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 let's be alone together | Eric

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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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MY BOOK COVERArrivé à Washington le : 21/01/2017
Pages lues : 179
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Avatar : James McAvoy
Pseudo : Marie
Âge : Trente-trois ans ◊ 8 juillet 1984.
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Dim 9 Juil - 13:33


I wish I could turn back the time
L'amour est souvent une partie où chacun des deux joueurs,
tour à tour, croit qu'il va perdre et se hâte de corriger son jeu.




Vieux jeu comme pas possible, Maximilian prenait très au sérieux son rôle de patient, mis à part les confidences jusque auxquelles il ne souhaitait –ni ne parvenait, pour être tout à fait exact- arriver. Les documents qu’il avait signé au moment de devenir le client du docteur Ashford l’avait conforté dans l’idée d’être lié par un engagement on ne peut plus sérieux envers le thérapeute, et ce jusqu’à ce que tous deux parvienne à leur but un commun ; un but qui, en pratique, ne s’était nullement révélé vraiment partagé, ni simple à définir, loin de là. Si certains prenaient peut-être à la légère le fait de rendre visite à un psychologue réputé, annulant leurs rendez-vous au pied levé ou sans même prendre la peine de se décommander, Max tenait à honorer ses engagements, comme il aurait pu le faire auprès d’un employeur, ou d’une personne de confiance envers qui se montrer sérieux, respectueux, digne du professionnalisme que déployait Eric afin de mener à bien son travail le plus correctement possible. Pour contrebalancer les patients incapables de couper le cordon, il fallait bien une pincée d’inconséquents plus ou moins pénibles, non ? D’après la rumeur, l’Univers n’appréciait pas trop les extrêmes, si bien que tout revenait plus ou moins flirter avec une moyenne des plus banales, passe-partout et sans aspérités, mélange de yin et de yang parfaitement équilibré, dépourvu de saveur, mais d’une sérénité apaisante. Malgré cette loi immuable de la vie, le Californien espérait néanmoins que celles et ceux trouvant intéressant de se montrer impolis envers Ashford, notamment en se moquant bien de la prévenance du psychologue, n’étaient pas si nombreux que cela, ou qu’en tout cas leur incorrection n’égratignait pas de trop sa motivation.

Pour sa part, Maxim avait conscience que ses réticences à jouer le jeu à cent pour cent, un léger bémol au contrat passé entre lui et le spécialiste : Eric s’était engagé à l’aider à aller mieux, comment cependant ne serait-ce que progresser, ou seulement identifier le problème, si on lui barrait la route ? Pour que celui-ci ne l’imagine pas pourvu de bien peu d’estime pour ses soins, et parce que l’éducation qu’il avait reçue n’aurait su souffrir que de bien peu de défauts, le critique tenait à demeurer irréprochable sur le reste, moins pour jouer orgueilleusement les bons élèves que pour ne pas déplaire à Ashford et briser son tranquille enthousiasme –lui déplaire en tant que patient, n’est-ce pas. Pourtant, contrairement aux apparences, il n’était pas obligatoire que l’un d’eux capitule face à l’autre, soit en acceptant de parler, soit en jetant l’éponge et en rompant leur collaboration ; si Eric le déclarait sain d’esprit et parfaitement bien dans ses baskets, tout le monde serait heureux, et pourrait passer à autre chose.

-Merci de votre compréhension. Vraiment. Cependant… Imaginez que je ne trouve rien à vous dire ? Dans le cas où, tout bêtement, je n’aurais rien à vous dire ; sauf votre respect. Ça ne serait pas une position de déni de ma part, ou d’indécision, rien que l’expression de l’absence de tout problème, même invisible pour moi. Le fait de venir vous voir deviendrait simplement une sorte de vérification, un « contrôle technique » de ce qu’il y a dans ma tête, en quelque sorte. Vous n’auriez qu’à statuer que tout va bien chez moi, et l’affaire sera pliée. C’est peut-être ce que vous serez amené à faire, qui sait.


Oui, voilà, excellente façon de considérer les choses : Hale n’avait engagé sa démarche auprès du docteur que pour, au fond, rassurer ses proches, et recevoir un joli papier avec le tampon « aucun souci à se faire » à dégainer à l’envi, dès qu’un des Eriksen commencerait à se faire du mauvais sang pour lui. L’idéal aurait bien sûr été que, tel un médecin immensément complaisant signant des arrêts de travail à tour de bras, Eric aille dans son sens sans chercher à investiguer plus loin que le masque d’apparente sérénité que lui offrait son vis-à-vis, une solution de facilité manquant quand même un peu de charme, vu que Max y aurait perdu le plaisir de le voir déployer tout son savoir-faire, tout en refusant de se plier aux caprices de ses ouailles. Certes, tutoyer Max, comme il y viendrait peu après, constituait également une entorse au code déontologique de sa profession, mais Maxim ne l’en estimait pas moins, ce qui n’aurait pas été le cas si le spécialiste lui avait proposé de régler tout ça avec une ou deux ordonnances de Prozac distribuées comme des prescriptions pour de l’aspirine.

