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 éblouis par la nuit | Eric

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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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Arrivé à Washington le : 21/01/2017
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Schizophrénie : Rien à déclarer.
Disponibilités : 3/4 - Busy # (mais le planning reste ouvert, parce que je suis faible ♥️)

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SCHEDULED → Andy ◊ Trent&co ◊ Rhett ◊ Sheri&co.
OFFEric (former)Noäm -X- (1) ◊ Rohan -X- (2) ◊ Eric (4) ◊ Maëlys (5) ◊ Noäm -X- (6) ◊ Loreleï -X- (7) ◊ Eric (8.) ◊ Olivia -X- (11).
Âge : Trente-trois ans ◊ 8 juillet 1984.

MessageSujet: éblouis par la nuit | Eric   Mar 8 Aoû - 18:50


Maximilian & Eric
« Car il y a toujours un abîme au fond de l'abîme. »
-  Roberto Saviano








La soirée était vraiment agréable, il ne fallait pas se le cacher. Depuis qu'il avait débuté tout un nouveau pan de sa carrière à Washington, Maximilian avait plutôt eu l'habitude de prendre un verre seul, dans les différents bars et débits de boissons divers qu'il avait été amené à noter en tant que critique, en ne s'y rendant dans le cadre personnel qu'à peu de reprises, essentiellement avec Noäm pour tout dire ; ainsi, son premier réflexe, lorsqu'il avait trouvé dans sa boîte mail une invitation générale d'un de ses collègues à l'ensemble de leur équipe pour un afterwork la semaine suivante, avait été de décliner poliment. Sortir en semaine comme ça, sans doute pour rentrer tard alors qu'il travaillait le lendemain matin, en plus à une heure où les transports en communs fonctionnaient peu ou pas, voilà qui suffisait généralement à le refroidir vis-à-vis de ce type de sortie. Et puis qu'allait-il donc faire de sa voiture ? Celle-ci allait vraisemblablement rester sur le parking des bureaux partagés où les "journalistes", comme certains d'entre eux se plaisaient à s'appeler, passaient régulièrement pour écrire leurs articles au calme, ou simplement les rendre dans le cas de ceux préférant travailler chez eux ; il serait donc contraint de venir la récupérer le lendemain, en un trajet supplémentaire... Sa flemmardise en matière d'évènement social ne s'éveillait que pour des rendez-vous proposés le soir, elle qui s'accomodait sans mal d'un déjeuner ou d'un café de fin d'après-midi, ce qu'un psychologue aguerri aurait vraisemblablement interprété comme le beosin de se recroqueviller chez soi, dans une bulle connue, calme et rassurante, à la tombée de la nuit, période de la journée où les idées noires commençaient à renaître de leurs cendres. Malgré ses à prioris criants, le Californien s'était forcé lui-même la main, pour une fois : il avait imaginé les expressions à la fois déçues et désabusées de ses collègues, qui s'attendaient plus ou moins à le voir, comme toujours, ne pas en être, et la sensation d'isolement, pour une fois, n'avait pas pleinement réussi à être étouffée par un élan d'indépendance se voulant aussi indifférent que possible. Allez, haut les coeurs, soyons fous, autant se lancer ! S'armant d'entrain comme on inspirerait un grand coup avant de se jeter à l'eau, Max renvoya donc une réponse positive à l'organisateur de leur pot, avant de se replonger dans ses notes, de bonne humeur.

Les premières heures de leur sortie, dont Max expérimentait le modèle pour la première fois, furent tout à fait charmantes. Un de ses collègues fêtait en effet la naissance de sa nièce : comme tout ou presque pouvait être sujet à organiser un afterwork au sein de leurs braves troupes, tout le monde avait répondu présent, et même plus, puisque chacun était libre d'amener avec lui son compagnon, petite amie, mari ou fiancée selon les cas, voire même un ou deux amis pour grossier les rangs de leur joyeuse troupe. Ils s'installèrent dans un bar un peu old school de Georgetown, tout à fait du genre à plaire à Hale de par son caractère, proche de celui d'un pub anglais, mêlé à la tranquillité et à la modernité de ce qu'on aurait pu retrouver chez un Starbucks, les boissons alcoolisées en plus. Les lumières légèrement tamisées, les canapés en cuir dans lesquels on s'enfonçait aussi légèrement qu'agréablement, la musique à peine perceptible, tout concourrait à rendre le lieu sympathique, ce qui ne rendait que plus joyeuse la petite réunion de leur comité, loin des chefs, là où il devenait possible de se plaindre du boulot et plaisanter à loisir sans se prendre la tête.

D'un naturel calme, Maxim prenait part aux diverses conversations l'entourant de temps à autres, écoutant plus que n'accaparant l'attention enjouée de l'assemblée, comme certains, plus enclins à avoir mille et une anecdotes truculentes à partager, ou à animer un groupe avec emphase. Plus discret, le Californien avait progressivement finit par se contenter de sourire aux bonnes plaisanteries, appartenant à leur groupe dont il suivait le mouvement plus qu'il n'y donnait vie, ce qui ne dérangeait personne, lui y compris : après tout, tout le monde ne parvenait pas ou n'appréciait pas d'occuper le devant de la scène, il en fallait pour tous les goûts. Sa deuxième pinte de bière, à moitié entamée, l'occupait suffisamment pour qu'il ne s'ennuie pas, en lui donnant notamment de quoi s'occuper les mains, et sa place, légèrement à l'extérieur de leur cercle, lui permettait de ne pas se sentir trop à l'étroit, coincé au milieu de discussions enflammées sur les derniers résultats de la NFL ou des pires restaurants dans lesquels les uns et les autres avaient jamais été obligés, pour le travail, de mettre les pieds. Quand ses collègues lancèrent l'idée de commander quelque chose de plus fort qu'une mousse, il n'y vit pas non plus d'inconvénient : après tout, Max avait passé une bonne partie de sa vie sur un domaine viticole, l'alcool ne lui faisait pas peur, et il se plaisait même à penser, sans encore avoir trouvé une preuve du contraire, qu'il tenait ce dernier plutôt bien, alors pourquoi jouer les rabat-joies ? Le Californien ne réalisa pas -ou peut-être ne voulût-il pas voir- que le vin rouge ne jouait pas exactement dans la même catégorie que les cocktails améliorés et autres poisons à l'allure plus ou moins inoffensive ; il se sentait à l'aise, pas du tout enivré ne serait-ce qu'un brin parce qu'il avait déjà bu, et tout à fait à même d'emboîter le pas à ses camarades, en un mot de faire comme tout le monde, et de passer à des breuvages plus forts. Après tout, ce n'était pas parce qu'il était le seul à être venu non accompagné, et que tout le monde avait déduit depuis plus ou moins longtemps qu'il appartenait à la meute des solitaires malgré sa bonhomie constante que Max ne pouvait pas les imiter.

Tout le monde leva son verre, en un toast dédié à la nouvelle-née, à son bonheur futur, à la beauté de l'amitié et de l'amour. Le premier shot de vodka fut son dernier. Le goût lui vrilla les papilles, laissant à sa suite une amertume désagréable, poisseuse, qui lui fit regretter de suite son intrépidité. La brulure du liquide coulant inexorablement vers son estomac alla de pair avec l'alcool qui lui monta à la tête, aussi abruptement que le froid remontant dans une gencive après avoir croqué bien imprudemment dans un sorbet, en un frisson de déplaisir qui, pour la première fois depuis que Max était arrivé dans le bar, une question lui vint à l'esprit, d'abord anodine, aussi discrète que lui, et en apparence seulement sans conséquences : mais qu'est-ce qu'il faisait là ?

L'interrogation, minime, grandit au fil des minutes, de plus en plus insidieuses : assurément, le critique n'avait pas pour habitude de boire, si ce n'était un verre ou deux durant un repas, alors pourquoi était-il ici ? Pour passer un bon moment avec ses amis ? Mais les personnes réunies autour de la table n'étaient pas ses amies. Elles savaient comment il s'appelait, vaguement d'où il venait, sans pour autant vraiment le connaître. Au milieu de leurs rires et de leur franche camaraderie, qui faisait attention à lui, qui attendait une réponse de sa part, un signe de tête, un peu d'hilarité, une histoire à raconter ? S'il n'avait pas été là, est-ce que ça aurait changé quoi que ce fût ?

Hale ne comprit pas d'où venaient subitement toutes ces questions. Incapable d'y apporter le moindre élément de réponse, l'esprit fragilisé par le bruit ambiant, la boisson et la fatigue, il sentit une vague de malaise commencer de monter en lui, à la manière de l'eau d'une cuve au fond de laquelle il aurait été piégé, ses deux pieds lestés de plomb. Le niveau montait, montait, et il avait beau tenter de surnager, l'onde le rattrapait, dépassant son diaphragme, puis ses épaules, continuant toujours plus vers ses épaules, ses lèvres, ayant de lécher ses paupières...

Max voulait sortir. Là, maintenant, tout de suite. Il ne se sentait pas à sa place ici, comme un bouffon qui aurait cru que ses singeries le rendrait l'égal des courtisans aux tenues chatoyantes et au bonheur éclatant, avant de réaliser qu'il ne faisait se débattre dans le même monde que le leur sans y appartenir pleinement, pièce rapportée amusante mais dispensable. Il se sentait seul, horriblement seul, prisonnier de son propre être, de toute son histoire qui l'amenait assis là, misérablement, comme un fantôme tâchant de faire illusion, et c'était insupportable, insupportable au-delà de toute expression. Trop d'efforts vains, trop de distance le séparant d'autrui, de cette vide débordante d'énergie en comparaison de laquelle Maxim se percevait comme le vilain petit canard, plein de bonne volonté, quoi que toujours à l'écart, inconsciemment ou non. Leurs récits ne le touchaient pas, ce qu'ils célébraient ne revêtait pas de sens pour lui, ses propres tentatives pour rebondir sur leurs propos sonnaient faux comme les plus usées des platitudes, et son coeur, comme ça, sans crier gare, sans signe avant-coureur ni raison particulière de désespérer, tombait au trente-sixième dessous, là où naissaient toutes les horribles choses qu'on se dit parfois le soir, juste avant de s'endormir. Ça ne collerait jamais. Comme si l'existence avait été dotée d'une conscience propre ainsi que d'une cruauté indifférente, Maxim avait l'impression chevillée au corps d'être un étranger, un fantoche, de jouer un rôle plutôt que de vivre, engoncé dans un quotidien n'étant pas à sa taille, pour lequel il ne lui restait d'autre alternative que de se détacher, à la manière des blessés graves revenus de l'Au-delà, et expliquant avoir perçu leur conscience se détacher progressivement du monde sensible.

Pris à la gorge par cette bouffée de déprime intempestive, Hale décida de partir : il n'avait pas d'autre choix, il s'avérait impératif qu'il s'en aille, qu'il mette le plus de distance possible entre lui et cette scène tragicomique ne lui rappelant que trop son isolement réel, sous une couche de bien-être virtuelle qui, ce soir-là, se craquelait comme du vernis trop vétuste. Bredouillant quelques phrases incompréhensibles et sans doute peu audibles dans le brouhaha ambiant, prenant pour prétexte le projet d'aller prendre l'air, le critique attrapa son manteau et fila sans se retourner, en priant pour que personne ne propose de l'accompagner ; son départ, s'il fut intérieurement précipité, fut tout aussi effacé que lui, et personne ne remarqua vraiment son absence.

À l'extérieur, la nuit, entière, compacte, asphyxiante, avait avalé Washington, et Maximilian s'y retrouva mêlé, navigateur en pleine tempête, privé de boussole. Il avait espéré que quitter le bar qui lui avait paru surchauffé lui permettrait de se rafraîchir un peu, de retrouver ses esprits puis de se calmer et de rejoindre ses collègues comme si de rien n'était, mais le froid de minuit passé le cueillit jusque dans sa moelle, loin d'amoindrir son asthénie subite. Ses jambes se muèrent sans même qu'il leur en donne pleinement l'injonction : n'importe où serait mieux qu'ici, si bien qu'il se mit à déambuler au hasard, suivant la première rue, tournant au hasard, errant sans but ni notion de distance ou de temps. Sa conscience, pris en otage par son accablement oppressant, demeurait insensible à l'éventuel éreintement de ses muscles, car il lui fallait trouver le moyen de faire passer cette crise, comme il avait pu le faire pour toutes les autres, néanmoins plus bénignes que celle qui l'avait fauché voilà... Voilà quoi, d'ailleurs ? Depuis quand avait-il franchi le seuil du bar, tel un conspirateur s'éclipsant sans demander son reste ? Dix minutes, une demi-heure ? Plusieurs heures ? Impossible à dire ; cependant, ce qui s'avérait certain, c'était que le Californien ne pouvait faire demi-tour tant qu'il n'aurait pas réussi à dompter le cri silencieux de son âme au supplice, et que lui-même ne ressentirait plus l'envie viscérale d'hurler à son tour jusqu'à s'en déchirer les cordes vocales. Il fallait qu'il se calme. Il fallait qu'il marche, qu'il respire, et qu'il se calme.

