’avais étudié cet aspect pendant mes études. Ce besoin d’appartenir à un groupe, d’obtenir sa reconnaissance pour être bien dans sa peau. Les marginaux et les solitaires étant souvent mal perçus par le reste du groupe voire brimés. Ce n’était pas une position facile à tenir. « Ce genre de regroupement est très souvent à double tranchant. Il est parfois difficile de s’intégrer dans un groupe déjà existant et soudé où chacun a déjà sa place bien particulière. Je ne dis pas que la manœuvre est impossible, mais les difficultés pour y parvenir ne sont pas à négliger. Cependant, il suffit parfois de croiser une seule personne que l’on connait pour passer une bonne soirée. » Je ne comptais pas l’encourager à y participer s’il n‘en avait pas envie. Le contexte était assez différent de celui du ballet et dieu savait à quel point les personnes du voisinage pouvaient se montrer cruelles. La perspective d’aller voir les feux d’artifice avait l’air de l’emballer un peu plus. Pourtant, je n’avais pas pu rebondir sur ce sujet car mon attention avait été attirée vers le comptoir où le champ semblait demeurer un peu plus libre. Sauf que machinalement, je l’avais tutoyé en lui demandant ce qu’il avait commandé. Anéantissant moi-même par la même occasion le peu d’éthique qu’il me restait. Voilà un nouveau pas de franchi.

Il se retourna à son tour vers le comptoir, proposant rapidement d’y aller. Mais il n’en fit rien puisque la serveuse nous fit signe qu’elle ne nous oubliait pas. Certes, mais le manque de caféine pour ma part commençait à se faire ressentir. Alors il ne faudrait pas que cela lui prenne un temps fou non plus. Ma patience avait tout de même certaine limite surtout pour l’accroc au café que j’étais. Maximilian s’était certes retourné dans mon sens, je n’en quittais pas moins le comptoir des yeux. J’estimais que nous avions été suffisamment patients surtout que les derniers clients servis étaient arrivés bien après nous. J’étais d’ailleurs tellement concentré sur les faits et gestes de la serveuse que je ne remarquais pas immédiatement que le brun s’adressait à moi. Ajoutons à cela que le tutoiement n’était pas encore assez familier entre nous, de mon côté du moins, parce que lui semblait on ne peut plus à l’aise. « Oh oui, pardon. Des choses de prévues, non. Rien de particulier. Pour ma part, je ne participerais pas à cette fête des voisins. Je ne supporte pas ce genre d’attroupement d’hypocrites où chacun de nos faits et gestes sont critiqués si tant est que nous n’appartenons pas au même groupe social. » Là pour le coup, plus de barrière, c’était sorti tout seul, comme si j’avais l’un de mes amis en face de moi. « Cependant, loin de moi l’envie de t’influencer. Ce n’est que mon point de vue sur la chose due à mon expérience personnelle. » Notre intégration à New York avait été extrêmement chaotique. Je n’étais qu’un enfant à l’époque, mais j’avais des oreilles qui entendaient tout un tas de choses. Nos voisins ne nous aimaient pas parce que nous venions d’une toute petite ville. Nous étions limite des campagnards à leurs yeux et ma mère était leur cible préférée. Elle qui avait toujours été la femme la plus gentille du monde. Trop gentille.

Un nouveau regard vers le comptoir et je constatais avec effarement que nos boissons étaient prêtes, qu’elles nous attendaient tranquillement mais que la serveuse était bien trop occupée à rire avec un client – pour ne pas dire occupée à le draguer – pour daigner nous apporter notre commande. Le problème, c’est qu’à force d’attendre, nos boissons risquaient de refroidir. Sans attendre une seconde de plus, je me levais pour aller chercher moi-même nos tasses. Je n’allais pas attendre qu’elle ait fini de battre de cils. « Je m’en occupe. » Malgré toute la bonne volonté dont Maximilian avait fait preuve pour y aller en premier lieu, j’étais le plus à même d’aller récupérer nos commandes puisque j’avais tout la scène en visuel. Arrivant près du comptoir, la serveuse me remarqua et coupa court à son entrevue pour me rejoindre, se confondant en excuse pour le temps d’attente. Ce n’était pas un drame en soit. Cependant, pour se faire pardonner, elle alla chercher un plateau pour disposer les deux tasses dessus en y ajoutant deux muffins aux pépites de chocolat, cadeaux de la maison, pour reprendre ses mots. Bien, cette initiative était sympathique de sa part. Je la remerciais, alors qu’elle s’excusait encore une fois, et j’apportais le plateau à notre table. « La serveuse a jugé bon de récompenser notre patience en nous offrant des muffins. » Cependant, avant de reprendre place, je pris soin de retirer ma veste pour la poser à côté de moi. Autant se mettre plus à l’aise  maintenant que j’étais sûr de ne plus bouger de là avant un petit moment.

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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Mer 31 Mai - 18:47


You won't get rid of me, never
And yeah I'm a lot to handle. You don't know trouble, I'm a hell of a scandal.
Me, I'm a scene, I'm a drama queen, I'm the best damn thing that your eyes have ever seen.




Pour quelqu’un se voulant aussi rationnel que Maximilian, certes doté d’une bonne dose de mauvaise foi mais logique malgré tout, il y avait forcément une explication rationnelle à ce non-sens que constituait son entêtement à poursuivre un traitement pour la réussite duquel il s’impliquait si peu. Là encore, tout pour comme la blessure mal refermée qu’avait causé la disparition de ses parents, il se voilait la face, incapable encore de se rendre pleinement compte de ce qui agitait son cœur -à croire que, de façon très anglaise, contempler en face l’étendue des et la force des vagues agitant son âme aurait été un bien inconvenant spectacle.