C’était là que la logique de leurs entretiens se mordait la queue, et où seul le jugement d’Ashford s’avérait potent : soit Maximilian se taisait pour masquer son mal-être, consciemment ou non, soit le psychologue s’était lancé à la recherche de l’équivalent de l’El Dorado, cité mythique de légende que personne n’avait réussi à placer sur une carte, ni même à apporter la preuve de l’existence, véritable mirage qu’il pourrait traquer des décennies sans jamais rien trouver. Quoi que puisse dire ou faire le Californien, le diagnostic incombait totalement au praticien, lourde responsabilité gourmande en réflexion ; une unique question demeurait, que soulevait le malicieux vigneron : quel droit à l’erreur se donnait Eric ? À quel moment commencerait-il à considérer qu’il avait jusque-là fait fausse route ? Autant d’informations utiles, pour quiconque aurait escompté donner le change suffisamment longtemps pour passer sous le radar.

Et Maximilian, envoyait-il de son côté des signaux de détresse quasiment imperceptibles, et ce malgré lui ?

-J’estime tout de même ne pas être en droit de vous faire perdre votre temps. Il doit bien exister d’autres moyens de calmer les inquiétudes de mes proches, qui ne vous bloquerait pas des plages entières de votre carnet de rendez-vous.

Parce qu’en son for intérieur, il demeurait certain que même si, au plus profond de son cœur, existait bel et bien une souffrance refoulée, celle-ci n’était pas si grave que cela, du moins pas au point de garder Ashford en « otage » durant presque plusieurs heures toutes les semaines, alors que sa patientèle devait très certainement compter des gens autrement plus désespérés que lui. Discret, préférant régler ses soucis seul que de s’appuyer sur autrui, Max parlait peu de ce qui n’allait pas, pour se concentrer sur le positif et offrir un visage aussi tranquille que rassurant à ses amis, lesquels, il n’en doutait pas, avaient déjà leurs propres ennuis, et donc nullement l’obligation de l’écouter, je cite, « se plaindre de menus tracas existentiels ». Malheureusement, la vie avait placé sur sa route -au propre comme au figuré- un tel écueil, d’une si grande violence et si difficilement surmontable, même avec de l’aide, que sa philosophie ne tenait absolument plus la route. C’était typiquement le genre de drame auquel personne ne devrait avoir à faire face sans qui que ce soit à ses côtés, volontairement ou non, pour l’épauler ou l’écouter, et ce n’était que par une fierté imbécile, ou bien un instinct de conservation dépassant le sens commun, que Maximilian s’imaginait pouvoir tenir bon, seulement armé de sa propre volonté.

De l’instinct de conservation, oui, car il se révélait bien connu que tout ce qu’on refuse de considérer comme réel cesse immédiatement d’exister… Si un arbre tombe dans la forêt mais que personne n’est là pour entendre le choc, qui s’en soucie, qui en souffre, qu’est-ce que ça change ? Les enfants, terrifiés par les ombres de la nuit, se cachaient la tête sous leurs couvertures pour échapper au Croquemitaine, rassurés par l’idée que ne rien voir les rendait invisibles ; en grandissant, devant un film d’horreur ou un thriller haletant, ils plaquaient leurs paumes contre leurs yeux, pour soustraire leur esprit aux griffes de la peur, et comme par magie, une fois l’objet de leurs craintes envolé, leur rythme cardiaque retrouvait sa tranquillité. Pourquoi Max n’aurait-il pas pu tout bonnement faire la même chose avec son deuil ? Pourquoi cette recette n’aurait-elle pas fonctionné ? À force d’attendre, tout finirait par rentrer dans l’ordre, d’une façon ou d’une autre -la solution la plus extrême étant de se dire que, un jour ou l’autre, Maxim passerait l’arme à gauche comme tout à chacun, et qu’alors son chemin de croix prendrait fin.