La lumière des réverbères lui brûlait les yeux, et l'obscurité n'accentuait que plus la prise de sa détresse sur sa gorge, toute prête de l'étrangler. Maxim n'avait pas l'impression d'avoir marché, il aurait juré qu'il y avait de cela un instant à peine, tout allait bien, dans un bar sympathique où il choisissait sa place avant de commander sa première pinte : il n'aurait su dire ce qui était advenu entre ces deux moments de semi-lucidité, ni où il se trouvait par rapport à son propre domicile, qu'il aurait été bien incapable de retrouver, désorienté comme il était, et dans tous les sens du terme. Personne alentour pour l'aiguiller, ou seulement lui venir en aide, comme on porterait secours à un homme en train de se vider de son sang. Son téléphone, tout aussi miraculeusement, était apparu dans sa main, le numéro d'Eric Ashford sélectionné dans son répertoire sans qu'il se souvînt avoir eu l'idée d'appeler son psychologue, ni même d'avoir intimé à sa personne de passer ce coup de fil.

-... E... Eric...?

La réception se révélait mauvaise, du fait des perturbations compliquant sérieusement la vie des habitants de la ville depuis maintenant plusieurs semaines déjà, après un hiver particulièrement difficile. Sa voix, chevrotante, se brisa sur la consonne finale, comme une fine baguette que l'on aurait cassée en deux d'un coup sec ; en un seul mot, et deux pauvres syllabes, il était pourtant criant que le malheureux n'avait plus rien à voir avec le trentenaire sûr de lui que le docteur avait accueilli tant de fois dans son cabinet. Ce piquant personnage, le pilier du fragile Noäm, au sourire espiègle et à la répartie ironique se résumait à une pâle copie délavée, craintive, désespérée, démesurément fragile. Il aurait été si aisé de ne tout simplement pas reconnaître Maximilian, bel et bien debout, seul dans la pénombre d'une rue inconnue et déserte, son bras libre serré autour de sa taille comme pour tâcher de contenir une douleur diffuse sur le point de le dévorer tout entier.

Il ne savait pas quoi dire. L'appel à l'aide, que son subconscient avait vraisemblablement voulut lancer à la première personne de confiance lui étant venue à l'esprit, était parti en fumée, avorté au plus profond de lui, alors que sa tristesse d'une intensité insoutenable finissait d'éteindre cette mince lueur d'espoir.






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Titre : Zaz - Eblouie par la nuit
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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Mar 15 Aoû - 1:43

Eblouis par la nuit
Maximilian & Eric
La soirée avait été catastrophique. La journée avait pourtant commencé comme d’habitude. Une journée de travail ordinaire où j’avais pu recevoir de nouveaux patients. J’étais rentré assez tard à cause d’une patiente un peu trop bavarde d’ailleurs, mais vivant seul et n’ayant aucun impératif particulier, je l’avais laissée faire. Certaines personnes ont ce besoin irrépressible de parler lorsqu’elles ne vont pas bien. C’est une thérapie comme une autre alors loin de moi l’idée de l’interrompre. J’en avais d’ailleurs appris beaucoup sur ses trois chiens et ses deux chats, sans oublier sa sœur qui avait une vie parfaite avec un mari richissime. En réalité, je connaissais la vie de tout son entourage sauf la sienne. Cette femme savait parler des autres mais avait une difficulté impressionnante à parler d’elle-même. Je risquais d’avoir du travail avec elle. Comme avec la plupart de mes patients en réalité. Rares étaient ceux qui n’avaient besoin que de peu de séances. C‘était un travail de longue haleine et j’avais parfois du mal à prendre des nouveaux patients tant les anciens accaparaient mes plages horaires. C’est pourquoi j’envisageais d’allonger mes journées de travail en ajoutant une heure chaque soir et en prenant des consultations le samedi matin.

Ainsi, ma journée de travail terminée, j’étais rentré chez moi tranquillement. Je n’avais rien de prévu ce soir, de toute manière, j’avais des consultations demain. J’étais sans doute un vieux avant l’âge, mais la perspective de lire un livre dans mon lit avant de me coucher me tentait particulièrement. Pour être tranquille rapidement, je filais sous la douche avant de me lancer dans le repas de ce soir. L’eau chaude sur ma peau me faisait un bien fou. C’est incroyable comme une bonne douche chaude suffit à détendre les muscles crispés pendant la journée. Un véritable bonheur. J’en profitais d’ailleurs pour rester sous l’eau plus que de raison. Cependant, il fallait bien sortir à un moment donné alors je me séchais et par réflexe, je jetais furtivement un œil à mes affaires posées sur le panier à linges. C’était devenu un réflexe incontrôlable depuis que ma nièce avait eu le malheur de me faire une mauvaise plaisanterie qui avait débouché sur une situation gênante. Mon sens de l’éthique était définitivement mort et enterré avec Maximilian. Non seulement nous avions pris un café ensemble en nous tutoyant mais comble de tout, il m’avait vu à moitié nu. Vive la crédibilité. J’avais une chance infinie qu’il me prenne toujours au sérieux après cet épisode impromptu. Enfin, je lui avais dit qu’il n’y avait aucune honte à avoir de la nudité humaine, notamment quand nous parlions de son ballet, mais là, je devais avouer que j’avais battu tous les records. J’enfilais mon t-shirt et mon pantalon de pyjama et je quittais la salle de bain pour me rendre dans la cuisine et préparer mon repas. Je n’avais pas réellement d’idée quant au menu que j’allais réaliser alors j’ouvris le frigo pour faire l’inventaire de ce qui s’y trouvait. Je vis des œufs, du lait, du fromage, des lardons mais n’ayant pas réellement le courage de préparer un repas digne de ce nom, je me contentais de récupérer les œufs et les lardons, une omelette suffisait.

Je m’étais attelé à la tâche et lorsqu’elle fut prête, je m’installais dans mon canapé sur la table basse pour regarder les informations à la télé et me tenir au courant de ce qu’il se passait actuellement dans le monde. Cependant, les nouvelles ne changeaient pas vraiment de d’habitude, des morts, des accidents, des drames et Trump qui faisait n’importe quoi. Rien de bien joyeux. Et cela n’allait pas s’arranger lorsqu’on sonna à ma porte. Surpris d’avoir de la visite à cette heure, je posais mes couverts pour aller ouvrir. Je n’étais pas dans une tenue très présentable mais peut-être s’agissait-il simplement de la voisine qui avait besoin de farine ou de je ne sais quoi. Mais en ouvrant la porte, la réalité était toute autre. Jamais je n’aurais pensé la voir là, surtout à une heure aussi tardive. D’ordinaire, elle devait manger avec sa fille à cette heure. « Hope ? » Etait-il arrivé quelque chose à Olivia ? Face à mon air inquiet, ma sœur me rassura tout de suite sur la raison de sa venue. « Pas de panique Eric, tout va bien. » Elle ne me laissa pas le temps de répondre qu’elle entra chez moi sans y être invitée. « Fais comme chez toi… » Marmonnais-je en refermant la porte et en la suivant jusqu’au salon. « Alors qu’est-ce qui t’amène ? A cette heure, je doute que ce soit une visite de courtoisie. » Je croisais les bras alors qu’elle se retournait vers moi avec un sourire faux. « Je n’ai donc pas le droit de venir voir mon petit frère ? » Ma mine renfrognée et dubitative suffirent à ce qu’elle capitule en levant les mains. « D’accord, tu as raison. Si je suis venue c’est parce qu’il fallait que je te parle. » Je levais les yeux au ciel en retournant sur le canapé pour continuer de manger. « Il y a le téléphone pour ça. » A son tour elle leva les yeux au ciel, avant de pencher la tête sur le côté et de poser ses mains sur ses hanches. « Si je te l’avais dit par téléphone tu m’aurais raccroché au nez. » Bien, je sentais que le sujet n’allait pas me plaire. « Je peux toujours te mettre à la porte. » « Tu n’oserais pas. » C’était mal me connaitre. « On parie ? » Elle grimaça avant d’entrer dans le vif du sujet. « Papa et Maman vont venir passer quelques jours à la maison pour fêter ton anniversaire. Alors, ce serait bien que tu sois disponible. » Mes doigts se crispèrent autour de ma fourchette. Ma mâchoire se serra et une boule se forma dans mon estomac à l’idée que mon père soit en ville dans très peu de temps. Pourquoi se déplaçaient-ils cette année ? Pourquoi ne se contentaient-ils pas du coup de téléphone qu'ils m'avaient passé le jour J ? « C'est déjà passé. Et je travaille. Pas le temps. » Lançais-je dents serrées. « Oh je t’en prie, fais un effort ! Tu peux bien faire ça ! Tes… patients peuvent bien se passer de toi une journée, non ? » Je pus sentir dans le ton de sa voix tout le mépris qu’elle pouvait ressentir à l’égard de mes patients. Elle avait prononcé ce mot d’une façon qui ne me plaisait absolument pas. Voilà qu'elle partageait l'avis de notre géniteur sur la qualité de mon emploi. « Sors de chez moi. » Le regard fixé sur la télé, le ton de ma voix s’était fait légèrement menaçant. « Eric, ne fais pas l’enfant. » Elle se mit devant la télé. « Sors de chez moi. » J’avais prononcé chaque mot lentement et distinctement tout en me levant. L’heure n’était plus à la discussion. Si elle continuait sur sa lancée, l’orage allait éclater. Chose qu’elle comprit en abdiquant. « Bien, on en reparlera plus tard, je te laisse. » Vexée, elle quitta la pièce pour sortir de ma maison en claquant la porte. « C’est ça… » Et voilà que je n’avais plus faim, elle m’avait coupé l’appétit. Soupirant, je récupérais mon assiette pour débarrasser. Je jetais son contenu à la poubelle et rangeais les couverts dans le lave-vaisselle. Comme à chaque fois que mon géniteur était évoqué, j’avais cette irrépressible envie de boire ou de fumer. Dans l’immédiat, j’avais besoin d’un verre. Alors j’en attrapais un et j’allai chercher la bouteille de whisky dans le placard pour le remplir. Et je l’avalais, cul sec. L’alcool me brûla les entrailles, mais qu’importe.

Il fallait absolument que je me détende à présent. Pour se faire, je choisissais un livre dans ma bibliothèque et je montais dans ma chambre pour aller lire tranquillement dans mon lit, comme je l’avais prévu à la base. J’allumais ma lampe de chevet et me glissais sous mes couvertures, relevant l’oreiller derrière moi pour soutenir ma tête. D’un seul coup, toute forme de crispation s’évapora. Dans un soupir, je relâchais toute la pression qu’avait engendrée cette discussion houleuse avec ma sœur aînée. A la lecture des premières phrases de mon roman, un sentiment d’apaisement et de bien-être m’envahit tout entier. Il n’y avait rien de tel qu’un bon ouvrage pour se changer les idées. Cependant, éreinté par ma journée riche en émotion, il ne me fallut pas plus d’une demi-heure de lecture pour m’assoupir et tomber dans les bras de Morphée.

Une sonnerie retentit, au loin. Puis une deuxième, plus forte et plus claire. Surpris, j’ouvris les yeux, du moins j’essayais. La lumière trop vive de la lampe m’empêchait de les garder ouverts très longtemps tant elle m’éblouissait. Cependant, je reconnus la sonnerie de mon téléphone posé sur ma table de chevet. Je l’attrapais à tâtons d’une main, l’autre étant posée sur mes yeux, et je décrochais pour prendre l’appel. « … Allô ? » J’avais la voix ensommeillée et j’étais légèrement à l’ouest. Mais cela ne dura pas. J’entendis mon prénom à l’autre bout du fil prononcé par une voix que je ne reconnus pas immédiatement. Grimaçant, j’écartais le téléphone de mon oreille et entrouvrit les yeux pour regarder le nom de l’appelant. Maximilian Hale. Pourquoi ne l’avais-je pas reconnu ? Pourquoi avait-il une voix si… lointaine, faible, méconnaissabl ? Je me redressai d’un coup pour m’asseoir, soudainement plus réveillé. « Maximilian ? C’est toi ? » Pourquoi m’appelait-il à une heure aussi tardive, en pleine nuit ? Cela ne lui ressemblait pas. Et cette voix ? Quelque chose clochait. D’un geste de la main, je retirais la couverture de mon corps pour me lever. « Est-ce que tout va bien ? Tu as l’air… chamboulé ? » Quelques uns de mes patients m’avaient déjà appelé en pleine nuit, mais chaque fois c’était pour la même raison. Ils n’allaient pas bien. J’avais même pu éviter à certains de commettre l’irréparable. Il arrive souvent que la nuit, tout notre mal-être ressorte d’un seul coup, comme une vague qui balaye tout sur son passage tel un tsunami. J’étais bien placé pour le savoir. Combien de fois avais-je pensé à Chloé en me couchant ? Combien de nuits avais-je passé à boire pour que mon esprit cesse de m’envoyer des images insupportables ? La nuit et la solitude sont les pires révélateurs de nos démons. Je commençais à faire les cent pas dans ma chambre, attrapant un jean par-ci, une chaussette par-là pour m’habiller tout en lui parlant. « Maxim, il faut que tu me parles, j’ai besoin de t’entendre pour m’assurer que tu es toujours avec moi. Dis-moi où tu es et ce que tu fais. Es-tu seul ? » Sans m’en rendre compte, je venais de l’appeler par son surnom, chose que je n’avais encore jamais faite. Mais l’inquiétude grandissait tellement vite en moi que c’était sorti tout seul. Incontrôlable. « Je peux te rejoindre si tu me dis où tu es et si tu le souhaites. » Sans que je n’aie intimé à mon corps de me préparer, j’étais déjà habillé et prêt à partir. « Décris-moi ce qui t’entoure. » Qu’il soit chez lui ou non, il fallait que je le fasse parler et que je gagne du temps. Tant qu’il me parlait, tout irait bien. Mais s’il restait silencieux trop longtemps, ce n’était pas bon signe.

crackle bones
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Maximilian HaleGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Mar 29 Aoû - 21:31


Lost and insecure
I found God on the corner of First and Amistad, where the west was all but won. All alone, smoking his last cigarette. I said, "Where you been?", he said, "Ask anything." Lost and insecure, you found me, you found me. Lyin' on the floor, surrounded, surrounded. Why'd you have to wait ? Where were you ? Where were you ? Just a little late, you found me, you found me.