Pourtant, sans pour autant avoir jusqu’à lire dans les pensées de Hale, il suffisait d’avoir un peu de jugeote, que dis-je d’intuition féminine, tout comme cette chère Olivia Ashford, pour se rendre compte qu’avec n’importe quel autre psychologue, Max serait déjà passé à autre chose. Eric était jeune, du moins d’un âge proche du sien, ce qui ne manquait pas de combler un fossé qui, osons l’avouer, n’aurait pas manqué de se creuser entre eux si le docteur avait été un vieux croulant. Comme le montrait de plus en plus leurs séances, ainsi que cette boisson chaude partagée inopinément, ils partageaient des atomes crochus, au premier rang desquels la lecture tenait une bonne place, ce qui concourait à créer un certain climat de compréhension réciproque entre eux. Au-delà de cette base commune, Ashford se révélait très doué, c’était un fait : on sentait qu’il se trouvait dans son élément, lorsqu’il était question de dénouer à un à un les nœuds empêchant ses patients de s’arracher à l’étreinte de leurs problèmes, que se montrer utile l’attirait autant que de trouver le moyen d’atteindre le noyau de tension niché en celles et ceux venus lui demander son aide. Peut-être n’était-ce qu’une fausse impression, étant donné que le Californien ne pouvait s’appuyer que sur sa propre expérience auprès du docteur, ainsi que sur ses seuls ressentis, mais celui-ci demeurait pour le moins convaincu qu’il ne se trompait pas, et que chez Eric se mêlait le plaisir du travail bien fait, celui de soulager autrui par ses capacités d’analyse et d’empathie, et enfin, sans nul doute, la petite pointe de fierté inhérente à chaque nouveau succès décroché que constituait une thérapie réussie. S’entendre réciter durant des heures les sempiternels lieux communs de la profession, ou des questions aussi rasoirs que hors de propos telles que « arriveriez-vous à vous souvenir d’un traumatisme d’enfance qui pourrait expliquer votre état ? » lui aurait automatiquement donné envie de fuir, et de ne plus jamais rappeler son premier et dernier psy ; Ashford, à l’inverse du cliché habituellement attribué à sa profession, ne manquait pas d’idées pour rompre la monotonie, et se renouveler sans cesse, dans l’espoir de trouver la combinaison parfaite de sujets et de mots capables de faire passer Maxim aux « aveux ». Pour un peu, et grâce en soit rendue à Noäm qui l’avait initié au vocabulaire adéquat, l’intéressé se serait presque senti l’égal d’un succès Steam à déverrouiller… Il n’y avait rien de mieux que de flatter l’égo de quelqu’un, même de manière aussi discrète -nullement unique, d’ailleurs, puisque tous ses clients devaient être peu ou prou logés à la même enseigne-, pour s’assurer de voir revenir vers vous même le plus récalcitrant des taiseux.

Et puis soyons honnêtes : le spécialiste était séduisant. Parfois, Maximilian se prenait à sourire, amusé, en songeant à toutes ces jeunes femmes -plus ou moins jeunes, dirons-nous- qui, venues s’épancher sur leur mariage mal heureux, leurs enfants ingérables, leur boulot insatisfaisant ou leurs amies mesquines, découvraient l’Apollon qu’elles allaient payer pour les écouter. Pour certaines, ce devait être comme Noël avant l’heure, ou quasi ! Là encore, le critique n’avait aucune preuve, sinon son intuition, mais il voyait mal son si professionnel interlocuteur collectionner les aventures dans les bras de ses patientes les plus fragiles et les plus charmées : stoïquement, avec une gentillesse patiente, il devait certainement leur expliquer que son rôle se bornait à leur apporter son concours, sans attachement ni débordements hors du cadre éthico-professionnel contre lequel, étrangement, Max semblait avoir obtenu un relatif passe-droit ; quelle ne devait pas alors être leur déception… Sans doute dans la même veine que celle, plus modeste, qu’aurait éprouvé Hale si sa demande à s’asseoir avec lui, au café, s’était fait débouter. De pareilles scènes, dignes de feuilletons télé, devaient survenir de temps à autres, à la fois touchantes et ridicules, et l’œnologue éprouvait une sorte de tendre pitié envers ces rêveuses candides, qui se laissaient enivrer par leurs propres illusions, octroyer un pouvoir de séduction à leur psy constituant le premier pas vers une impasse qui ne laissait aucun doute possible, si l’on prenait la peine d’y réfléchir plus de dix secondes. L’impression, en partie vaniteuse, ne nous voilons pas la face, qu’avait le  Californien de se trouver « supérieur » à ces malheureuses, dans le sens où il lui paraissait évident que soupirer après le thérapeute ne mènerait à rien, s’avérait spécieux, et même presque scandaleusement d’ailleurs : Eric lui plaisait, c’était indéniable. Comment prouver le contraire avec une pleine rigueur scientifique, alors que Max, apte à être nommé le plus désintéressé des êtres, flirtait avec lui, ce qu’il n’avait jamais fait avec personne, pas même ses petites amies passées ? Autant que l’esprit piquant du psychologue, c’était l’homme que lui-même devenait en présence d’Ashford, quelqu’un de décontracté, de spirituel, de sûr de lui, une personne juste flamboyante comme il fallait, et à des années-lumière de la créature fébrilement perdue en laquelle des crises d’anxiété incontrôlables le transformaient parfois, au beau milieu de la nuit. Le personnage que Hale jouait, une fois le seuil du cabinet passé, constituait en quelque sorte ce qu’il aurait voulu être, pour qu’Eric continue à le considérer avec le même intérêt, comme digne de continuer à faire partie de son monde, pour que son passé se trouvait bel et bien enterré, et sans aucune chance de jamais refaire surface… Certes, il s’agissait d’une pernicieuse illusion, auto-générée qui plus est, ce qui ne faisait qu’accentuer sa toxicité, mais avoir envie de devenir meilleur, et même se rêver déjà comme arrivé à bon port, n’était-ce pas le premier pas vers une réelle guérison ?