Ça arrivait même aux meilleurs d’entre nous, puisque après tout, le thérapeute lui-même s’était convaincu du peu d’attrait que revêtait, selon lui, l’exercice de la psychiatrie, et plus encore : que sans même essayer, il demeurait certain que ce métier n’était pas fait pour lui. Qu’il soit question d’initiation à la danse ou de projet professionnel, tous deux ramaient dans le même bateau, et globalement plus dans le même sens que ce qu’on aurait pu croire…

-Effectivement, elles ont peu en commun, approuva Max, en ayant le bon goût de ne pas émettre de jugement de valeur, comme beaucoup de monde aurait été tenté de le faire, même sans rien y connaître. Le profilage semble énormément séduisant : être professeur à la fac, tout en aidant les forces de l’ordre en tant que consultant… Les séries télé doivent avoir sacrément enjolivé la chose, sans nul doute, mais je ne peux m’empêcher d’admirer pareille carrière. Sans vraiment rêver m’y projeter, cependant : un peu comme un enfant qui rêverait de devenir astronaute, vous voyez ?

Une envie stupide, une rêvasserie qui n’aboutirait pas, et qu’on laissait derrière soi sur un haussement d’épaules, parce qu’il y avait bien plus grave dans la vie que d’abandonner un objectif impossible à atteindre.

En tout cas, le Californien n’avait nullement abordé la glorieuse filiation pesant sur les épaules de son interlocuteur, et pour cause : si l’envie de « Googleliser » son psy, selon le terme désormais officiel, l’avait taraudé pendant un temps, il s’était refusé à jouer les fouineurs, quand bien même les informations sur lesquelles il aurait pu tomber fussent publiques, grâce à la sacro-sainte magie d’internet. Même s’il était vraiment tentant d’en apprendre plus sur lui, à grand renfort de petits détails insignifiants que pourtant Maximilian aurait trouvés absolument passionnants, la démarche demeurait intrusive, loin de ce que Hale considérait comme acceptable. Quel intérêt de fouiller dans la vie privée de quelqu’un, qui de surcroît ne voulait sans doute pas ni n’était au courant des détails personnels circulant librement sur la toile, quand vous pouviez les découvrir par vous-même ? Il lui paraissait tellement plus valorisant, plus excitant et plus légitime de recevoir les révélations qu’il méritait, de par les efforts déployés pour se montrer amical, ou encore parce qu’il était quelqu’un de confiance ; une question de droiture morale, allant de pair avec, entre autres, son respect scrupuleux des rendez-vous fixés avec Ashford. La loi du « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » s’appliquait à la perfection : Max n’aurait pas forcément aimé que leurs séances se retrouvent à avoir pour thème le contenu des derniers articles de blog que son psychologue avait dénichés à son sujet. Comment garder un peu d’aura mystérieuse, si en un clic votre passé se retrouvait mis à nu ?

Au moins, le futur proche et ses points les plus sensibles -le spectacle de l’école de ballet- bénéficierait d’un écran de fumée volontairement mis en place par le propriétaire terrien, et vu que personne à part une certaine jeune femme de sa connaissance ne se verrait informé de son idée, tout risque de fuite s’en trouvait drastiquement réduit, à moins que Maxim jouât de malchance, et que « comme par hasard », Eric comptât parmi ses connaissances, amis ou patients la fameuse demoiselle grâce à qui l’heureux gagnant du concours allait tenter l’entourloupe du siècle. Le destin ne pouvait pas le haïr à ce point, si ? La réaction d’Eric, jusque-là, n’était pas déplaisante, loin de là. Hale arbora un léger sourire ravi, bien content du petit effet qu’il était parvenu à ménager, sans visiblement susciter plus de méfiance ou de soupçons que cela.

-Le plus difficile, avec une occasion -enfin, d’après moi-, ce n’est pas d’arriver à la voir avant qu’elle ne vous file sous le nez, mais de se lancer et de la saisir. Au moins, il n’y a pas de regrets à avoir… Et puis vaille que vaille pour la suite.

C’était peu dire : de mémoire d’homme, il n’avait jamais tenté un coup de poker aussi osé que celui qu’il avait en tête afin de décrocher un dîner avec Eric sans passer par la case « tutu pour une humiliation publique » et la vision terriblement attristante du spécialiste réprimant avec peine un fou rire de taille lors de la première. Il ne doutait cependant pas que ce dernier lui aurait conseillé de voir la vie du bon côté et de tenter sa chance de manière générale, tel un optimiste aussi jovialement ouvert à l’inconnu que possible ; prenant la liberté d’anticiper le judicieux conseil, le testeur gastronomique avait pris le parti de tenter de faire tapis, avec insolence, bravoure, créativité. Mener en bateau Ashford ne plaisait pas des masses à son bon fond, et à raison, puisque le spécialiste faisait tout son possible pour l’aider, et par pur altruisme, car malgré son salaire, l’expert en esprits tourmentés semblait sincèrement apprécier son métier, sans chercher la gloire ou la fortune… Malgré ce tiraillement intérieur, Maximilian s’était jeté à l’eau, en se disant qu’un petit mensonge permettrait, avec un brin de chance, de satisfaire tout le monde. Se retrouver le jouet d’une gentille machination, lorsque l’intérêt d’une tierce personne passait avant celui d’une de vos protégés, pouvait bien être excusé, non ? Mine de rien, nous tenions là une énième manière de conclure l’aventure de Maxim au pays des divans et des épanchements personnels : que son psy se vexe et l’envoie au diable. Fin du voyage, rideau, le bon docteur s’en irait drapé dans une juste offense, lui qui tout du long aurait joué franc jeu ainsi que dans le plus pur respect des règles, heureux de croire son patient prêt à se mettre à nu -paradoxalement- vêtu d’une paire de collant, devant une salle bondée.