La nuit était d’un noir absolu, de cette obscurité étouffante que l’on ne connaît que dans les heures les plus tardives et les plus moroses. Il ne s’agissait plus seulement qu’une absence inquiétante de lumière, que du noir pour seul horizon des heures durant jusqu’à la venue de l’aube, mais d’une omniprésence assourdissante, étrangement, alors qu’il ne s’agissait que d’une couleur, et d’une solitude, rien de quoi dissiper le silence hurlant entre les parois de votre crâne. Les gens autour de vous continuaient sur leur trajectoire immuable, complètement inconscients de l’ouragan qui se déchaînait tout près d’eux, et pourtant comme dans une autre dimension : ils continuaient à rire, discuter, manger une pizza, regarder un match à la télé, s’envoyer en l’air, téléphoner à leur mère ou télécharger le dernier épisode de leur série préférée, là dans leurs grandes tours de béton, d’acier et de verre, aveugles à la misère humaine qui pouvait bien échouer sous leurs fenêtres. Maximilian aurait tant aimé être des leurs… Et pouvoir encore se laisser abuser sans partage par le déni, ce divin déni que l’esprit humain générait de lui-même pour éviter de songer à leur fin inévitable, la fragilité de leur nature, l’inutilité de leur vain passage sur terre, à peine plus long qu’un battement de cils dans le cours inexorable de l’univers. D’ordinaire, lorsque sa comédie tenait plutôt solidement la route, il laissait ces idées noires passer loin au-dessus de sa tête, comme de sombres nuages glissant dans les cieux sans se faire remarquer : la guerre au Moyen-Orient, les catastrophes écologiques et les SDF manquant de tout dans les ruelles de leur belle cité, toutes ces horreurs parvenaient à ne les effleurer que brièvement, le soir en regardant les infos ou en croisant un malheureux en train de faire la manche sur le chemin du travail, avant que par courage ou par lâcheté, selon les points de vue, leur  raison ne relègue loin dans les limbes ces réalités si déplaisantes, si profondément dérangeantes. C’était si simple, si facile, ça se faisait si naturellement… Max ne comprenait pas comment il n’y arrivait plus, pourquoi certaines nuits ses mécanismes de défense si performants se grippaient, le laissant spectateur impuissant devant toute la laideur de sa propre existence.

Et puis il y avait la peur. La peur d’être surpris dans la si piètre posture d’un chiot craintif, lui le trentenaire à qui tout était censé réussir, une appréhension proche de la honte, et celle autrement plus glaçante, qui lui faisait réaliser, dans le brouillard de sa dérive, qu’un jour ou l’autre, ce ne serait peut-être pas dans une rue déserte qu’il reprendrait contact avec le monde réel, une fois son angoisse légèrement dissipée, suffisamment pour que ses actes devenus automatiques questionnent sa conscience. Ce soir-là, il avait erré dans Georgetown jusqu’à ce que son sens de l’orientation, aux abonnés absents, finisse par grossièrement émerger pour lui suggérer de commencer à regarder où il se rendait de la sorte, telle une âme en peine, mais qui lui assurait que demain, dans une semaine ou dans un an, ce ne serait pas son téléphone qu’il tiendrait à la main, sans se rappeler une seule seconde l’avoir tiré de sa poche, mais une arme à feu ? Que devant ses pieds s’étendrait non pas un trottoir morne, mais le bord d’un pont donnant sur les eaux du Potomac ?

Pouvait-on se suicider sans même s’en rendre compte ?

Plus que du regard des autres, si prompt à déborder de commisération débilitante, de curiosité malsaine ou de jugement, c’était de lui-même que Maxim avait peur, de ces rouages qui savaient parfaitement s’animer d’eux-mêmes, et qui de ce fait auraient été pleinement capables non plus de le maintenir à flot, mais bien de précipiter son frêle esquif sur les récifs. Autant dire qu’à notre époque moderne, les moyens de se tuer ne manquaient pas, des plus élaborés aux plus triviaux, en passant par tous ceux que quelqu’un en pleine absence aurait été en mesure de déployer, à son propre insu : avaler un cachet en trop, s’endormir dans son bain, oublier de fermer le gaz, prendre l’autoroute à contresens, ou même simplement traverser la route en oubliant de regarder… Du moment que l’instinct de préservation avait été mis en sourdine, aucune limite ne demeurait impossible à franchir, et l’on était en droit de penser que celui du Californien, si intensément mis à profit afin de renvoyer une image de lui maîtrisée à l’excès dans un univers aseptisé où chaque détail devait être pensé pour ne pas lui rappeler de douloureux moments, allait tôt ou tard finir par rendre l’âme, et par laisser tout le reste partir en roue libre. Le jour où cela arriverait, resterait-il au fond de Max quelque chose d’encore assez responsable pour tirer la sonnette d’alarme et chercher de l’aide, d’une manière ou d’une autre. Naïvement, désespérément, le critique espérait que ces mauvaises passes ne dureraient pas, qu’elles finiraient par devenir de plus en plus rares avant de disparaître complètement, comme les brumes matinales se dissipant une fois le soleil en passe de remonter doucement mais sûrement vers son zénith, mais sans doute rêvait-il trop grand ; parvenir à lancer un SOS constituait déjà un réflexe que son mal ne le laisserait éventuellement plus exprimer.

Le miracle s’était malgré tout produit, pour cette fois, en une conjonction de petits coups de chance que le vigneron, hébété, aurait presque pu croire tiré d’un livre pour enfants, de ceux à la fin desquels les monstres se trouvaient terrassés, et les héros rentraient paisiblement chez eux, pour finir leurs jours heureux, sous un bel arc-en-ciel. Ces histoires n’avaient aucune réalité, à la manière de ces phrases qu’il se répétait chaque matin devant la glace, ou que son subconscient distillait en permanence en lui, comme de la morphine - « je vais bien », « la vie que je mène me convient », « je suis pleinement épanoui », « j’ai surmonté mon deuil », etc.-, et quand le voile se déchirait, l’espace d’un instant, Hale n’avait plus foi en rien, pas même en l’infime probabilité que quelqu’un puisse avoir l’envie de décrocher à une heure pareille, pour prendre un appel de sa part. Tout le monde menait une vie tellement intéressante, trépidante et riche, qui voudrait donc gâcher cette fringante dynamique en se penchant sur son cas ? Pourquoi le Ciel trouverait-il son coup de fil digne de fonctionner, alors que Washington semblait sombrer chaque jour dans un chaos technologique plus poussé que la veille ?

Ce ne fut que lorsque ses poumons commencèrent à le tirailler qu’il se rendit compte que depuis qu’Eric avait décroché, il s’était avait quasiment complètement retenu son souffle, comme s’il avait compté sur le fait que son psychologue penserait à un faux numéro, raccrocherait et se rendormirait sans plus y penser. L’expérience le lui avait brillamment enseigné : si l’on ne bougeait pas d’un pouce, si on ne faisait pas de vagues et que l’on se fondait dans la masse, tout se passait bien. Les premières questions de son psychologue demeurèrent ainsi sans réponses, comme des bouteilles à la mer lancées au petit bonheur, Max étant proprement incapable d’émettre le moindre son. Plus les secondes filaient, et plus Ashford recouvrait l’entièreté de ses moyens, pour délaisser les bras de Morphée et retrouver la froideur du monde sensible, au fond duquel son patient avait coulé, et ce dernier ne savait comment enrayer le processus. La tension dans la voix de son thérapeute, pourtant maîtrisée autant que possible, lui donnait l’irrépressible envie de débiter une excuse minable et d’éteindre son portable sans attendre que son interlocuteur ait ne serait-ce que l’idée de quoi lui répliquer. Cacher, cacher tout ça profond, tellement profondément que lui-même oublierait cet instant d’égarement, que personne ne se doute de rien, que tout le monde retrouve son calme et qu’en fin de compte, tous deux finissent par en rire à leur prochaine, de cette étrange mais amusante propension qu’avait eu Maximilian de téléphoner comme ça, à l’improviste, à l’heure à laquelle les honnêtes gens sont théoriquement injoignables…

Une part de son intellect, celle ayant été si prompte à passer en mode automatique, organisé et performant quand Noäm l’avait appelé depuis son auto-école, lui fit remarquer des détails minimes, à côté desquels en temps normal il serait vraisemblablement passé ; à croire que pour cette partie de sa conscience, à la placidité morne, la pire des détresses n’empêchait nullement de noter mille et unes petites choses, à la manière d’une machine appliquant bêtement et méchamment son programme, des choses néanmoins incapables de réveiller la moindre flammèche de sentiment en particulier dans le vaste vide de son âme. Comme un passager à quai regardant son train partir avec un stoïcisme résigné, il perçut cette tonalité détestable que ses âneries avaient fait naître dans la voix d’Erik, et la façon que ce dernier avait eu malgré lui de l’appeler, ce qui ne rendait que plus palpable l’inquiétude apparemment grandissante du docteur. Non, ce n’était pas juste, Eric n’avait pas à pâtir de sa conduite irresponsable, il n’avait rien à voir là-dedans, et Max n’avait pas le droit de l’attirer dans les abysses avec lesquelles il flirtait de trop près ce soir-là… Cependant, cet embryon de volonté n’avait pas la force de l’extirper du marasme pour se reprendre en main et apaiser Ashford. Tiraillé entre ce qu’il aurait aimé dire et la triste réalité qu’il ne pouvait que constater, Maximilian parvint enfin à balbutier quelque chose :

-J-J’en sais rien… Je ne sais pas.

Il n’en avait absolument pas la moindre idée : il n’allait pas bien, c’était plutôt clair, mais était-ce si grave que cela ? La présence rassurante de son psychologue, presque un début d’ami quand on y réfléchissait bien, changerait-elle quelque chose ? Supporterait-il le regard désolé du spécialiste, pour lequel Max avait tant d’estime, et qu’il aspirait tant à impressionner -pour qui, en définitive, il souhaitait tant compter- ? Reconnaître qu’on avait un problème constituait souvent le début de la solution, comme le Californien l’avait maintes fois entendu répéter, à tort et à travers, mais contempler l’étendue du carnage lui paraissait proprement insurmontable.

Fermant les yeux de toutes ses forces, le vigneron apatride fit tout ce qu’il put pour essayer de se concentrer ; les battements de son cœur refusèrent néanmoins de ralentir.

-Je ne sais pas où je suis… Je ne reconnais pas. J’étais dans… Dans… Dans un bar… Un bar, oui, c’est ça. Georgetown, c’était à Georgetown. J’ai dû sortir, je ne me sentais pas bien… Alors j’ai marché… Je ne sais pas où je suis... répéta-t-il piteusement, d’une voix feutrée et apeurée, exactement celle d’un personnage de film d’horreur qui, poursuivit par un tueur impitoyable, se réfugiait au fond d’une armoire pour appeler la police, les pas de l’assassin commençant à résonner à l’autre bout du couloir.

Le monstre se trouvait sous son crâne, ce qui ne le rendait que plus effrayant encore : Hale menaçait de torpiller le fragile équilibre construit à Washington, et à présent, c’était la tranquillité d’une des personnes en qui il avait le plus confiance qu’il réduisait en lambeaux, tout ça sans le vouloir, aggravant les choses alors qu’il ne demandait qu’à les améliorer -ou plus exactement à les étouffer pour mieux les aplanir.