Là encore, caché derrière son silence, pétri de certitudes, Maximilian se privait de l’avis judicieux de celui qu’il cherchait justement à impressionner, tel un premier de la classe cherchant par tous les stratagèmes possibles à s’attirer les bonnes grâces de son professeur.

-Ne sous-estimez pas la qualité de votre compagnie, docteur, lui rappela le propriétaire terrien, non sans une pointe d’humour.

Dédramatiser, encore et toujours... Il était vrai qu’avoir des amis chers se faisant du souci pour lui laisser supposer, ou plutôt prouvait, osons le dire, que l’existence totalement satisfaisante qu’il assurait mener n’était pas aussi sensationnelle qu’il voulait bien le prétendre. Autant tenter de garder quelques billes par-devers lui, et sauver les apparences aussi fébrilement que possible, puisque jusqu’à présent tout ne se trouvait pas encore trop en ruines pour abandonner toute tentative de faire durer le rêve, encore et encore. Une part de lui, instinctive, presque inexplicable, et encore trop ténue pour se révéler audible, le mit en garde contre le fait de laisser Eric laisser impunément parler, le concernant, de « personnes proches », de crainte que celui-ci ne l’imagine en couple. Max n’avait pas souvenir si, sur sa fiche de renseignements remplie lors de son entrée dans la patientèle d’Ashford, il avait eu à remplir un champ relatif à son statut civil, mais même en cas de mention de son célibat couchée sur le papier, rien n’empêchait l’expert en esprits tourmentés de s’imaginer qu’il avait quelqu’un dans sa vie, dans la veine d’une petite amie, par exemple. En soi, mieux valait qu’Eric l’imagine en couple que du genre à courir les conquêtes d’un soir, récoltées à grand renfort de bières dans des bars peu fréquentables…Mais cette idée, malgré tout ne plaisait pas à son inconscient, officiellement pour qu’aucun quiproquo ne vienne entraver la vérité factuelle, si chère à son cœur –et après tout, la condition sine qua none pour établir un diagnostic concluant était d’avoir autant d’informations que possible en main… et des informations avérées, qui plus est. Le compliment que lui adressa Ashford rassura cette secrète alarme, qui retourna au néant avant même d’avoir réussi à se faire entendre. Le péril, pour le moment, se voyait écarté, noyé par un contentement dont les racines, profondes, puisaient dans une nappe sous-terraine de vanité, aussi peu usitée que ses balbutiements de séduction, revenus d’entre les morts spécialement pour le New-Yorkais.

Fut-ce une touche de ravissement qui ourla ses lèvres en un sourire bienveillant, lorsque son vis-à-vis évoqua, malgré lui, la possibilité que leurs séances durent encore durant des mois ?

-Je vous remercie de votre sollicitude, le message sera passé. Je ne suis cependant pas certain de pouvoir vous promettre quoi que ce soit… Chaque chose en son temps.

Eh oui, double avantage : ne pas accepter de se livrer à cœur ouvert si facilement que cela le drapait de mystère, et laissait à Eric tout le temps nécessaire pour déployer l’entièreté de ses talents de négociateur, là où un échange mené plus tambour battant, et de façon tout aussi peu loquace du côté de Maximilian, l’aurait plus ou moins contraint à avancer ses pions plus rapidement, voire précipitamment –un gâchis, quand on voyait déjà quelle qualité était celle des réparties du docteur. D’un autre côté, laisser du temps à Eric, c’était également autoriser une épée de Damoclès à flotter au-dessus de sa tête, car l’habileté qu’il admirait tant chez le psychologue pouvait très bien frapper sans qu’il s’y soit suffisamment préparé, et mette fin au jeu qu’il avait tant voulu faire durer en balayant ses défenses et en voyant clair dans son jeu. Là encore, la prise de risques ne se cachait pas forcément où on l’attendait…

Parler de l’œuvre de King, même brièvement, ne faisait déjà plus de sa personne le sujet principal de la conversation, interlude bienvenu en vue des futures passes d’armes qu’ils partageraient tous deux. Parler science, même si pour certains la psychologie n’en relevait pas vraiment, les éloignaient du monde des ressentis, des sentiments, de l’imprévisibilité et de la puissance des élans du cœur humain, un terrain bien plus balisé et sécurisant.

-Oh, vraiment pas : c’est le genre de sujet qui m’intéresse très facilement, comme la psychiatrie, mais je suis très loin d’y connaître vraiment quelque chose. C’est un peu comme de la gourmandise intellectuelle, vous voyez ?

Comme devant un paquet de M&M’S : vous ne pouviez vous empêcher de plonger la main dedans et de grignoter des bonbons un par un, en vous répétant à chaque fois, pour votre bonne conscience, que c’était un dernier pour la route. Autant dire que le parallèle avec leurs débats n’était pas vraiment difficile à faire, et qu’il aurait fallu trouver un péché autrement plus intense et noble que la goinfrerie pour le qualifier.