L’espace d’une seconde, les regrets faillirent pointer le bout de leur nez : un tel enfantillage valait-il le coup, ce qu’il pourrait éventuellement apporter surpassait-il le risque de perdre l’entente, diaphane mais solide, entre eux ? À la manière d’un joueur compulsif, ou d’un sportif grisé par le succès au point de se pousser hors de ses retranchements avec une confiance en lui trop débordante pour son propre bien, il réprima l’embryon d’hésitation qui avait semblé vouloir faire entendre sa frêle voix. L’ivresse discrète, distillée par leur duo, créait doucement mais sûrement une certaine forme de dépendance, comme y parvenait à merveille l’adrénaline, et Hale se croyait encore capable de la juguler.

-La curiosité, comme je te l’ai dit, ironisa ce dernier avec bonhomie. Ça m’intéresse, la façon dont tu vois les choses, ce qui rapproche ou divise nos points de vue. Les parfaits inconnus que tu cites… Je ne sais pas si j’apprécierais de prendre les devants avec eux : certains ne s’imaginent pas la difficulté que ça peut représenter, d’aller vers les gens, ou de la crainte d’être rejeté ; il s’agit de se mettre en position de fragilité en quelque sorte, selon moi, un peu comme pour le ballet. Ça demande une certaine dose de courage… Ou en tout cas assez eu de flemmardise pour se pousser à se lancer.

Un sourire amusé se traça brièvement sur ses lèvres :

-C’est drôle, il paraît que c’est typiquement français, de rester dans son coin quand on ne connaît personne, et que les autres sont déjà rassemblés en petits groupes. J’ai habité moins d’un an en France, mais c’est à croire que ça a légèrement déteint sur moi.

La première fois où il avait vraiment quitté son foyer et laissé sa vie derrière lui, en Californie, pour s’installer dans un endroit complètement nouveau, où retrouver ses marques… À l’époque, il suffisait de se connecter à Skype pour retrouver le visage souriant de sa mère, ou recevoir les encouragements ainsi que les conseils de son père, alors que dans la poche de son sac dormait bien tranquillement son billet de retour pour les Etats-Unis. Max s’était bien adapté une fois dans le Bordelais, le mal du pays effacé au bout d’un petit mois, et la séparation n’avait pas au final été si rude que ça, au contraire. Son stage auprès d’amis de ses parents, dans le cadre magnifique d’un château entouré de vignes ; l’exact opposé, idyllique et paisible, des affres ayant marqué son emménagement à Washington.

Son sourire, cependant, pâlit bien vite lorsque le ressentiment d’Eric, tourné vers son père mais libéré par l’évocation de son parcours, conféra au paisible thérapeute l’acrimonie d’un être amer que Maxim n’aurait pas imaginé trouver en lui. Tout le monde nourrissait bien sûr ses propres démons, mais chez certaines personnes particulièrement lumineuses, difficile d’imaginer que leur affabilité puisse se lézarder et révéler une frustration vivace, quoi que parfaitement tenue secrète.

-Je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise… tenta le Californien en désespoir de cause, réitérant sans même s’en rendre compte un vouvoiement qui, théoriquement, avait disparu entre eux le temps de cette « trêve » autour de tasses au contenu bien chaud.

Son esprit de déduction ne se permit même pas l’outrecuidance d’associer au briquet un brin malmené par son vis-à-vis un tabagisme palliant les phases de stress et autres mouvements de mauvaise humeur –qui apparemment arrivaient même au plus paisibles, Ashford en était la preuve- ; en réalité, la fameuse once de moralité qui résistait en lui, opposée à la manigance ourdie autour du spectacle, lui susurrait que c’était à ça qu’il s’exposait, et que ce serait ainsi qu’Eric saluerait le calcul qu’il comptait déployer. Un morceau de son cœur, tétanisé, recroquevillé sur lui-même, se hérissait à l’idée d’une nouvelle fois agacer, involontairement, le psychologue.