-La rue est vide, je ne vois personne… Non, personne… Je suis tout seul

Ce qui n’aurait dû être qu’une affirmation factuelle dérapa vers la pointe de désolation immense sur le dernier mot, tout comme sa voix avait ripé sur la dernière voyelle du prénom de celui qui, selon toute vraisemblance, allait voler à son secours ; le magma d’émotions lui nouant la gorge s’était emparé de cette idée pour l’attirer plus bas encore, et Maxim eut du mal à se forcer à penser à autre chose qu’au vide l’entourant.

-J’ai mal dans la poitrine… J’ai du mal à respirer.

Le chagrin, aigu, entier, indécent, despotique, avait en effet cette propriété alarmante, quoi que menaçant bien moins ses jours que toute autre pathologie générant des symptômes similaires, ce que son discours chaotiques ne mettait pas en lumière.

Ses doigts se crispèrent autour de son portable, alors qu’il s’exhortait à se concentrer sur la présence d’Eric, là, si proche et en même temps si lointaine, comme point d’appui pour explorer du regard les environs.
Ses sens, hagards, lui apportèrent des bribes éparses d’information, que sa raison peina à rassembler en quelque chose d’à peu près cohérent, sa conclusion s’échappant en un souffle de ses lèvres sans même que le critique ait eu le temps de décider s’il souhaitait qu’Ashford le retrouve ou non -que quiconque le retrouve ou non. Le bruissement de feuilles à un peu plus d’une dizaine de mètres de là, de hautes formes longilignes se détachant dans le ciel nocturne -du plus sombre sur du noir pollué par les lumières blafardes de la ville-…

-Un parc. Je suis à côté d’un parc. C’est l’hôpital.

Impossible de faire fausse route, bien qu’il y ait une certaine quantité d’espaces verts autour du centre médical -ce qui au passage ne facilitait pas franchement la tâche au psychologue- : il s’était promené un nombre incalculable de fois dans le parc de Hillandale Gate House, qui se trouvait effectivement à un jet de pierre du MedStar Georgetown University Hospital : même de nuit, et aux abois, il ne pouvait ne pas se tromper, tant ces lieux s’étaient gravés jusqu’au plus profond de lui, quoi qu’en dise sa volonté têtue d’affirmer qu’il avait dépassé tout ça.

L’hôpital.

Là où tout avait commencé, là où tout s’était fini.

Là où Max était revenu maintes fois, l’année ayant suivi l’accident, pour passer scanner sur scanner, et vérifier qu’aucune séquelle physique n’était à redouter.

Là où, au sous-sol, dans une morgue réfrigérée aussi glaciale qu’un tombe, il s’était tenu, debout, cloué au pilori, devant la table où les corps sans vie de ses parents gisaient, afin qu’il les identifie formellement.

Saisi par une nouvelle vague d’horreur, Maximilian blêmit et recula instinctivement, comme pour mettre le plus de distance possible entre lui et ce lieu maudit qui lui rappelait autant de souffrance intolérable. Il ne vit pas, derrière lui, qu’une des dalles du trottoir était légèrement déchaussée : son talon buta contre cette dernière, ce qui suffit à lui faire perdre l’équilibre et à s’affaler lourdement sur le béton, le bas de son dos heurtant plutôt violemment le muret séparant la voie publique du commencement d’une propriété privée garnie d’une pelouse, contre lequel l’océan de son affliction l’avait rejeté, comme le cadavre d’un noyé sur une berge. Le bruit de sa chute, sourd, en avait presque égalé sa rudesse, au point que son portable avait failli être lâché et venir s’écraser, tout comme son propriétaire, à même le sol. La prise mal assurée de Maxim avait pourtant relativement tenu bon, et ce fut dans un murmure à peine audible, celui des désespérés ayant définitivement perdu la lumière au bout du tunnel, qu’il lâcha ces quelques mots monstrueusement fatalistes :

-… C’est pas la peine…

Pas la peine de venir, pas la peine de le contempler, ni de le ramasser ou d’escompter l’aider : la douleur était revenue, lancinante, indomptable, et il savait pertinemment qu’il ne lui restait plus qu’à attendre à nouveau que toute sa vie arrête de se résumer uniquement à ce calvaire avant de penser à seulement tenter de se relever -physiquement, du moins. Ce n’était pas la peine de lutter. C’était juste trop fort, pour Eric, pour lui-même, pour quiconque.






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Dernière édition par Maximilian Hale le Jeu 20 Sep - 11:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Dim 3 Sep - 21:22

Eblouis par la nuit
Maximilian & Eric
La situation semblait désespérée. J’en avais pourtant des patients qui me passaient un petit coup de fil en soirée ou en pleine nuit. Ce n’était pas si exceptionnel que cela. Quand on y réfléchissait, c’était presque normal. Parce que la nuit, lorsqu’on est seul dans son lit ou chez soi, l’esprit humain a tendance à ressasser tout un tas de choses. Des événements de la journée, quelque chose qu’on aurait oublié de faire ou qu’on prévoit pour les jours à venir. Ou encore des événements marquants de son passé. Certains de mes patients ressentaient le besoin de m’en parler dans ces cas là et ne regardant pas l’heure qu’il était, ils me téléphonaient pour me dévoiler ce qu’ils avaient sur le cœur. Tous n’agissaient pas de la sorte. Certains préféraient garder pour eux seuls leurs démons alors que d’autres avaient besoin d’en parler. Et moi, je les écoutais, tentais de les apaiser ou me déplaçais quand cela s’avérait nécessaire. Cette nuit, c’était au tour de Maximilian Hale de m’appeler à l’aide. Il ne l’avait jamais fait auparavant. C’était la première fois que j’entendais sa voix à l’autre bout du fil. D’une voix que je n’avais pas reconnue immédiatement tant la détresse pouvait s’y lire. Il n’allait pas bien, c’était le moins que l’on puisse dire. Fini cet air enjoué limite taquin qu’il arborait en temps normal. Sa pseudo joie de vivre avait laissé place à un désespoir infini. Je pouvais le percevoir aisément. Tous mes sens se mirent en alerte alors que je sortais totalement de mon sommeil pour me concentrer exclusivement sur lui et sa détresse.

Son appel n’était pas anodin. Il avait beau clamer haut et fort que tout allait pour le mieux, il me prouvait en quelques secondes que ce n’était pas le cas. Il avait bel et bien un problème qui le rongeait et qui pesait sur ses épaules, un problème qui visiblement l’étouffait à l’heure actuelle et le submergeait tel un tsunami. Dans ces pires moments, l’être humain était capable de beaucoup de choses pour y mettre un terme, comme de commettre l’irréparable. Je n’étais pas sûr que Hale ait des tendances suicidaires, mais mieux valait se méfier, l’Homme était un être imprévisible. Qui sait ce qu’il avait en tête ? Je ne savais pas quel mal le frappait même si j’étais tombé par hasard sur un sujet sensible lorsque nous avions discuté dans ce café l’autre jour. Le fait qu’il ne me réponde plus n’avait absolument rien de rassurant, bien au contraire. Alors je m’efforçais de le faire réagir, tentant de canaliser ma propre inquiétude et en m’habillant prestement pour me préparer à sortir. A mon plus grand soulagement cependant, sa voix se finit entendre. Il ne savait pas s’il allait bien. Je pouvais sans souci répondre à cette question à sa place et la réponse était plutôt négative. « Tu n’es pas blessé ? Tu n’as rien ? » Physiquement, tout du moins. Psychologiquement, c’était une autre affaire. De chez moi, je ne pouvais malheureusement pas faire grand-chose. De plus, il ne semblait pas vraiment décidé à parler ou à m’expliquer son problème. Il fallait que je me déplace jusqu’à lui, je le sentais. Il avait besoin de ma présence et je devais m’assurer qu’il allait bien.

Mais pour cela, il fallait que je sache où il se trouvait. Après quelques efforts de sa part, il tenta une description de ce qui l’entourait. Ce qui ne m’aida pas vraiment à visualiser où il se trouvait en définitive. Lui-même ne savait pas où il était. Je fermais les yeux quelques instants pour tenter de calmer ma respiration qui commençait à s’accélérer sous l’inquiétude grandissante de ne pas parvenir à le trouver dans cette immense ville qu’était Washington. Je notais précieusement dans ma tête les indices qu’il me donnait, à savoir un bar dans Georgetown – même s’il y en avait des tas – comme point de départ. J’avais moi-même fréquenté pas mal de bars fut un temps donc je les visualisais sans mal. Restait juste à savoir dans lequel il avait passé la soirée. Cependant ce qui me frappa était le ton de sa voix. Elle n’avait rien d’habituel. Le désespoir semblait l’avoir gagné. Peut-être y avait-il également un mélange de peur et de panique ? Je ne saurais le dire exactement, par téléphone c’était assez difficile à percevoir avec les interférences. En tout cas, je pouvais déjà isoler l’un des quartiers de la ville, c’était déjà pas mal même s’il allait me falloir un peu plus d’éléments pour le retrouver précisément. Je pouvais toujours quadriller le périmètre en arpentant chaque rue et ruelle, mais cela risquait de me prendre un temps considérable. Temps que je n’avais pas. « Tout va bien se passer Maximilian, respire doucement. Tu n’es pas perdu. » Terminant de m’habiller à la va vite, je quittais ma chambre pour descendre les escaliers et enfilé des baskets rapidement avant d’attraper ma veste et mes clés de voiture. Pendant ce temps, il continua sa description, précisant qu’il était seul. Je me figeais soudainement lorsque son dernier mot parvint à mes oreilles. Quelque chose m’avait perturbé dans son intonation, sans que je ne sache quoi exactement. « Non, tu n’es pas seul Maximilian, je suis là, à l’autre bout du fil. Tu n’es pas seul, tu m’entends ? Tiens bon encore quelques minutes et tu ne seras définitivement plus seul. » Si je parvenais à le trouver…

Je quittais ma maison pour me diriger en courant vers ma voiture pour m’installer derrière le volant. Je bouclais ma ceinture, activais le haut parleur de mon téléphone que je plaçais sur mes cuisses et je démarrais le moteur. Le fait qu’il affirme avoir du mal à respirer me stoppa dans mon élan et je récupérais le téléphone dans ma main. « Ça va aller, tout va bien se passer. Calme-toi et respire calmement. Ferme les yeux et inspire profondément puis tu expires lentement. Ecoute et fais comme moi d’accord ? » Pour lui montrer la marche à suivre j’inspirais moi-même profondément pour expirer lentement ensuite, comme je le lui avais expliqué. « Fais-le plusieurs fois, vas-y. » Je recommençais l’entreprise avant de reposer le téléphone sur mes genoux et de m’engager sur la route. Je ne savais pas exactement où il se trouvait, mais je pouvais déjà commencer par faire un tour dans Georgetown, autour des bars que je connaissais. « Tout va bien ? Tu es toujours là ? » Lançais-je de temps en temps pour ne pas le perdre. « Parle-moi, Maximilian. Je veux t’entendre. » Je devais avouer que j’avais un peu de mal à me concentrer sur la route tant mon regard était attiré par toutes les personnes que j’apercevais dans les rues. Plusieurs fois je manquais de percuter la voiture qui me précédait.

Soudainement, il me donna des informations plus précises. Un parc. L’hôpital. Il se trouvait dans ce coin-là. En entendant ce dernier mot et en visualisant immédiatement le lieu et ses chambres aseptisées, mon sang se glaça. Je ne supportais plus cet endroit. J’y avais passé trop de temps avec Chloé pour finalement la perdre dans l’une de ces chambres morbides. Tout en ces lieux m’inspirait la mort et rien d’autre. Je n’y étais plus jamais retourné depuis que Chloé était partie. Je n’en avais jamais eu la force ni ressenti le besoin. Je fuyais l’hôpital comme la peste et le simple fait d’entendre son nom me donnait des frissons. « D’accord. » Je voyais où c’était évidemment. En revanche des parcs autour il y en avait pas mal. Mais cela réduisait considérablement mon champ de recherche quand même. Il n’y avait qu’un hôpital dans ce quartier. Et je ne le connaissais que trop. Des tas de pensées désagréables de mon passé me submergeaient alors que je visualisais les parcs aux alentours de ce lieu maudit. J’en devenais d’ailleurs silencieux, à mon grand regret. Lui non plus ne parlait plus et un silence pesant envahit tout l’habitacle de mon véhicule. Au point d’en devenir écrasant. Ma gorge se noua à la simple pensée de m’approcher de cet antre de la mort. Une sensation de malaise était en train de m’envahir alors que je serrais fortement le volant entre mes doigts crispés, mon pied appuyant un peu plus sur l’accélérateur. Il fallait que je me focalise sur mon patient et sur rien d’autre. Je ne devais pas laisser mon passé interférer sur mon présent dans une situation aussi dramatique.