L’ouverture d’esprit d’Ashford, comme pour forme un contrepoint ironique, aurait presque pu être celle d’un Saint, quand on y réfléchissait bien : demeurer bienveillant envers autrui, laisser une chance aux autres, ne pas juger avant de savoir de quoi il retournait exactement… En théorie, bien évidemment, que le docteur avait raison : Max n’était pas quelqu’un de cruel, ni de mesquin, seulement ces beaux principes lui parlaient moins depuis quelques temps. L’âge adulte n’aidait pas forcément à conserver une belle âme d’enfant, pleine de bons sentiments proches de la naïveté, vu qu’il propulsait définitivement les innocents restant encore dans le monde dur et froid de la « vraie vie » ; si Maximilian avait eu la chance de profiter d’une enfance ainsi que d’une adolescence protégées, l’accident de voiture avait puissamment entamé sa foi en un univers disposé à vous récompenser de vos bons sentiments par mille et une grâces. Croire spontanément en autrui, quelque part, équivalait à se montrer ouvert, confiant, et donc, en un sens, fragile volontairement, exposé sciemment à tout ce que le monde parvenait à exsuder de pire. La sympathie naturellement distribuée à tous sans distinction l’optimisme en général demandait beaucoup de volontarisme ainsi que de courage, là où depuis quatre ans, une certaine fatigue s’était installée au fond du cœur de Hale, plus féconde en dégoût de lui-même qu’en dévouement brodé d’abnégation. Eric avait également eu son lot de mauvaises passes, dont son patient ignorait encore tout, mais il était certain que si le Californien avait eu l’occasion de se rendre compte que malgré ce qu’il avait traversé, le psychologue essayait sempiternellement de voir le verre à moitié plein, en plus de se dédier à ses patients avec autant de persévérance et de douceur, il ne l’aurait que plus admiré encore.

Cependant, vu que le dicton affirmait que qui aimait bien chatait bien, cette histoire de ballet ne signifierait pas que le critique se montrerait plus coulant, et surtout moins aux aguets. Regardant Ashford bien en face, Maximilian ne cacha pas le fond de sa pensée –seulement comment en pratique il allait parvenait à ses fins, mais sans un brin de suspense, la vie serait d’un ennui mortel, pas vrai ?-. Son interlocuteur le rejoignait sur le fait que l’univers se portait mieux avec une couche de mystère, ç’aurait été dommage de le décevoir.

-Je joue rarement, mais lorsque je le fais, je joue pour gagner.

La conviction sous-jacente, presque palpable, ne laissait aucun doute quant à sa sincérité, déterminée, à la manière de ces mains de fer dans des gants de soie que l’on aimait tant prêter aux aristocrates, du temps où leur caste avait encore suffisamment de panache pour éblouir les masses. Malgré les coups qu’avait subi son être, aussi bien physiques que mentaux, sa confiance en lui, issue de son éducation autant que de la conscience d’appartenir aux strates aisées de la population, où argent et influence s’apparentaient au pouvoir des anciens suzerains, résistait encore bel et bien, en sommeil la plupart du temps, vivace uniquement lorsque cela en valait la peine. Inutile de vous dire à quel point Eric en valait la peine, justement ! Si un compte en banque bien fourni pouvait vous transformer en une créature aussi capricieuse qu’imbuvable, il avait également la capacité de vous donner les moyens de vous décomplexer et d’arriver à vos fins sans vous sentir coupable, mal intentionné, ou non méritant. Vous n’aviez plus peur du succès, ni de vous donner les moyens de réussir, désinhibé, tranquillement aux commandes et à l’aise à l’idée d’entrer en compétition. Le thérapeute se sentait-il à présent tel un prix, une récompense à décrocher ? Il aurait fallu être aveugle pour ne pas se rendre compte que Maxim se trouvait motivé, et bien décidé à ne pas faire les choses à moitié, quelles que puissent bien être ces choses : était-ce choquant, ou vexant ? Ou bien un expert de sa trempe aurait-il diagnostiqué qu’avoir le sentiment d’être une sorte de trophée s’avérait mélioratif, et vous redonnait conscience d’avoir une valeur tangible, que les autres parvenaient à reconnaître et à apprécier ? L’estime que nourrissait le vigneron pour lui, qui elle aussi ne relevait pas du mythe, l’aiderait peut-être à ne pas trop se sentir la cible d’une objectification des moins agréables, ce qui ne relevait pas des intentions de Max, loin de là. Si Eric se sentait vraiment mal à l’idée de ce dîner, il aurait pu tout simplement laisser tomber, non ? Leurs échanges se basaient sur la sincérité, et une part de Maximilian souhaitait croire que son psychologue, secrètement, espérait voir jusqu’où il serait prêt à aller pour cette soirée avec lui, et peut-être même, soyons fous, se montrerait ravi, ne serait-ce qu’un peu, de ne pas gagner pour cette fois.

D’après la croyance populaire, l’assurance rendait séduisant, de façon plus ou moins nette selon la perception de chacun ; autant dire que la fameuse éthique du docteur allait avoir à faire, aussi résistante fût-elle : la paperasse était une chose, le bleu des yeux de Maxim, force tranquille aux as bien cachés dans sa main, en étaient une autre.

Puis le Californien cligna des yeux, et comme depuis déjà de nombreuses reprises, le voile retomba sans bruit sur leur conversation, sur eux, sur le monde, comme s’il ne suffisait que d’une milliseconde pour rompre le charme, revenir au banal, au commun, à ce qui un jour finirait éventuellement par sembler fade, en comparaison du sel de leurs passionnantes et amicales disputes.

-C’est étrange, nota Max avec un demi-sourire amusé, j’aurais cru que tu défendrais plus férocement les bienfaits que peuvent avoir des interactions sociales, les sorties, ce genre de chose. Ce n’est pas un truc de psy, de conseiller de s’ouvrir au monde au lieu de se refermer sur soi ?