Quand ce dernier lui fit remarquer son lapsus, Max secoua doucement la tête, les commissures de ses lèvres à peine relevées, signe de contrition désolée :

-L’habitude… Peut-être l'espérance inconsciente que ça ne fasse pas trop pour une première fois, aussi.

Chassez le naturel, et il revient au galop… Le mouvement d’humeur d’Eric, même involontaire, avait engendré chez lui un réflexe tout aussi instinctif de prendre du recul, de le laisser respirer, et calmer toute sensation involontairement créée de pénétrer trop avant dans sa sphère privée, ingérence apte à causer des réactions de rejet plus ou moins intenses. Maximilian avait bien conscience que leur conversation dépassait déjà plutôt largement ce à quoi aurait dû se cantonner leur relation, pousser le vice trop loin n’était peut-être pas si souhaitable que cela : une corde trop tendue trop longtemps finissait tôt ou tard par se rompre, non ? Et ce qu'il partageait avec Eric, là, sur le moment, se révélait trop précieux pour ne pas qu'il en prenne soin autant que possible.

Et tout comme cette dernière, il n’était pas non plus possible de se cacher éternellement ; les écrans de fumée finissaient par s’éclaircir, et les masques par glisser. Réprimant une moue pensive, le critique prit son parti de cette incursion sur son propre terrain sensible. Après tout, il avait mis les pieds dans le plat sans le savoir, Ashford avait bien le droit de lui rendre la pareille… [i]Fair enough[/i/].

Tout comme son interlocuteur, l’envie de s’occuper les mains mordit les fibres nerveuses de son être ; cependant, depuis le temps, Hale avait appris à masquer ses traces, et à se contrôler aussi fermement que possible, pour mieux donner le change. L’air de rien, il s’empara donc d’un muffin et s’employa à en ôter sans se presser le fin papier en entourant la base, là où déchiqueter ce dernier avec application, ou faire de petites boulettes avec les miettes de gâteau aurait clairement dénoté son déplaisir à parler de lui. Yeux baissés, tout comme Eric tantôt avec son briquet, le Californien adopta un ton détaché, perfectionné au fil des mois :

-C’est exact, ma famille possède une exploitation, dans la Napa Valley. The Hale’s Estate, c’est sans doute ce nom que tu as en tête.

Une famille qui se résumait à présent à sa seule personne, mais il se terrait derrière des expressions comme celles-ci, anodin poison, pour continuer à croire et à faire croire que sa vie ne s’était pas brisée cinq ans auparavant.

-Nous produisons du vin rouge, caractéristique à cause du sol et du climat de là-bas, ce qu’on appelle dans le jargon le terroir. Vu que nous allons vraisemblablement dîner ensemble, je t’apporterai une bouteille.

Et voilà, pirouette magistralement exécutée, du fait d’un entraînement de tous les instants : il n’avait fallu à Maxim qu’une courte phrase pour réimprimer en douceur une nouvelle orientation au gouvernail de leur conversation, avec pour unique objectif de les éloigner de ce qui pouvait diminuer leur tranquille enthousiasme, d’un côté comme de l’autre.

Son muffin libéré de son emballage, il en croqua sans complexe une belle bouchée, comme il l’aurait d’une pomme, nez relevé et regard dans celui d’Eric, comme pour prouver que tout demeurait sous contrôle. Un léger air de surprise se peignit juste après sur son visage, alors que ses mandibules venaient à bout de ce qu’il avait dans la bouche.

-Mhm, éclats de caramel, pas mal du tout. Je ne m’y attendais pas, c’est une bonne pioche.

Des pépites de chocolat tenaient lieu du mieux qu’il aurait pu espérer, n’étant pas un immense fan des myrtilles –quoi qu’il se serait résigné sans mal-, mais la nouvelle recette proposée par l’établissement venait de faire ses preuves, et plus encore.

Quoi, comment ça, ils avaient commencé à aborder le sujet épineux de la famille Hale, ainsi que de ce qui attendait Maximilian en Californie ? Nous n’avons rien remarqué…






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Citation : Paul Leautaud
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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MY BOOK COVERArrivé à Washington le : 24/03/2017
Pages lues : 259
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Âge : 34 ans (15 aout 1982)
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MessageSujet: Re: let's be alone together | Eric   Dim 9 Juil - 19:09