Au bout d’un moment, un bruit sourd à l’autre bout du fil me sortit de mes pensées. Surpris, je ralentissais ma course et récupérais mon téléphone pour l’approcher de mon oreille. Les mots qui suivirent me firent froid dans le dos, me glacèrent le sang et j’eus l’impression que mon cœur s’arrêtait de battre, tout comme ma respiration qui venait de se stopper. « Quoi ? Allô ! Maximilian ! » Pas la peine ? Pas la peine de quoi ? De venir ? Pourquoi ? Etait-ce trop tard ? Avait-il finalement flanché ? Immédiatement j’imaginais le pire et la panique s’empara de moi. « Max ! » Bordel de merde. Mes appels étaient aussi désespérés que l’avait été le ton de sa voix quelques secondes plus tôt. Il ne fallait pas que je cède à la panique et que je garde mon calme. Il fallait que je le retrouve et vite ! Dans un geste incontrôlé accompagné d’un juron, je balançais mon téléphone sur le siège passager et j’écrasais la pédale de l’accélérateur. Ma priorité était de le retrouver le plus vite possible. S’il lui était arrivé quelque chose, je devais agir vite avant qu’il ne soit trop tard. Arrivé près de l’hôpital, je parcourais les rues à une vitesse folle, tous mes sens en alerte dans l’espoir de l’apercevoir rapidement. Je n’avais plus aucune notion du temps, tout mon être n’était focalisé que sur une chose, lui. Plus rien d’autre ne comptait. Qu’importe que je roule trop vite. Qu’importe que je joue ma propre vie. Cela n’avait plus d’importance à mes yeux. Seul lui comptait. Je ne savais pas combien de temps j’avais tourné et retourné dans les différentes rues adjacentes aux parcs bordant l’hôpital mais au bout d’un moment, mon regard se posa sur une silhouette au sol, sur le trottoir un peu plus loin. Un frisson me parcourut alors que je craignais déjà le pire. Il était mort, j’arrivais trop tard. Je fonçais jusqu’à arriver à son niveau et j’écrasais la pédale de frein, m’arrêtant dans un crissement de pneu pour me garer à la sauvage sur le bord du trottoir. Je n’eus pas la présence d’esprit de mettre mes warning, ni d’arrêter le moteur et encore moins d’éteindre mes phares. Non, au lieu de ça, j’avais détaché ma ceinture, j’étais sorti de ma voiture et je m’étais précipité vers lui, sans jamais le quitter des yeux et me départir de mon air horrifié. Je me laissais tomber à genoux devant son corps inerte et le premier réflexe que j’eus, fut de poser mon oreille contre son torse pour écouter si son cœur battait toujours. A mon plus grand soulagement, c’était le cas et j’avais même senti ses poumons fonctionner. Je me redressais et attrapais son visage entre mes mains. « Maxim ! Maxim, tu m’entends ? Maxim, je t’en prie réagis ! » Je lui donnais de légères tapes sur les joues, dans l’espoir que cela le ramène parmi nous, avec moi. J’avais même employé son surnom pour aller plus vite. Je lâchais son visage pour inspecter rapidement son corps du regard à la recherche d’un potentiel indice, d’une tâche de sang ou d’une blessure mais je ne voyais rien de visible. Je tâtais mes poches à la recherche de mon téléphone pour appeler les secours, mais je ne le trouvais pas. Evidemment, je l’avais laissé dans la voiture. Cependant, je remarquais que le sien était toujours dans sa main alors je m’en emparais. Ma main libre revint se poser sur sa joue tandis que je composais le numéro des pompiers avec l’autre. « Max, il faut vraiment que tu ouvres les yeux ! Réveille-toi, je t'en prie ! »

crackle bones
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Sam 7 Oct - 18:26


Falling to the depths, can I ever go back
D’abord il n’y a rien, puis un rien profond,
puis une profondeur bleue.




La voix au bout du fil n’avait pas vraiment tort, en fait. Maximilian n’était pas seul. Il ne l’avait jamais vraiment été, et c’était peut-être ça qui, au fond, le tirait inexorablement vers le bas, à l’inverse de toutes les prédictions optimistes.

Il y avait d’abord eu ses parents, la brillante Emily et le bienveillant Philip, passionnés par leur métier, par ce cocon aussi chaleureux que prestigieux qu’ils avaient parachevé, le Hale’s Estate, petit joyau et havre de paix où élever un enfant finirait de les combler. Bien qu’enfant unique, Maxim n’avait jamais manqué d’attention, toujours chéri et choyé malgré le travail très prenant de ses parents, dont l’existence entière se trouvait dédiée autour à leur prestigieux vignoble. Loin de mettre de côté leur carrière suite à la naissance de leur garçon ou, à l’autre extrême, d’oublier ce dernier dans les bras d’une nourrice pour ne s’en soucier que comme d’une guigne, le couple avait profité de l’immense chance qui était la leur de vivre au cœur-même de leur exploitation pour pleinement faire de leur fils un élément central de leur famille, au sein de laquelle le domaine s’intégrait tel un ADN, une atmosphère ambiante qui ne les abandonnait jamais, même lorsqu’ils partaient en voyage, en Californie ou ailleurs, second ombre te part indissociable de leur cœur, du noyau dure que tous trois formaient.

Il avait appris à marcher sur la véranda de leur vaste demeure, grandi au rythme des vendanges, plongé ses petites mains de garçonnet dans la terre sous le regard plein d’amour de son père, joué à cache-cache entre les grandes cuves de moult avec sa mère, ou observé durant des heures, captivé, la chaîne de machines étiquetant les bouteilles avant d’en assurer le remplissage, installation à mi-chemin entre l’artisanal et l’industriel. L’amour entre les deux viticulteurs, que leurs amis se plaisaient à présenter, avec raison, comme digne d’un conte de fées, leur réussite, leur salaire confortable, la chance de pouvoir vivre d’un métier qu’ils adoraient et la naissance d’un petit garçon à croquer, tout cela avait concourut à faire de leur vie un idéal, un chemin tout tracé que Maximilian n’avait pu que suivre. Personne ne l’y avait forcé, mais au fond, qu’est-ce que ce qui, depuis sa naissance, ne l’avait pas implicitement poussé à suivre le modèle de ses parents ? Ces derniers, avec tendresse, l’avaient initiés à leur science, à leur enthousiasme et au goût du travail bien fait, cette poursuite de l’excellence pour laquelle ils n’avaient pas sacrifié leurs valeurs ni le plaisir simple de faire ce qui leur plaisait dans la vie. Naturellement, leur unique enfant avait « attrapé le virus », et entreprit de construire sa vie tel un rosier, s’enroulant autour de la tutelle que ses géniteurs n’avaient sans doute même pas eu conscience de lui prodiguer, l’enfermant doucement mais en un sens sûrement dans un modèle, celui de l’homme qu’ils souhaitaient le voir devenir. Max avait-il vraiment eu droit au libre arbitre, alors que ses parents avaient été pour lui ses meilleurs amis, ses piliers, sa boussole ? Peut-être par amour le couple avait-il, dénué d’égoïsme ou d’arrivisme, enfermé leur progéniture dans le tableau parfait qui leur tenait tellement à cœur, sans empêcher cette dernière de voler de ses propres ailes… Mais sans non plus bouder son plaisir quant à la voir se transformer, au fil des ans, en un parfait jeune héritier, futur gérant du Hale’s Estate et garant de la pérennité d’une œuvre dont ils avaient également repris la suite ; en un mot, ce que tout le monde, inconsciemment, s’attendait à ce que Max fasse. Bien volontiers, ce dernier s’était employé à rendre honneur à tous les efforts des siens, à leur rendre leur amour si généreusement dispensé, pour finir par prendre goût à cette existence allant de soi, ce que certains pourraient nommer docilité, ou plus amèrement encore, formatage complaisant. La vérité, c’était qu’il avait été heureux après de ses parents, même à une époque de la vie où tout jeune adulte était censé n’aspirer qu’à quitter le giron familial : il secondait son père, prêt à prendre la succession qui lui échoyait, parait mélange de leurs talents, certain que ses parents ne seraient jamais loin, à la retraite mais jamais avares d’un conseil, et heureux de voir comment seul il faisait perdurer ce que tous avaient bâti au fil des décennies, et sans doute reproduire le même schéma, en se mariant avec la femme de sa vie, et en donnant la vie à un petit bout de chou au sujet duquel une partie de lui espèrerait secrètement qu’à son tour, il reprendrait le flambeau… Un cercle vertueux, du moins Hale le pensait-il ainsi, sans songer à l’univers de vies possibles auquel il avait tourné le dos, ou dont on l’avait plus ou moins détourné, selon l’appréciation de chacun.

Le décès de Philip et Emily, pleurés par toutes celles et ceux ayant un jour eu la chance de les rencontrer et de se laisser envoûter par leur joie de vivre et leur savoir généreux, avait brisé le cœur de Maximilian, mais ce n’était pas pour autant que la solitude l’avait saisi à la gorge. Les Eriksen, animés d’une charité peu commune, l’avaient pris sous leur aile, si bien qu’à la seconde où le blessé avait rouvert les paupières, allongé dans son lit d’hôpital, il avait été couvé par trois êtres d’une infinie gentillesse, aux petits soins avec lui, autant pour parachever la guérison de son corps que pour apaiser la plainte sans fin de son esprit. Pas de vide donc sinon en son cœur, que son intellect ne parvenait à appréhender, souffreteux mais également biaisé : si autour de lui tant de personnes prenaient soin de lui et se souciaient de son bonheur, comment se dire frappé par une perte insurmontable le laissant dépossédé de tout, sinon d’une fortune matérielle incapable de remplacer sa famille de sang. Avec une famille de cœur, cependant, sa tristesse ne devait-elle pas l’affranchir de son fardeau et le laisser reprendre sa vie en main, sans chaînes invisibles ni nuits sans sommeil ? Maxim avait survécu, et sa chance ne s’était pas arrêtée là, lui donnant un ami précieux en la personne de Noäm, et un nouveau foyer au sein duquel reprendre des forces tout en étant bercé par leur chaleur humaine, que demander de plus ?

À aucun instant, le Californien n’avait cessé d’être entouré, en quelque sorte, pas même ce soir-là, qui aurait dû constituer un bon moment, et peut-être même le premier d’une longue série d’afterworks sympathiques avec ses collègues, au lieu de rester chez lui en tête à tête avec sa routine de célibataire amateur de calme. Comme un enfant dégoûté à force d’avaler des sucreries, ou un hypocondriaque intoxiqué par tous les médicaments pris sans raison valable, cette attention constante, souvent impalpable, toujours agréable mais parfois étouffante, sans raison apparente, du moins que Max, dans ces moments de détresse, ne parvenait à discerner. Cette nuit-là, comme bien d’autres, le critique ne savait plus qui il était, qui il souhaitait devenir ou si le chemin sur lequel il e trouvait était le bon ; quels mensonges le maintenaient en vie et quelles vérités devaient demeurer occultées. Toutes les frontières se brouillaient, plus rien n’avait de sens, d’importance, de magie capable de donner corps à ses illusions ou d’alléger s poitrine. Alors puisque tout avait goût de poussière, que le moindre endroit où se posait sa pensée lui donnait le tournis, pourquoi ne pas chercher à être seul, vraiment seul, à être rien, vraiment rien ?

La voix du téléphone paraissait lointaine, à des milliers de kilomètres, mais ce n’était pas grave, elle demeurait rassurante, même si elle ne parvenait plus vraiment à l’atteindre, comme le soleil couchant disparaissant doucement derrière l’horizon. Assis contre le muret, Hale peinait toujours à soulever sa cage thoracique, l’air de la nuit semblant refuser de percoler à travers ses chairs, lourdes, épaisses, oppressantes, si bien qu’il se laissa complètement glisser au sol, étendu là, abandonné là, oublié, apaisé. Au-dessus de lui, les étoiles, gommées par la pollution lumineuse de la ville, étaient à peine discernables, mais ce n’était pas grave : tout effacer avait du bon, le néant se révélait être un recoin tranquille, loin de toute tangibilité, aussi paisible et confortable que le tombeau. Immobiles, ces petites lueurs passaient presque inaperçues, dans l’agitation de Washington et le rayonnement des panneaux publicitaires éclipsant jusqu’à la lune, une beauté perdu de vue quoi que toujours là, pour celles et ceux qui, tout aussi marginaux, auraient éprouvé le besoin de lever le nez et de s’abîmer dans l’immensité de l’espace, loin du bitume et d’une vie en impasse. Loin là-haut, en une vision étonnamment saisissante depuis le point de vue de Maximilian, les astres semblaient l’inviter à tout simplement lâcher prise, et à comme elles cesser de lutter, pour s’abandonner sans réserve à l’apathie. Comment se noyer dans le dégoût de soi, s’il n’existait plus de soi à détester ? Ses paupières se fermèrent peu à peu, tandis que le froid de la torpeur se mêlait à celle transparaissant à la tiédeur émanant du béton sous lui.