Le vigneron le taquinait, et savait bien qu’il lui tendait le bâton pour se faire battre : un homme parfaitement équilibré, bien dans ses baskets et sans problèmes personnels majeurs n’avaient de facto pas besoins d’entendre des « trucs de psy »… Cependant, depuis le temps, Eric devait bien être un peu habitué à sa mauvaise foi innocente, vu qu’il n’avait pas encore jeté l’éponge sur son triste cas, ainsi que son humour parfois discutable.

Le voir se lever lui offrit pourtant l’occasion de ne pas être remis à sa place trop durement, du oins avec autant d’ironie qu’aurait su développer Ashford si ce dernier ne s’était pas lancé dans la croisade intrépide qui le mènerait jusqu’à leur versatile bienfaitrice. Du regard, Max le suivit, remarquant vraiment pour la première fois à quel point il était grand, et d’une allure élancée, à quel point son pas décidé le mettait en valeur, lui qui était si plaisant à regarder –enfin devait l’être pour les personnes appréciant ce type de spectacle. En consultation, même si Ashford se levait pour le saluer, Hale n’avait pas spécialement l’occasion de bénéficier d’une « vue d’ensemble » sur l’être sur lequel, savait-on jamais, il se déciderait peut-être un jour à se reposer psychiquement sur lui. Pour sûr, au moins la moitié de ses patientes devaient soupirer après lui, au bas mot… Lui, étonnement, se sentait rassuré, mis en confiance par cette stature athlétique, qui aurait presque eu l’air de pouvoir supporter le poids de son chagrin que son instinct sentait aussi dévastateur qu’un typhon.

Le retour victorieux du héros, pareil à César rentrant victorieux des Gaules à Rome, fut célébré avec une mine résolument réjouie :

-C’est gentil à elle, merci à toi d’y être allé et d’avoir décroché le gros lot.

Ses mains, par habitude, se joignirent autour de sa tasse fumante, pour le plaisir d’y puiser la chaleur du chocolat, alors que la chantilly surplombant le tout commençait doucement à fondre –Maximilian aimait cette boisson pour son goût, mais aussi pour pouvoir s’y réchauffer de la sorte, de façon physique, et sans doute un peu aussi de façon psychologique. On avait les « doudous » réconfortants qu’on pouvait, vous savez…

Lui revint en tête un des sujets qu’ils avaient évoqués précédemment, et décida de creuser un peu,  pour faire la conversation tout en essayant d’en apprendre un brin sur le spécialiste :

-Et donc, la psychologie, c’est une vocation d’enfant, ou un professeur incroyable à la fac vous a converti ?

De tous les thèmes possibles, dont ceux qu’ils avaient balayés depuis que Maxim avait passé le seuil du café, il avait fallu que le critique choisisse, par pur hasard, celui-ci. Evidemment, il ignorait le contexte dans lequel Ashford avait choisi de s’orienter vers un doctorat puis vers la psychologie et un cabinet où, vraisemblablement, il devait croiser beaucoup de monsieur et madame tout le monde venus lui narrer les petits tracas de leur vie bien banale ; s’il avait été au courant, son tact aussi légendaire que son côté vieux jeu aurait muselé ses lèvres là-dessus. La chance, jusque-là, l’avait favorisé : vu que la vie n’était qu’une question de hauts et de bas censés assurer un quasi équilibre, il fallait bien à un moment ou à un autre qu’il inverse la tendance si insolemment débutée depuis que tous deux s’étaient trouvés, par exemple en mettant involontairement les pieds dans le plat.

Sa bonne étoile, loin là-haut dans le restant de la galaxie, avait envie de s’amuser.






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Dernière édition par Maximilian Hale le Dim 2 Juil - 21:49, édité 2 fois
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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MY BOOK COVERArrivé à Washington le : 24/03/2017
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Jeu 8 Juin - 1:25

Let's be alone together
Maximilian & Eric
Mes patients ne tarissaient guère d’éloges à mon égard. Loin de moi l’intention de me vanter – ce n’est pas du tout mon genre – mais la majeure partie de mes patients étaient satisfaits de mon travail. Bon nombre d’entre eux me remerciait comme si j’avais accompli des miracles à chaque fin de séances. D’autres tentaient de m’offrir des petits cadeaux à Noël ou pour mon anniversaire. L’une de mes plus anciennes clientes avait même voulu me présenter à son mari lors d’un dîner à trois. Je ne pouvais cependant me résoudre à accepter tout cela. J’avais parfaitement conscience également que mon succès était en grande partie dû au bouche à oreille. Les patients satisfaits parlaient de moi à leurs amis, à leur connaissance et ma clientèle ne désemplissait pas. Voilà comment avait évolué ma renommée au fil des années. Mon travail, malgré des débuts incertains, était rapidement devenu une vocation. Je prenais plaisir à me lever chaque matin pour passer du temps avec tous ces gens qui avaient besoin de mon aide pour régler les problèmes auxquels ils faisaient face. Même si les résultats n’étaient pas toujours probants. Chaque être humain était unique, à ce titre, chacun avait besoin de plus ou moins de temps pour mettre le doigt sur ce qui les rongeait de l’intérieur. J’en avais parfaitement conscience c’est pourquoi il était de mon devoir d’y aller en douceur avec ces personnes et de ne surtout pas les brusquer. Mon but était de les aider à aller mieux, pas de les braquer. Alors en effet, comme le souligna Maximilian, je ne sous-estimais pas la qualité de ma compagnie. Certes les curieux ne venaient pas me voir longtemps, mais la plupart avait plutôt du mal à couper le cordon – si on peut dire ça ainsi – et à mettre un terme à nos séances une fois leur problème résolu.