Let's be alone together
Maximilian & Eric
J’avais toujours été quelqu’un d’observateur. J’étais à l’affût des moindres détails, constamment. D’autant plus quand il s’agissait de mes patients. Mon sens de l’observation m’avait toujours énormément aidé à comprendre bon nombre de choses. Petit déjà, ma sœur n’avait jamais réussi à me cacher quoi que ce soit. Quand elle n’allait pas bien, même si elle le cachait, je n’avais jamais été dupe. Elle avait toujours aimé me surnommer le petit Sherlock Holmes, surnom extrêmement flatteur quand on savait qu’il était mon héros de livre préféré dès mon plus jeune âge. J’avais toujours trouvé fascinant son sens de la déduction et de l’observation pour résoudre des affaires épineuses. Enfant, j’avais longtemps nourri l’envie de devenir détective privé à mon tour. Mais j’avais finalement opté pour une toute autre façon de résoudre des problèmes et des énigmes. Certains de mes patients ne venaient me consulter que pour satisfaire leur curiosité, certes, j’en avais eu quelques uns. Mais ces derniers disparaissaient rapidement. En revanche, la plupart de mes clients avaient tous un problème à résoudre, quel qu’il soit et quelle que soit son intensité. Mon instinct ne me trompait jamais là-dessus. Je savais, dès les premières séances, si mon patient avait un souci à régler ou non.

Pour le cas de Maximilian Hale, mon instinct ne mentait pas, une fois de plus. Même s’il le niait, même s’il s’amusait à faire des pirouettes ou à me faire tourner en bourrique, je savais que quelque chose clochait. Je ne saurais expliquer comment. Mais jusqu’à maintenant, mes premières impressions ne m’avaient jamais induit en erreur. Jamais. Il pouvait le nier autant qu’il le voulait, comme aujourd’hui, et tourner autour du pot, je n’étais pas dupe. J’avais appris au fil des années et grâce à mon expérience dans ma profession, à lire dans les yeux. Dans les siens, quelque chose semblait éteint. Il me fallait juste mettre le doigt dessus. Là résidait toute la complexité de la chose. « Nous verrons bien. A l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour émettre le moindre jugement sur votre état. Nous n’avons fait qu’effleurer la surface. Le plus gros du travail reste à faire, croyez-moi. D’autant plus que j’ai l’intime conviction que votre « contrôle technique » ne sera pas okay. Mon instinct ne me fait jamais défaut. » Que cela lui plaise ou non. Il avait signé, il s’était engagé pour que je lui vienne en aide. Il serait très mal venu de ma part et surtout non professionnel de couper court à nos entrevues parce qu’il affirmait aller bien. Des patients qui se voilaient la face, j’en avais eu beaucoup. Il n’était pas le premier. Et je n’étais pas homme à baisser les bras devant les difficultés. Il me fallait juste plus de temps. « Vous ne me faites pas perdre mon temps puisqu’il vous appartient. C’est mon travail de partager mon temps avec vous, ne vous sentez aucunement coupable de quoi que ce soit. » Surtout que mon temps n’était pas gratuit, il payait pour obtenir mes services. Par contre, il était intéressant d’apprendre que ses proches étaient inquiets pour lui. Cela me conforta davantage dans mon idée qu’il avait bel et bien un problème, si ses proches se faisaient du souci pour lui. « Pour quelle raison votre condition suscite-t-elle de l’inquiétude pour votre famille et vos proches ? » Il me tendait des perches, consciemment ou non, je me devais de les saisir.

Le sujet dévia sur la psychologie, puis sur la psychiatrie me menant inévitablement vers mon imbécile de paternel. Ces deux domaines semblaient voisins et avaient beaucoup de similitudes chez les plus ignorants. Pourtant ces deux spécificités n’avaient que peu de choses en commun. Un psychologue n’avait rien d’un médecin au sens propre du terme comme pouvait l’être un psychiatre. Je n’étais qu’un docteur en psychologie suite à l’obtention de mon doctorat. Je n’avais en aucun cas des aptitudes à la médecine et je n’étais pas habilité à fournir le moindre médicament. Ce que mon père ne manquait jamais de souligner pour me rabaisser chaque fois qu’il le pouvait. Lui était médecin, lui était supérieur à moi. Grand bien lui fasse. « Les séries télé exagèrent énormément de choses. » Combien de fois ai-je pu entendre mon géniteur maugréer contre les séries médicales ? A l’époque, la série Urgences en avait pris pour son grade. Pourtant ma mère aimait regarder ce genre de programme. « Le but est d’avoir le plus d’audience possible, peu importe si les faits se rapprochent de la réalité ou non. Mais je vois où vous voulez en venir, oui. » Nous avons tous des rêves inatteignables que nous soyons adultes ou enfants. Cela n’a rien à voir avec l’âge. Même si au fil des années nos rêves prennent une tournure différente, plus rationnelle. Qui peut se targuer de n’avoir aucun rêve inaccessible ? Chaque individu en a au moins un. C’est inévitable. « Cependant, le profilage est un domaine intéressant, je le reconnais. Je dois avoir un livre sur le sujet chez moi. Si cela vous intéresse, je pourrais vous le prêter ? » Je m’étais intéressé à cette spécialité fut un temps et j’avais beaucoup aimé. Pourquoi ne pas partager ce que j'avais pu apprendre sur le sujet ?