Le monde extérieur se fondit progressivement en une absence dénuée de regrets. La voix au loin s’évaporait, mais Max avait confiance : elle comprendrait qu’en ne devenant plus rien, la souffrance s’en irait, se dissolvant dans la nuit, qu’il ne s’agissait pas de se laisser couler dans une mer insondable de tristesse, pour au contraire laisser ses soucis s’envoler, son être s’étioler, son esprit divaguer au-delà du monde sensible. Comme un ultime rescapé s’enfermant dans son bunker de fortune avant l’explosion de l’ultime bombe H censée rayée toute trace de vie de la surface du globe, il se retrancha plus ou moins consciemment en lui-même, ne se souciant nullement du fait qu’il gisait là, en pleine rue, sur le trottoir, et à quelques dizaines de centimètres à peine d’une pelouse dont les propriétaires auraient très bien pu, s’ils avaient été éveillés et à l’affût derrière leurs rideaux, auraient sans doute sérieusement songé à appeler la police pour dénoncer ce qui avait tout l’air d’être un inconnu en plein état d’ébriété sur la voie publique. Oui, la voix comprendrait. Elle comprenait si bien, mieux que tout le monde, même mieux que lui-même. Elle ne lui en voudrait pas. Maxim avait confiance en elle, se sentait apaisé par son timbre profond, par la justesse de ses mots, par cette faculté de le faire se sentir bien dans sa peau, important, enrichissant, ne serait-ce que le temps de l’écouter résonner à ses oreilles. Cependant, quand la voix se taisait, l’enchantement prenait fin, et il se rappelait alors qu’il n’avait rien d’exceptionnel, que la voix, si elle le voyait vraiment tel qu’il était en réalité, sans ses masques, misérable, victime de ses propres émotions chaotiques, ne voudrait plus jamais s’adresser à lui.

Il ne fallait pas qu’elle le découvre. Il ne fallait pas que quiconque le voit. Pour ça, Hale allait simplement laisser sa conscience s’étendre au reste de l’univers, se mêler avec l’immensité alentour que tout à chacun oubliait, pris tout le tourbillon de sa vie trépidante ; sa douleur n’aurait plus aucune prise pour le tirer vers le bas, et c’était bien ce que la voix souhaitait pour lui, non ? Il n’avait qu’à devenir une de ces étoiles, au-dessus de sa tête, un petit éclat presque invisible, un halo pâle et froid, endormi à jamais, enfin au repos. Un sommeil éternel, qui ne blesserait personne, et qui permettrait à tous, lui y compris, de tout oublier… La voix lui avait intimé de fermer les paupières et de respirer, et comme toujours, la voix était de bon conseil.

Une secousse au niveau de son torse le rattrapa au cœur de sa prostration, avant que son crâne, agité, ne rende définitivement impensable cette belle communion avec le grand vide ; plus que jamais déconnecté du réel, Max crut que l’on venait le tirer du lit en pleine nuit, sensation déjà éprouvée bien des années auparavant. Autre temps, autres lieux : alors âgé de douze ans, il avait voulu étrenner de nouvelles savates à la maison. N’ayant pas l’habitude d’en porter, l’adolescent que Maximilian avait alors été avait déchaussé dans l’escalier et était tombé, perdant connaissance dans la chute. C’était son père qui l’avait retrouvé, inanimé, au bas des marches, et avait tenté de le réveiller comme on était actuellement en train de le faire ; exactement comme à l’époque, Hale avait l’impression d’être le plus naturellement du monde sous la couette, secoué par un importun animé de la drôle d’idée de venir écourter son sommeil profond, sa mémoire à court terme s’étant comme coupée juste avant le choc. Jadis, comme c’était heureusement également le cas cette nuit-là, il n’avait souffert d’aucune blessure grave, et s’en était tiré avec quelques bleus et une belle frayeur du côté de son paternel, ainsi qu’avec le souvenir vif des perspectives instinctives créées de toute pièce par son esprit aux abois. Quand ses yeux se rouvrirent, ce fut également pour se poser sur les traits bien connus d’une personne chère à son cœur, mais qui en cette étrange année 2017 demeurait, elle, bel et bien vivante.

-… Eric… ? demanda Maximilian, la bouche pâteuse, la diction laborieuse.

Rien à voir avec sa façon de prononcer le prénom de son psychologue tantôt, au début de leur son appel. Le critique paraissait sortir d’une sorte de coma, hébété, groggy, réalisant progressivement qu’il ne se trouvait pas dans sa chambre, et que la situation n’avait absolument rien de normal.

Fronçant les sourcils, le Californien tenta, tel un nourrisson pataud, de se redresser :

-Qu’est-ce qui se passe… On est où… ?

Ses maigres efforts réveillèrent la douleur entre ses omoplates, générée par la rencontre pour le moins violente entre son dos et le muret, qui remonta jusqu’à la base de sa nuque, et lui tira au passage un gémissement. Il ne s’en sortirait sans doute pas non plus sans quelques courbatures, et un bon mal de crâne.






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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Dim 22 Oct - 19:02

Eblouis par la nuit
Maximilian & Eric
La peur et la crainte d’être arrivé trop tard déchirait mes entrailles. Et s’il avait commis l’irréparable ? Ou alors avait-il fait un malaise ? Dans une certaine mesure, le fait que l’hôpital ne soit pas loin était une chance mais je n’espérais pas qu’on en arrive là. Plus rien d’autre ne comptait. J’étais déconnecté de la réalité. Seul lui comptait et rien d’autre. J’avais laissé la voiture en plan, tous feux allumés sans y penser une seule seconde. Voir Maximilian inerte sur le sol avait réussi à me glacer le sang. Etait-il blessé ? Ou pire ? Je n’avais aucun moyen de le savoir tant qu’il restait inconscient. J’avais déjà entendu des confrères parler de la perte brutale de certains de leurs patients et à quel point cela était difficile à surmonter. Pour ma part, je n’y avais jamais été confronté et je refusais que ce soit le cas avec Hale. Certes, nous avions encore un long travail à effectuer mais j’avais la sensation que je tenais le bon bout. Il ne devait pas me lâcher, pas comme ça, pas maintenant. Il n’en avait pas le droit. J’étais terrorisé à l’idée de le perdre mais je faisais tout ce que je pouvais pour me contrôler et ne pas céder à la panique. Cela n’aiderait personne.

Les secondes qui s’écoulaient me paraissaient être une éternité. J’avais l’impression de l’avoir trouvé depuis des heures. Je n’avais plus aucune notion du temps. Fébrile et craignant le pire, j’avais récupéré son téléphone dans sa main pour appeler les secours, puisque dans la précipitation j’avais oublié le mien dans ma voiture. Après m’être assuré qu’il respirait encore et que son cœur battait toujours, je composais le numéro des urgences tout en gardant une main sur sa joue. Sans doute par peur qu’il ne s’évapore si je rompais tout contact physique. J’avais l’impression que mon propre cœur s’était arrêté et que ma gorge était tellement nouée qu’elle m’empêchait de respirer correctement. Je crois bien que jamais je n’avais eu aussi peur dans ma vie, de cette peur qui vous prend aux tripes et qui vous étouffe. Avec Chloé cela avait été différent, dans une certaine mesure, j’y avais été plus ou moins préparé. Ce n’était pas le cas à l’heure actuelle.

Alors que j’écoutais les tonalités de l’appel que j’étais en train de passer, les yeux rivés sur son visage, le miracle se produisit. Maximilian ouvrit les yeux. Une vague de chaleur m’envahit alors et le soulagement me submergea comme un tsunami, j'en avais les yeux brillants sous l'émotion. Il était vivant. Il était bel et bien vivant. Je n’étais pas arrivé trop tard. Un soupir s’échappa de ma bouche et je regardais quelques instants vers le ciel étoilé. « Dieu merci. » Une voix se fit entendre à l’autre bout du fil mais je me contentais de raccrocher sans même répondre. Ce n’était plus nécessaire, il était en vie. Sonné certes mais vivant, voilà ce qui était le plus important. Machinalement, je rangeais son téléphone dans la poche interne de ma veste. Pourquoi avait-il perdu connaissance ? J’avais beau réfléchir, je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il venait de se passer. Il m’avait appelé, visiblement au bord du gouffre avec des difficultés à s’exprimer et je le retrouvais inanimé sur le sol en pleine rue. Est-ce qu’il s’était fait agressé ? Avait-il eu un malaise ? Un accident ? Peut-être avait-il été fauché par quelqu’un ou quelque chose ? Il y avait tellement de possibilités que cela me donnait le tournis. Lui non plus ne semblait rien comprendre à la situation, quoi de plus normal ? Sa mémoire à court terme avait dû faire le ménage dans sa tête.

Il tenta de se redresser, commençant à poser des questions. Mais je ne le laissais pas se relever et posai immédiatement mes mains sur ses épaules pour qu’il reste allongé. « Non non non, doucement, ne te redresse pas. Tu as peut-être quelque chose à la tête. » Dans le doute et pour m’assurer par moi-même qu’il n’était pas blessé, je glissais mes deux mains à l’arrière de son crâne, dans ses cheveux pour vérifier qu’il n’avait ni bosse ni plaie ouverte. « Tu ne te souviens pas de ce qu’il s’est passé ? Rien du tout ? Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ? » J’essayais de lui parler le plus calmement possible, maîtrisant du mieux que je le pouvais le timbre de ma voix. Mon inspection de son cuir chevelu terminé, je reposai délicatement sa tête sur le sol et jetai un coup d’œil rapide vers mes mains. Pas de traces de sang, à la bonne heure. A première vue il n’avait pas de choc à la tête, mais peut-être était-ce interne ? Je n’étais pas médecin mais j’avais suffisamment entendu mon père nous rabâcher ses prouesses en médecine pour connaitre deux trois gestes à effectuer. Le problème c’est que je n’avais pas de lampe sous la main pour tester la réactivité de ses pupilles. Au moins il m’avait reconnu, ça me prouvait qu’il n’y avait rien de potentiellement dramatique. « On est dans la rue, pas loin de l’hôpital. Tu m’as appelé et tu semblais être en pleine crise d’angoisse à première vue. » Tout en lui expliquant la situation, je récupérai son téléphone dans ma poche pour activer le mode photo et surtout le flash. Je n’avais pas de lampe alors je faisais avec les moyens du bord. Je testais ses pupilles tout en continuant de lui raconter ce qu’il s’était passé. « Au bout d’un moment, tu ne répondais plus alors je me suis inquiété. » Bel euphémisme, j’étais terrorisé. « Quand j’ai enfin réussi à te trouver, tu étais allongé ici-même, inconscient. Je ne sais pas trop si tu es tombé, si tu as fait un malaise ou je ne sais quoi d’autre. Est-ce que tu as mal quelque part ? » Ses pupilles réagissant correctement, je rangeai de nouveau son téléphone dans ma poche comme s’il s’agissait du mien.

A première vue, il n’était pas blessé, alors je pouvais l’aider à se redresser. « Est-ce que tu peux t’asseoir ? » Pour l’aider dans la manœuvre, j’attrapais l’une de ses mains dans la mienne et posais l’autre derrière son épaule, prêt à le tirer doucement vers moi pour qu’il puisse s’asseoir. « Surtout si tu as des vertiges, dis-le moi et reste allongé. » Si tel était le cas, ce serait mauvais signe et une visite à l’hôpital serait de rigueur. Dans le cas contraire, c’est qu’il n’avait rien et qu’il pouvait se lever. Evidemment, j’allais l’aider à se remettre sur pied, je n’allais pas le laisser se débrouiller seul au risque de le voir retomber. Mais nous n’en étions pas encore là, pour le moment, il fallait qu’il réussisse à s’asseoir et à rester assis un petit moment, le temps que son corps se remette de ses émotions. « A présent, deux options s’offrent à toi et aucune des deux n’est négociable. Soit je t’emmène à l’hôpital. » Même si l’idée d’y remettre les pieds me révulsait. « Soit, je te ramène chez toi pour te surveiller toute la nuit. Avec ce qu’il vient de t’arriver, il est hors de question que je te laisse sans surveillance. Parce que s’il t’arrivait quelque chose à cause de ma négligence, je m’en voudrais toute ma vie. Alors tu choisis, je te laisse le choix. L’hôpital avec des inconnus professionnels de la santé ou chez toi avec moi et mes notions dans le domaine. » Malgré tout, je pouvais remercier mon père pour ça… « Et ne vas pas t’imaginer que tu me déranges ou quoi que ce soit de ce genre. Je serais plus rassuré de te surveiller moi-même. » Mais le choix lui appartenait. Après tout, je n’étais que son psychologue, pas son médecin ni même un membre de sa famille. Peut-être qu’il préférait confier sa sécurité et sa santé à des professionnels.

crackle bones
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Ven 1 Déc - 14:10


La nuit te nuit, change de port
J'ai voulu tout chavirer, mon espoir s'est échoué. J'en ai marre de ramer. La détresse a pollué l'océan de mes pensées. Et cette machine dans ma tête, machine sourde et tempête. Et cette machine dans ma tête, leitmotiv, nuit secrète, tatoue mon âme à mon dégoût.