Cependant, le fait que Hale mentionne une amie très chère, ou des personnes proches de lui, était intéressant et je savais que je ne pouvais pas passer à côté de ce genre de détail qui pouvait avoir une importance capitale. Non pas que ce soit de la curiosité – quoi que – mais en apprendre plus sur son entourage pouvait grandement m’aider dans la recherche et la résolution de son problème. Parce qu’après tout, que savais-je exactement de cet homme ? A part ce qu’il avait daigné me révéler ? Pas grand-chose. Avait-il de la famille présente dans le coin ? Son accent ne faisant aucun doute quant à sa provenance. Il devait venir de la côte ouest à n’en pas douter. L’accent californien était assez perceptible. Avait-il des amis proches qui le connaissaient mieux que personne ? Avait-il quelqu’un dans sa vie ? Une femme peut-être ? Je n’en savais rien, mais j’estimais qu’il était intéressant de le savoir. Dans tous les cas, de l’idée que j’avais pu me faire de sa personne, il ne semblait pas être comme tous les jeunes de nos jours à s’envoyer en l’air avec la première venue chaque soir. De ce que j’avais pu observer et en conclure, il avait l’air plutôt du genre calme, introverti et plutôt hors du temps. Il fallait bien le reconnaître, il n’avait pas grand-chose à voir avec la jeunesse d’aujourd’hui – même si nous avions pratiquement le même âge. Sa façon de s’exprimer témoignait de sa bonne éducation, il ne venait pas d’un milieu modeste. Il avait l’air également assez pudique et réservé alors j’étais curieux d’en apprendre plus sur son entourage. Savoir comment il se comportait avec eux. Comment ses proches le percevaient. Aucune information n’était à négliger. « Vous n’avez aucune promesse à me faire, en effet. Vous êtes libre de prendre tout le temps dont vous aurez besoin. » Chaque chose en son temps oui. C’est une phrase que j’avais l’habitude de répéter à mes patients les plus stressés. Ceux-ci avaient le plus besoin d’être rassurés, constamment.

En parlant de Stephen King et de psychologie, j’avais pensé qu’il s’y connaissait un minimum dans ce domaine, comme il sembla le souligner. Pourtant il en assura tout le contraire, précisant qu’il s’y intéressait facilement sans pour autant être un expert en la matière. Il mentionna également la psychiatrie et cela me ramena immédiatement à mon père, lui qui avait tant rêvé que son indigne fils suive un chemin tout tracé. Cette spécialité ne m’avait jamais intéressée, du moins, je m’y étais férocement convaincu. Par pur esprit de contradiction, je me devais de détester cette spécificité. « Ce sont deux domaines assez opposés, même si bon nombre de personnes les confondent ou ne savent pas les différencier. » La psychologie correspond à ceux qui ne se cassent pas le cul, pour reprendre les mots de mon cher paternel. D’ailleurs, si Maximilian s’intéressait un minimum à la psychiatrie, peut-être avait-il entendu parler d’un Docteur Ashford Senior, psychiatre de haute renommée qui avait publié pas mal d’ouvrages sur la question. Cependant, cela ne m’intéressait pas de le savoir, moins je parlais de lui, mieux je me portais. A quoi bon aborder des sujets qui fâchent avec l’un de mes patients ? Cela n’avait aucun intérêt ni pour l’un ni pour l’autre. D’autant plus qu’en évoquant mon géniteur, il y avait fort à parier que ma bonne humeur en pâtisse sévèrement. Inutile d’en arriver là alors que nous passions un bon moment.

Pour l’histoire du ballet, nous campions chacun sur nos positions, renvoyant la balle constamment dans le camp adverse. A ce rythme-là, nous en aurions pour des heures. D’ailleurs si nos séances n’étaient pas chronométrées, cela ne faisait aucun doute qu’elles dureraient plusieurs heures, voire une journée entière. A croire que cette joute verbale était devenue une sorte de jeu qu’aucun de nous ne souhaitait perdre. C’était à celui qui avait le dernier mot, constamment. Aujourd’hui ne faisait pas exception, même si nous n’étions pas en thérapie. Mieux valait stopper le sujet et le garder pour nos séances futures. Pourtant, malgré tous nos arguments qui s’étaient opposés durant les quelques minutes qui venaient de s’écouler, l’assurance qu’il allait participer à ce ballet me surprit. Il n’avait cessé de contrer chacun de mes arguments pour, au final, capituler avec une facilité déconcertante, précisant qu’un pari était un pari. Certes, mais qu’est-ce qui avait changé depuis le début de ce débat ? « Je ne peux pas nier que je suis surpris, agréablement bien sûr, par ce revirement soudain de situation. C’est tout à votre honneur. » Même s’il n’aimait pas perdre, il ne manquait pas d’audace et ses paroles ne firent aucun doute quant à sa sincérité. Et bien, s’il souhaitait remporter ce dîner avec moi et s’il s’agissait là d’une motivation suffisante pour dépasser ce dégoût et cette réticence pour cette discipline, alors j’en étais très heureux. Pourtant, lorsque je lui avais proposé cette récompense, j’étais bien loin de m’imaginer que cela le motiverait autant. Au départ, cette invitation avait franchi la barrière de mes lèvres comme une sorte de plaisanterie aussi ridicule que cette participation à ce ballet. J’étais loin de me douter que la perspective de partager un repas en ma compagnie l’emballerait à ce point. Etait-ce un but ultime à atteindre pour lui ? S’agissait-il d’une sorte de trophée à obtenir coûte que coûte, au détriment de l’image qu’il pourrait bien renvoyer au moment de monter sur scène ? Etait-ce suffisamment important à ses yeux pour ne pas changer d’avis au dernier moment et faire demi-tour pour retourner en coulisse ? D’une certaine manière, tout ceci était flatteur pour moi. Tout cela était parti d’une plaisanterie assumée pour terminer sur une véritable récompense à atteindre. Dans mon cas, plus le temps passait et plus j’avais à cœur de subir ma défaite et tenir ma parole en l’invitant à dîner. Tout comme aujourd’hui, dans ce café, j’avais envie d’apprendre à le connaitre et à le découvrir dans un contexte différent de d’habitude. Cet homme, son cas, attisait ma curiosité au-delà de ma conscience professionnelle. Même si d’ordinaire, la défaite ne me plaisait pas, je reconnaissais humblement que cette fois-ci, j’étais prêt à l’accepter sans broncher. Si tant est qu’il remplisse sa part du marché, je remplirai la mienne, sans hésitation. « Je suis bon joueur. Si vous gagnez, j’accepterai la défaite humblement. »