Je ne voyais pas vraiment où il voulait en venir avec son histoire d’occasion. Quel était le rapport avec sa participation au ballet ? Avait-il réellement capitulé ? Allait-il réellement monter sur scène et gagner ce dîner avec moi que je lui avais promis ? Ou bien, allait-il se défiler à la dernière minute, en proie à une pression trop forte ? Même s’il voulait bien l’avouer à l’heure actuelle, je n’avais aucune certitude qu’il monte réellement sur scène. Il y avait tout un tas de facteurs, dus aux aléas de la vie qui pouvaient très bien l’en empêcher à la dernière minute. Mieux valait ne pas trop s’avancer et attendre de voir en temps voulu. Dans tous les cas, s’il remportait le pari, je ne voyais rien de négatif dans ma défaite. « La curiosité a bon dos. » Lançai-je en souriant légèrement. A l’écouter, tous ses faits et gestes étaient guidés par la curiosité. D’abord, sa venue dans mon cabinet et maintenant « mes trucs de psy ». « Cela t’intéresse uniquement parce que je suis psychologue ? Ou bien as-tu un quelconque attrait pour confronter les points de vue de toutes les personnes que tu croises ? » Personnellement, je pouvais avoir un point de vue différent en fonction de la casquette que j’arborais. J’avais une vision des choses assez précise en tant que thérapeute, pourtant je n’avais pas forcément les mêmes préceptes dans ma vie privée. Si Maximilian n’était pas mon patient, sans doute que mon discours aurait été différent à bien des égards. A titre personnel, je n’aurais jamais accepté de participer à ce ballet, mais étant son psy, je ne pouvais pas présenter les choses aussi négativement. « Certaines personnes ont plus de facilités à aller vers les autres, elles ont peut-être moins de barrières, moins d’appréhensions. Alors que pour d’autres c’est un exercice bien plus difficile, voire hors de portée. Il est bien complexe de changer sa nature, mais pas impossible. » Le fait qu’il évoque la France et son séjour dans ce pays me scotcha. Indirectement, cela nous lia davantage. Il avait vécu en France, j’avais passé presque la moitié de ma vie avec une française. Se pourrait-il qu’il l’eut connue ? Non, c’était assez peu probable. Le hasard aurait un drôle d’humour dans ce cas-là. Et puis, elle était arrivée aux Etats-Unis au début de sa vie d’adulte pour ses études. « Tu as vécu en France ? Quand ça ? » Malgré tout, je ne pus m’empêcher de poser la question, juste pour voir si cela pouvait concorder au niveau de la période. « Etant donné que notre culture diffère, il est facile de trouver les français un peu particuliers. Mais je les trouve… Attachants. » Comment ne pas apprécier les habitants de ce pays alors que j’en ai aimé une plus que de raison ?

Mais voilà que Maximilian mit les pieds dans le plat, malgré lui. Je ne pouvais pas lui en tenir rigueur, il n’avait aucun moyen de deviner que le sujet du choix de ma voie professionnelle avait été une importante source de conflit à la maison. Il m’en avait tellement voulu qu’à l’instant même où je m'étais lancé dans mes études, il n’avait cessé de me rabaisser continuellement, espérant sans doute me faire plier et me faire changer d’avis. Pourtant, j’avais toujours été pleinement décidé à aller contre lui, faisant fi de ses paroles et de ce qu’il pouvait bien penser. Son fils était un raté, un fainéant qui choisissait la voie de la facilité vers un chômage certain. Certes. Ses paroles ne m’avaient jamais atteint. En apparence. J’avais beau dire que je me fichais de son avis, en réalité, je n’avais jamais été autant blessé. C’est terrible d’être un moins que rien aux yeux de son propre père alors que la fierté de tout fils serait de le rendre fier de son parcours. Je n’ai jamais vu ce genre de lueur dans le regard de mon géniteur, rien d’autre que du mépris, de la colère ou de la déception. Alors je m’étais légèrement emporté parce que malgré tout, ce qu’il pensait de moi m’atteignait de plein fouet. Même si je le niais en bloc. J’aurais souhaité, naïvement, que mon père jette ses œillères de psychiatre à l’ego surdimensionné pour féliciter le parcours de son fils, même s’il se trouve différent de ce qu’il aurait aimé. Mais non. Cela ne se passait pas comme ça dans ma famille. Et cela me révoltait. Ce fut malheureusement Maximilian qui en pâtit. Ce n’était pas moi qui étais le plus mal à l’aise à l’heure actuelle, mais bien lui. Son retour au vouvoiement en témoigna. « Ce n’est rien, en réalité c’est plutôt l’inverse qui s’est produit et j’en suis navré. » Je regrettais amèrement que mon patient ait été témoin de ce genre de saute d’humeur. Cela n’avait rien de professionnel et je trouvais ça désolant. Voilà comment écorcher l’image du psy bon sous tous rapports en l’espace de quelques minutes. D’autant plus que mon combat intérieur contre mon irrépressible besoin d’aller m’intoxiquer était de plus en plus difficile à maîtriser. Le mieux était de changer de sujet et d’occuper mes pensées avec autre chose. Sinon, je risquais de me lever subitement pour aller fumer à l’extérieur comme un toxico en manque. D’ailleurs, mon café ne me donnait plus envie et je l’aurais volontiers remplacé par un autre genre de boisson un peu plus alcoolisé.