« If brokenness is a work of art
Surely this must be my masterpiece. »




Eric, à la vérité, était exactement la personne dont Max avait besoin, à cet instant précis, mais aussi, sans doute, tout court. Pour la survie des mensonges qu’il se racontait à lui-même, et derrière lesquels il se cachait avec tant de minutie aux yeux du monde, il n’existait pas de plus terrible et violent tremblement de terre, de secousse plus à même de réduire à l’état de ruines les murs impénétrables autant que les élégantes clés de voûte et les ciselures les habillant, et pourtant, lorsque son esprit brumeux mit un nom sur le visage qui le surplombait, ce ne fut qu’une acceptation rassurée, nimbée d’un bonheur vaporeux, qui l’envahit. Tout allait bien se passer, se dit-il dans les premières secondes de son éveil, avant que les souvenirs précédant son léger évanouissement ne lui reviennent, tels la marée montante, c’était Eric, il n’avait rien à craindre, ni aucune raison de ne pas se laisser flotter à la surface de cette sensation de sécurité venue adoucir les flots de mélancolie dans lesquels il menaçait encore de se noyer. De toutes les personnes que connaissait le Californien, son psychologue était l’une des seules –sinon le seul- à spontanément ne pas accroître la pression du carcan d’acier lui enserrant la poitrine, pour par réflexe s’apaiser, alors que la gravité de sa situation lui échappait, en ces premiers instants où, lorsque l’on était tiré d’un malaise ou d’un profond sommeil, la vie ne lui parvenait plus que de très loin, comme s’il avait contemplé la lumière lointaine d’une étoile, paisiblement allongé dans l’herbe.

C’était pourtant bien le béton de la rue contre laquelle son corps perclus de non-dits, tout autant qu’il s’agissait du toucher respectueusement protecteur de son thérapeute, là, contre son crâne, perdu dans ses cheveux mais pourtant bien réel, soutien et geste inespéré, et si Max ne s’en étonna pas, pas plus qu’il ne s’en sentît oppressé ou qu’il ne désirât instinctivement que ce contact cesse, son esprit ne s’autorisa pas longtemps à s’agripper mollement aux limbes. Endurer ce que la vie avait placé sur sa destinée n’avait pas complètement réussi à gâter la personne qu’il avait été avant la fracture immense de l’accident ; pourtant, le cynisme et ses racines amères avaient commencé à s’entrelacer aux fibres de son être ne laisserait pas bien longtemps l’illusion de son bien-être perdurer. La vie de Maximilian, pas plus que celle d’Eric ou de tout être humain, n’avait pas grand-chose à voir avec une fiction dans laquelle la belle princesse s’éveillait grâce à son beau prince : tout n’était pas magiquement oublié, pardonné ou effacé, pour se fondre dans un « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » pour lequel bon nombre auraient été prêts à se damner, flou mordoré aux accents du bonheur éternel indistinct, indéfini mais assurément idéal. Si seulement tout avait pu être aussi facile que ça, que de décréter que la douleur avait fait son temps, et qu’un ciel bleu imperturbable les surplombe jusqu’à la fin des temps… Hélas ! Alors qu’Ashford ne manquait pas d’attentions à son égard, malgré l’angoisse mêlée de soulagement qui semblait l’habiter avec force, ce qui était advenu –pire, ce que Maximilian avait fait- déchira le voile de sa tranquillité, pour le replonger dans le froid et implacable réel, là où le soleil ne parvenait à percer les nuages gris, et ne serait-ce que ne pas aller trop mal relevait de la grâce divine. Sa gêne se métamorphosa en honte au fur et à mesure que son psychologue déployait des trésors de précautions pour prendre soin de lui, son souffle recommençant à se bloquer dans sa gorge, pupilles étrécies et lèvres légèrement pincées, en une détresse inaudible se voulant aussi invisible que possible.

Autant se mystifier soi-même, malgré l’épuisement de son esprit, relevait encore du possible, autant encore donner le change à Ashford alors que celui-ci avait sous les yeux toute l’étendue de sa fébrile déchéance constituait une mission que même au bout du désespoir, acculé et mu par la sensation de se trouver au pied du mur, Maxim ne serait parvenu à mener à bien. Son thérapeute ne manquait pas de ressources, et surtout de bon sens ; sa solide expérience du genre humain l’aurait empêché de prendre la moindre vessie pour une lanterne, sans compter son talent naturel pour déchiffrer dans le cœur d’autrui le balai des ombres y générant tant de trouble. En d’autres termes, inventer une histoire de toutes pièces n’avait aucun chance de réussir, d’autant plus qu’étant aux abois, Hale risquait fort de ne pas trouver en lui suffisamment de conviction pour soutenir une jolie fable censée tourner en dérision sa pathétique mésaventure. Dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité lui paraissait tout autant inenvisageable : qu’allait donc penser Eric de lui ? De ce type ayant passé la trentaine mais incapable de ne pas avoir peur du noir et de ce qui agitait sa conscience, à la manière d’un petit garçon geignard ? De ce patient préférant esquiver avec panache ses questions, au lieu de s’attaquer humblement au cœur du problème, comme un adulte responsable ?

Le spécialiste, fidèle à lui-même, se montrait d’une gentillesse désarmante, et une partie du cœur du Californien ne pouvait que fondre devant sa gentillesse, ce qui rendait plus difficile encore le réflexe pourtant de survie pure de cacher derrière une carapace de calme apparent la plus solide possible l’étendue des dégâts. Fuyant son regard, Maximilian aurait voulu devenir minuscule, invisible, capable de se dissoudre dans l’air ambiant tant il lui semblait démériter, pitoyable chiot battu tellement éloigné de ce qu’l aurait voulu représenter pour Ashford, si inspirant, si généreux, si prompt à s’inquiéter pour un mal dont le critique portait seul la responsabilité.

-… Le trottoir. Je ne l’ai pas vu, je suis tombé, marmotta-t-il piteusement, incapable d’aligner plus que ces quelques mots, et encore moins oser croiser le regard de son secouriste inespéré plus que quelques millisecondes.

Oh, comme ce dernier aurait préféré qu’Eric lui hurle dessus, s’énerve d’avoir été réveillé en pleine nuit pour rien, lui colle un savon peu amène avant de lui appeler un taxi et de rentrer se coucher, fort mécontent de l’inconséquence avec laquelle son client le traitait, lui un respectable expert loin d’avoir une journée de congé à sacrifier parce qu’il avait dû effectuer une virée nocturne en urgence… ç’aurait été plus aisé à accepter, plus mérité aussi, sans doute, et de quoi lui donner un fragile appui à cette armure peinant à se refermer autour de son âme en charpie, corset nécessaire pour lui redonner un semblant de contenance, au moins de quoi relever le nez et parvenir à croiser le regard azuré de son interlocuteur plus qu’un bref instant. Au lieu de cela, Eric le désarmait plus que jamais, et sa gorge serrée le rendait encore moins prolixe qu’à l’ordinaire, lorsque celui-ci essayait d’orienter leur séance vers quelque point sensible, loin de tout échange savoureux de bons mots. En toute honnêteté, son thérapeute se montrait fondamentalement bon envers lui, totalement ignorant de son parcours chaotiquement misérable, jetant de la confiture aux cochons sans économiser ni son énergie ni son temps, tel un véritable ami, alors qu’aucune obligation, pas même éthique, ne le contraignait à sortir ainsi des limites de son rôle d’analyste ; bouleversé, Max ne s’en sentait que plus minable, alors que péniblement, il passa en position assise, adossé au muret contre lequel il aurait pu se rompre le cou s’il n’avait pas été chanceux, dans son malheur.

Le mot « crise d’angoisse » sonna à ses oreilles comme un sceau apposé à son cas avec la justesse d’une sentence sévère mais frappant terriblement juste, en plein cœur, comme Hale ne parvenait à le faire, si bien que son cœur tenta de se refermer encore plus sur lui-même, afin de contenir sa tristesse encore plus hermétiquement encore que des composés radioactifs, au mépris de la mise sous pression de ses propres émotions : il venait de frôler la fêlure d’ampleur, mais même le plus intense des découragements n’aurait pas réussi à vaincre cet élan teinté de terreur l’exhortant à remettre sous cloche ses démons, malgré sa fragilité actuelle, les risques encourus ou encore les détails craintifs émaillant la moindre de ses réactions. La simple pression exercée par Ashford sur le haut de son corps pour l’aider à se tenir à peu près droit contre son dossier de fortune lui prodiguait un mélange de quiétude et de dénuement tel que la souffrance mentale en devenait physique, à presque lui en faire serrer les dents, ou chercher à s’arracher à ce contact, à cette présence réconfortante mais imméritée, qui disparaîtrait sans nul doute dès que la vérité serait dévoilée dans toute sa lamentable laideur.

-C’est pas important, trancha Maxim à mi-voix, ou du moins essaya-t-il, car il lui manquait une bonne dose d’assurance pour être ne serait-ce qu’un brin convaincant, ou ne pas sembler désespérément aux abois, à la recherche du moindre centimètre carré de sécurité, loin du monde extérieur.

Quasimodo avait fui devant la belle Esméralda, épouvanté par le dégoût que son physique de bossu pouvait causer naquît également dans le cœur de la gitane, et si dans le cas de Maximilian, c’était plutôt son âme que son être qui ait été enlaidi par une destinée cruelle, le sentiment demeurait le même, fuselé en une fuite en avant qui lui fit afficher une mine à la fois piteuse et terrifiée devant l’ultimatum d’Eric. En échappant à sa compagnie, le temps de se remettre sur pieds, le Californien avait encore le loisir de se bercer du même rêve que le personnage de Dumas, celui que tant que cette personne qui comptait tant pour lui ne réalisait pas l’étendue de sa disgrâce, il lui restait une petite chance que la vérité ne soit pas si terrible, et que le rejet pur et simple ne le guettait pas. Ne plus être en mesure d’édulcorer les choses, c’était s’exposer à un jugement redouté, et se heurter à la possibilité plus que tangible de l’abandon. Voir Ashford désillusionné par sa faute, ou pire, dépité par le point auquel son patient tombait dans son estime, après tout ce qu’il avait fait pour lui, entre les heures passées à l’écouter, les maintes tentatives pour l’amener à se confier, et cette nuit tumultueuse où il se démarquait par tant d’abnégation, voilà qui donnerait corps à la plus grande vague de dégoût de lui-même que le rescapé avait jamais pu éprouver. Maxim ne se sentait absolument pas à la hauteur de ce que son thérapeute lui offrait : se retrouver en tête-à-tête avec lui dévoilerait à la vue experte du New-yorkais toutes ses cicatrices s’il ne parvenait à suffisamment se draper de nonchalance à chaque instant, une prouesse que le critique n’avait jamais été aussi peu sûr de parvenir à mener à bien. Son expression, silencieusement suppliante, témoignait malgré le dernier rempart de sa retenue du point auquel cette option le glaçait de peur. Comment son psychologue pouvait-il lui faire ça, semblait-il lui demander sans même remuer les lèvres, seulement via le bleu apeuré de ses yeux ? Pourquoi son dévouement l’amenait à croire que briser les frontières de sa zone de confort lui ferait du bien en une nuit si pénible ?

Pourquoi ne pas accepter de se rendre à l’hôpital, alors ? Il fallait bien avouer que pendant quelques secondes, par pur automatisme de survie, Maximilian songea à accepter de finir la nuit aux urgences, presque par arrogance, comme pour prouver que la situation demeurait gérable, et pas bien plus grave qu’une simple cheville foulée, ou qu’un accident domestique mineur. Là-bas, personne ne serait en mesure de lire en lui comme Eric en avait le pouvoir, on ne chercherait même pas à le faire, et peut-être même qu’on le laisserait sortir juste après ses examens, une fois qu’un médecin aurait conclu qu’il se portait comme un charme. Cependant, d’un autre côté… Son psychologue pouvait également insister pour ne pas le lâcher d’une semelle, pour in fine quand même le raccompagner et rester à ses côtés, si jamais l’institution ne jugeait pas bon de lui allouer un lit pour la nuit, au profit de « vrai » blessés. Son imagination, s’appuyant sur sa logique, fit le reste : autant se retrouver perdu au milieu de visages inconnus ne l’effarouchait pas plus que ça, autant le bruit, l’agitation, les pleurs et les gémissements, la vue du sang l’oppressaient déjà rien qu’en pensée. Pire encore, il aurait peut-être à avaler des somnifères, des calmants ou toute autre substance qui laisserait son esprit embrumé et son estomac nauséeux, une probabilité loin de le réjouir, tant son mal-être y aurait gagné au change, laissé libre de le nimber de l’intérieur sans plus rencontrer la moindre opposition. La profonde répulsion à l’endroit des opiacées et autres remèdes de fortunes contre des maux aussi profonds que les siens finit de le convaincre, un peu à regret, de ne pas choisir une solution de relative facilité, pour accepter de suivre Eric, pour le meilleur et sans doute pour le pire :

-… Ok. On va chez moi.