Et puis, la conversation avait dévié. Les sujets s’étaient enchainés avec une facilité déconcertante. Le tutoiement était à présent de rigueur comme si nous nous connaissions depuis des années. Comme si nous étions deux amis en train de discuter autour d’un café – qui n’était toujours pas présent sur la table soit dit en passant - alors qu’il était mon patient depuis seulement quelques mois. Mes confrères auraient pu se trouver horrifiés que nous nous montrions aussi familiers l’un envers l’autre à présent. Ce n’était pas un comportement normal en prenant en compte la relation thérapeute-patient qui nous unissait. J’avais tenté de résister, du moins mon sens de l’éthique avait vaillamment combattu. Avant de rendre définitivement les armes. Nous n’avions qu’à reprendre le vouvoiement en vigueur lors de nos séances, voilà tout. Accordons nous une petite trêve, en mentionnant la fête des voisins par exemple. Si Maximilian comptait y participer, ce n’était pas du tout mon intention. Aussi étonnant que cela puisse paraître pour le psychologue que j’étais, je détestais ce genre de regroupement. Chose qu’il ne manqua pas de remarquer et de souligner, non sans un léger sourire taquin. J’aurais pu répliquer aussitôt mais mon attention fut captée par nos deux tasses manquantes. Je décidais de me lever pour aller les récupérer, lui laissant ainsi l’illusion d’une potentielle victoire. Il n’en était rien cependant. Rira bien qui rira le dernier. Il ne serait pas déçu du voyage car je ne comptais pas passer outre ses paroles et je me devais d’attraper à pleines mains la perche qu’il m’avait tendue. Je n’eus pas à attendre très longtemps au comptoir et la serveuse nous offrit même des muffins pour récompenser notre patience d’or. Un sourire aux lèvres, la remerciant au passage, je n’avais plus qu’à retourner à notre table pour y déposer le tout. Tant que j’y étais, je retirais également ma veste que je posais sur la banquette à côté de moi. « Oui c’est gentil en effet. Comme quoi la patience est toujours récompensée. Même quand on ne s’y attend pas. »

Maintenant que j’étais de retour, j’allais pouvoir répliquer sur ce qu’il avait dit avant que je ne me lance à la conquête de nos commandes. Sur la table, je joignais mes mains autour de ma tasse, un léger sourire ancré au coin des lèvres. « Un truc de psy donc ? Depuis quand un homme parfaitement bien dans sa peau tel que toi s’intéresse aux trucs de psy ? » Lui qui agissait toujours comme si tout allait bien, comme s’il se contentait de sa petite vie paisible, alors qu’il se voilait la face. « Moi qui pensais que mes paroles n’avaient aucun impact sur toi, semblerait-il que tu en tiennes compte finalement ? » Lançais-je sur un ton plutôt ironique, mon sourire s’étant étiré au fil de mes paroles. J’avais parfaitement conscience qu’il assimilait chacun de mes mots pendant nos séances, mais trop borné ou trop terrifié de voir les choses en face, il préférait toujours rebondir dessus comme si mes propos étaient des gouttes d’eau venues effleurer le rocher qu’il était. C’était sa manière à lui de se protéger derrière sa carapace que je finirais par fissurer un jour ou l’autre. Je ne perdais pas espoir. Jamais. Quant au fait que je n’applique pas les conseils que je pouvais prodiguer à mes patients, c’estpour une raison toute simple. Je suis un adepte du « fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais ». « En tant que psychologue, certes, je te conseillerais fortement de t’ouvrir au monde, de rencontrer tes voisins si tu as quelque sympathie pour eux. Se forcer à se sociabiliser n’est jamais la meilleure solution cependant. Le but n’est pas d’être mal à l’aise. Pourtant, selon le profil de chacun et selon leurs propres expériences personnelles, ce genre de regroupement comprenant des personnes dotées de plus ou moins bonnes intentions n’est pas forcément fait pour tout le monde. Je suis pour les interactions sociales, évidemment, mais pas nécessairement dans ce contexte où tout le monde ou presque se connait. Il est parfois bien plus intéressant de rencontrer des individus totalement inconnus. » Voyait-il la différence ? Personnellement, je détestais ces rassemblements d’hypocrites que consistaient les fêtes des voisins. « La jalousie est un facteur important à prendre en compte pour ce type d’événement. Untel sera jaloux de son voisin parce qu’il a une plus jolie maison, une meilleure voiture, une piscine plus grande, ce genre de chose. C’est la nature humaine d’envier ceux qui partagent le même quartier. Ce n’est pas pour rien que les problèmes entre voisins sont aussi courants de nos jours. Alors qu’un rassemblement d’inconnus, à l’occasion d’un salon ou d’une exposition par exemple est bien plus enrichissant parce que la passion ou l’attrait est commun. Il n’y a pas de jugement sur ce que l’autre possède, pas de commérage, juste un fait commun qui les unit. » Pour moi la différence était non négligeable.