Mieux valait pour tout le monde de changer de sujet. Et quoi de mieux que de lui renvoyer la balle ? Ou d’au moins détourner le sujet sur sa propre personne pour qu’on évite de parler de moi. Chose que je n’aimais pas vraiment faire. Autant j’appréciais écouter les gens, mes patients, puisque cela faisait partie de mon travail, autant je détestais inverser les rôles. Moins on en savait sur moi, mieux je me portais. Mon passé n’était pas tout rose et j’avais bon nombre de démons à garder profondément enterrés dans les fins fonds de mon esprit. J’avais eu souvenir de son nom sur une bouteille de vin, alors autant se lancer sur ce sujet. Je stoppais doucement les mouvements de mon briquet entre mes doigts pour le tenir un peu plus calmement dans mes mains, même si l’envie de sortir m’intoxiquer était toujours présente. Il allait surement falloir que je m’absente quelques minutes à un moment ou à un autre. Ou peut-être allais-je pouvoir attendre que notre entrevue prenne fin, une fois nos boissons terminées, même s’il était certain que je ne finirais pas la mienne. Avant de répondre, il attrapa tranquillement un muffin dont il retira le papier avec toute la lenteur du monde. Je l’écoutais attentivement, jetant un œil de temps en temps à ses mains. Il avait beau parler calmement, posément, ce qui me frappa c’est qu’il ne leva jamais les yeux vers moi. On m’avait toujours appris que les gestes et donc la communication non verbale, avait une importance capitale dans mon travail. Une même personne pouvait avoir un discours différent si l’on dissociait ses gestes de ses paroles. Le fait que pas une fois il ne leva les yeux vers moi me mit la puce à l’oreille. Mon instinct de psychologue reprit soudainement le dessus et je posai le briquet sur la table pour joindre mes mains entre elles et croiser mes doigts. Je hochais la tête à l’évocation du nom que j’avais pu voir sur une bouteille. Maintenant qu’il le mentionnait, il s’agissait effectivement de l’intitulé que j’avais pu voir. Sans réelle surprise, il ne s’étala pas sur le sujet pour rebondir sur autre chose et ainsi revenir sur des sentiers battus. « Ta victoire ne sera acquise que lorsque je t’aurais vu de mes propres yeux sur scène. » Cela me semblait judicieux de le lui rappeler étant donné qu’il semblait déjà se voir victorieux. Il changea définitivement de sujet en s’extasiant sur son muffin. Mon intuition me poussait pourtant à revenir au sujet précédent. Et c’était mal me connaitre que d’imaginer que j’allais baisser les armes aussi facilement. Quelque chose me titillait. J’avais la sensation de tenir quelque chose. « Et qu’est-ce qui t’amène à Washington dans ce cas ? Etant donné que ta famille se trouve en Californie. Je suppose que ce n’est pas pour le climat qui semble bien plus agréable là-bas qu’ici. Et puis si je ne m’abuse, à en juger par ton accent plutôt prononcé, tu ne vis pas dans cette ville depuis des décennies. Ce n’est pas non plus la région la plus touristique du pays alors au niveau gastronomique ça ne doit pas être l’idéal. » Son métier de critique culinaire, il pouvait l’exercer n’importe où. J’imagine. De mon point de vue, la Californie offrait bien plus d’avantages que la côte Est. Alors pourquoi était-il venu se perdre ici ? « Pourquoi mettre autant de distance entre tes racines et toi ? » Ma déformation professionnelle était de retour. Comme quoi, on ne change pas ce que l’on est. Et puis, il fallait bien que mon attention se focalise sur quelque chose pour palier mon envie intempestive de fumer.

crackle bones
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let's be alone together | Eric
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