Au bout d’un moment, un léger moment de silence fit irruption alors que chacun profitait de sa boisson enfin arrivée à destination. Mais Maximilian finit par rompre le silence en posant une question anodine, d’apparence. S’il avait voulu m’assassiner, le timing aurait été presque bon, cela s’était joué à un dixième de seconde près. Je venais tout juste d’avaler une gorgée de mon café – et encore, celle-ci passa difficilement -  quand il la prononça. Une micro seconde plus tôt et je m’étouffais en avalant de travers. Je reposais ma tasse, tentant de me retenir de grimacer. Ce n’était qu’une simple question, parfaitement innocente, pour n’importe qui. Mais pas pour moi. Les raisons de cette décision de devenir psychologue n’était ni une vocation d’enfant, ni du fait d'un professeur incroyable. Elles étaient toutes autres. Moi qui voulais éviter de penser à mon imbécile de père en sa présence, c’était raté. Je baissais les yeux quelques secondes vers ma tasse, retenant un soupir. « Ni l’un ni l’autre. » J’avais répondu un peu trop froidement à mon gout. Il m’était difficile d’évoquer mon père sans une pointe d’agacement ou d’amertume dans la voix. Je relevais la tête, m’en voulant d’avoir utilisé un tel ton avec lui. « C’est… Disons que c’était par esprit de contradiction. » J’avais soudain une irrépressible envie de fumer. Là, tout de suite. Comme à chaque fois que je n’allais pas bien, que j’étais stressé, angoissé ou contrarié. Le sujet n’avait rien de plaisant pour moi, bien au contraire. Le simple fait de penser à mon père faisait monter une colère sourde en moi. Surtout dans un moment aussi agréable et plaisant que celui-là. Dans un réflexe que je ne contrôlais pas, je récupérais mon briquet dans la poche de ma veste et je commençais à jouer avec entre mes doigts, sur la table. Mon attention se focalisa immédiatement dessus. « Attention, je ne dis pas que j’ai choisi cette voie par dépit. J’aime mon travail, là n’est pas le problème. Disons simplement que je n’étais pas destiné à exercer cette profession. On avait d’autres projets pour moi, depuis toujours, sans que mon avis ne puisse entrer en jeu. Pour tout un tas de raisons et d’événements qui se sont produits, j’ai décidé de bifurquer, n’en déplaise à… » A mon cher père. Stoppant ma phrase, je me redressais légèrement et relevais la tête, le briquet toujours entre mes doigts. « Bref, mon travail est une infamie à son nom, à sa réputation, à ses yeux et son fils est un raté. » J’étais peut-être allé un peu loin mais quand il s’agissait de lui, mes paroles étaient incontrôlables. Je fermais les yeux quelques secondes en grimaçant, regrettant déjà mes propos. « Je suis désolé. Ce n’est pas un sujet très plaisant pour moi. Notre relation a toujours été très chaotique et ce sujet en particulier a toujours été une source de conflit incessant... La psychiatrie c’est tellement plus prestigieux… » Ma dernière réplique était ironique, amère. Pourtant dans l’esprit de mon père, c’était le cas. La psychiatrie pour l’élite, la psychologie pour les fainéants.

Le mieux pour tout le monde était de changer de sujet. Je ne voulais pas pourrir l’ambiance ou lui faire peur d’une quelconque façon. Revenons plutôt à lui. Je n’avais même pas tilté sur le moment parce que j’avais été perturbé par sa question, mais m’avait-il de nouveau vouvoyé ? « Toi aussi tu as un sens de l’éthique caché ? Tu reviens au vouvoiement finalement ? » La force de l’habitude certainement. Pourtant, cette relance de sujet était bien mince, je devais trouver mieux. Je devais lui poser une question personnelle mais pas trop non plus. Il fallait que je fasse en sorte de ramener l’attention sur lui, une nouvelle fois. Malheureusement, le sujet du ballet était déjà mort et enterré. Je connaissais sa profession et je savais qu’il vivait à Washington, forcément. Mais, c’est vrai qu’il avait un accent de la côte ouest. La Californie. Cela m’était complètement sorti de la tête mais en apprenant son nom lors de notre première séance, je m’étais toujours dit que je l’avais déjà entendu quelque part. Ne parvenant pas à remettre le doigt dessus, j’avais entrepris quelques recherches et j’avais découvert que son nom Hale était associé à un vignoble californien. C’est ainsi que j’en avais déduit qu’il venait d’un milieu aisé. Chose que j’avais rapidement constaté et donc confirmé de par sa manière de parler et de se tenir. « Je ne suis pas un fervent consommateur de vin pourtant, si mes souvenirs sont exacts, j’ai déjà vu ton nom sur des étiquettes. Tu possèdes un vignoble ? Comment ça se passe ? Je n’y connais rien dans ce domaine, alors ça m’intéresse. Surtout que la Californie, ce n’est pas la porte à côté. » Au moins s’il me parlait de cette occupation, ça me permettrait de me détendre un peu et de me vider l’esprit quant à mon saute d’humeur précédent. Et puis, le sujet était assez anodin pour ne froisser personne… Un sujet de conversation comme un autre. Ou presque.

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