Autant dire que sa moue résignée ne laissait pas franchement de doute quant au point auquel il se sentait acculé, tel un personnage de tragédie grecque irrémédiablement condamné à suivre la voie tracée pour lui par les Dieux, quoi que sans le même panache. Se remettre sur ses deux pieds, avec l’aide d’Eric, ne fut pas si difficile, sa fierté naturelle, même moribonde, refusant de se rabaisser à jouer les poupées de chiffon amorphes, dont la résistance se résumait à être trainé par terre, comme ces enfants faisant un caprice en plein centre commercial. Malgré ce semblant de solidité, Max ne put que se figer au moment de prendre place dans la voiture d’Ashford : son corps refusa de s’enfermer dans ce cercueil d’acier, qui tout comme Noäm ne lui rappelait que de mauvais souvenirs ; ce ne fut qu’au prix de quelques secondes passées les paupières closes et les lèvres serrées, à s’exhorter à garder son calme et à obtempérer sans protester, qu’il parvint à prendre place à l’avant, sur le siège passager, et à rabattre la portière sur lui tout en s’efforçant de ne pas se focaliser sur l’idée qu’il se trouvait enfermé, aussi bien dans sa propre tête que dans la carrosserie d’un véhicule dont l’un des pairs avait causé la mort de ses parents.

Maximilian se montra particulièrement silencieux sur toute la durée du trajet : tête appuyée contre la vitre, il laissait échapper de temps à autre une indication sur la route à prendre après avoir donné on adresse à son chauffeur du bout des lèvres. Regard vide, l’air absent, le Californien donnait tous les signes d’avoir rendu les armes, ce qui n’était pas faux : ce dernier se sentait fatigué, vidé, sans plus aucune envie de rien, sinon celle de devenir invisible, bien que l’Univers n’ait vraisemblablement jamais eu le dessein de lui concéder pareil cadeau. Qui sait, on finirait hypothétiquement par oublier qu’il existait, à force de demeurer aussi mutique qu’immobile, perdu dans des limbes à partir desquelles tenter de juguler sa désolation et ne laisser échapper aussi peu d’indices que possible sur ses problèmes. Se dissoudre dans le noir valait bien tous les autres avenirs à court terme que Hale se trouvait en mesure d’atteindre, et puis ce n’était pas comme si une part de lui avait sincèrement souhaité, lorsqu’il était encore étendu sur le bitume, qu’il ne rouvre plus jamais les paupières… Pas vraiment. Sur son visage aux traits tirés, d’une pâleur un brin alarmante, les lumières artificielles de la ville glissaient en fonction de leur allure, redonnant un semblant de vie à la statue de chair qu’emmenait avec lui le psychologue.

Le quartier cossu de Capitol Hill les entoura bientôt, paré de ses luxueuses villas et de ses prestigieux lieux touristiques tels que le Lincoln Park ou la colline du Capitole. La maison installée au numéro 130, dotée de trois étages, ne détonnait pas particulièrement parmi ses semblables, comme c’était souvent le cas pour les demeures renfermant dans leurs entrailles les horreurs les plus banales comme les monstruosités les plus abjectes, parfaitement invisibles derrière une belle façade de normalité immuable. Pourtant, pour Maxim, il s’agissait de son chez lui, de son dernier refuge où enfin laisser tomber les masques puisque seul, l’impératif de faire bonne figure en permanence se relâchait sensiblement… Et cette nuit-là, un étranger allait franchir la dernière ligne de défenses entourant le champ de ruines à vif qui lui servait de jardin secret, et sur lequel il osait à peine poser le regard ; à peine sorti de la voiture, et à la vue de la porte de son foyer à quelques pas de là, le Californien ne put que se glacer à nouveau : il se voyait déjà remonter la mort dans l’âme la courte allée le menant jusqu’au seuil, penaud, médiocre, d’un ridicule tellement déplorable que sa résolution de ne plus arborer qu’une neutralité distante chancela violemment sur ses fragiles fondations.

Se tournant tout de go vers Eric, dont il était séparé par la largeur de la voiture, Hale appuya ses deux paumes sur le toit, et le froid du métal ne parvint même pas à paraître plus glacé que celui comprimant ses entrailles :

-C’est pas nécessaire, je t’assure. Tu peux rentrer chez toi.

La lueur d’angoisse dans ses iris s’était rallumée, comme si Eric ignorait tout d’un péril ou d’un échec vers lequel il s’élançait la fleur au fusil, inconscient de la déconvenue avec laquelle il ne manquerait sûrement pas de tomber nez à nez une fois que son cher patient à l’esprit vif et légèrement tourmenté se serait révélé, bien malgré lui, sous son vrai visage. Tu peux rentrer chez toi, tu le dois, va-t’en, ne regarde pas, ne m’écoute plus et oublie-moi jusqu’à ce que j’ai réussi à redevenir cet autre que tu connais, que tu apprécies, que tu penses être le vrai moi, et que j’aimerais être en permanence pour ne pas te perdre – tant de mots que seul son être prononça sans bruit, à la seule force de cette volonté qui préférait lutter pour qu’Eric s’en aille, au lieu de travailler à sa guérison. Mélange d’ordre, de supplique et d’encouragement vif aspirant à ne pas le froisser, ce message demeura informulé, comme l’étaient quantité de choses entre deux êtres se comprenant d’instinct, et partageant de plus en plus, au-delà de ce que leurs sens pouvaient distinguer.

Maximilian n’attendit pas sa réponse ; il y avait de fortes chances qu’Ashford s’entête et tente à nouveau de le convaincre des bienfaits que sa présence à son chevet revêtiraient, un discours somme toute des plus raisonnables, mais dont il ne se sentait pas prêt à subir le poids, tel un haptophobe se crispant rien qu’en sentant approcher un de ses semblables d’un peu trop près. La petite voix en lui qui tentait de plaider en faveur de son thérapeute, de lui rappeler à quel point le reconnaître en la personne venue l’aider lui avait fait chaud au cœur, ou encore au point auquel Max l’appréciait lui causait de la peine en étant gardée tue de la sorte ; la laisser ne serait-ce que s’exprimer dans la cacophonie des impulsions contraires pulsant sous son crâne n’aurait été que plus dommageable, de son point de vue, que d’endurer encore un peu l’envie de simplement se reposer sur la rassurante force tranquille qu’incarnait son invité.

Hale lui tourna donc le dos avant de partir en directement de sa porte, ses lèvres aussi pincées que son cœur, en priant de toutes ses forces pour que son psy ne le suive pas, et que sa déréliction ne cause pas plus de dégâts qu’elle n’en avait déjà fait. Ce qu’il lui raconterait pour expliquer cet appel nocturne, et l’état de quasi catatonie dans lequel Ashford l’avait trouvé ? Le critique aurait bien le temps d’y réfléchir d’ici à leur prochaine séance, quand lui-même aurait de nouveau l’esprit clair, et se montrerait en mesure de prendre du recul. Au moment de sortir la clé de sa poche, qu’il n’avait miraculeusement pas perdue en dépit de ses pérégrinations de zombie, Maxim perçut une présence dans son dos, signe que son ange gardien n’avait pas prévu de céder à sa requête, malgré son insistance. Avec un soupir, il déverrouilla le battant, callant sur l’ouverture de celui-ci une profonde inspiration : il allait s’en sortir, bon gré mal gré, confectionnant un équilibre de fortune de bric et de broc, juste pour faire illusion et pourquoi pas préparer sa difficile remise en selle… Après tout, si tout le monde vantait autant les bienfaits de la pensée positive, c’était bien qu’il y avait une raison, non ? Eric verrait qu’il ne risquait rien, à présent qu’il se trouvait chez lui, en terrain connu et en sécurité, il reprendrait ensuite la route et le plus dur aurait été fait, la tutelle qui le soutenait vaille que vaille pourrait se relâcher, et un sommeil sans rêves, plus lourd que le plomb, parviendrait peut-être à étouffer l’incendie de sa conscience.

-Fais comme chez toi… lui intima Maximilian d’une voix lasse, laissant glisser son trousseau de ses doigts dans un vide poche avant d’enlever sa veste avec des gestes pénibles, comme si le poids du monde reposait encore sur ses épaules. Si tu veux boire quelque chose… Ou manger un truc…

Même lui ne crut pas vraiment à cette tentative fade de respect des règles sociales élémentaires, cette grande comédie codifiée à l’extrême censée régir les interactions entre personnes bien élevées ; compte-tenu des dernières heures, ils n’étaient plus franchement à ça près, et tout cela sonnait faux, un peu comme cette maison, à dire vrai. Il n’y avait pas de doutes à nourrir quant au fait que Max y vivait bien, car bien que tout soit rangé et propre, on sentait que quelqu’un s’était approprié les lieux, mêlant la patte de ses habitudes au style d’une demeure louée meublée où il n’avait au final choisi que peu de choses, à peine quelques éléments de décoration en plus à ajouter au style confortablement cossu choisi par son propriétaire. Pourtant, une pointe d’instinct suffisait à saisir que sous ces allures de demeure propre aux sphères nanties de la population, auxquelles le Californien appartenait selon toute vraisemblance, une âme manquait entre ces murs, dans cette maison bien trop grande pour un célibataire loin de sa terre natale. Ainsi, il n’y avait aucune photo encadrée où Max aurait pu apparaître entourée de membres de sa famille ou d’amis proches ; les clichés qui comptaient pour lui, et sur lesquels Noäm et les Eriksen figuraient en immense majorité, étaient conservés dans son téléphone, sans qu’aucun cliché encadré ne vienne égayer ses meubles ou son frigo. Cet état de fait, discret quoi qu’inquiétant lorsqu’on le remarquait et qu’on l’associait à d’autres fêlures remarquées chez le critique, paraissait assez symptomatique du mythe que Hale s’était bâti, et qui se craquelait à l’occasion, comme lors de de ces descentes aux enfers, jusqu’’ici toujours suivies de remontées vers la surface, laborieuses, exténuantes.

-Faudrait peut-être aussi prévenir les autres…


Son marmonnement se mourut dans sa propre indifférence : il ignorait totalement si ses collègues avaient fini par se poser des questions au sujet de son absence, voire à s’inquiéter, à partir à sa recherche ou même à téléphoner à la police ; à vrai dire, il ne savait même plus où il avait mis son portable –heureusement sous la bonne garde d’Eric-, et s’en fichait. Ce qu’il racontait ne devait pas être très clair pour Ashford, une sorte de tissu décousu d’informations aussi éparses que les morceaux de son cœur éparpillés un peu partout, mais tout le fatiguait, depuis avoir l’obligeance de prévenir ses camardes de soirée qu’il était rentré, jusqu’à simplement presser l’interrupteur actionnant la lumière de l’entrée. Vivre recommençait à lourdement lui peser.






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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Dim 24 Déc - 1:26

Eblouis par la nuit
Maximilian & Eric
Hale n’allait pas bien. Cependant, sa souffrance n’avait rien de physique. Après un examen rapide, je n’avais pas découvert quelque blessure que ce soit, ni de trace de sang, ni de bosse à l’arrière de son crâne, rien. Il n’y avait rien. Pourtant, il n’allait pas bien. Il m’avait appelé en pleine nuit de façon désespérée, lointaine. Il n’était pas le premier de mes patients à agir ainsi, à demander volontairement ou non mon aide au beau milieu de la nuit. Mais c’était bel et bien la première fois que cela lui arrivait à lui. A ce patient qui allait toujours bien en temps normal. A ce patient qui avait toujours ce petit sourire au coin des lèvres. A ce patient qui aimait jouer avec moi et me faire tourner en bourrique pendant nos séances. Ce soir, je découvrais une toute autre facette de lui. Une facette inconnue mais qui était finalement tellement évidente. Je savais qu’il avait un problème conséquent qui le rongeait, pourquoi serait-il venu me consulter dans le cas contraire ? Ce n’était pas de la simple curiosité. Ce n’était pas non plus pour occuper son temps. Il avait un problème, ou plusieurs, qui l’écrasait sous son poids jour après jour. Aujourd’hui, ce soir, il m’avait laissé entrapercevoir cette faille qu’il avait si habilement cachée depuis des mois. Et je ne comptais pas le laisser tomber dans un moment aussi dramatique.

Le trottoir avait causé sa chute. Selon lui. Peut-être. Pourquoi pas. Peut-être avait-il effectivement trébuché. Mais ce n’était pas qu’une simple chute à mon humble avis. Sa crise de panique avait pris le pas sur ses réflexions et il avait chuté sans même chercher à se rattraper, se laissant tomber sans émettre la moindre résistance. Il se trouvait actuellement dans un moment de faiblesse et même s’il était légèrement sonné, tout dans son attitude montrait la honte qu’il éprouvait à l’heure actuelle. Notamment le fait qu’il ne cesse de fuir mon regard. Avait-il peur de mon potentiel jugement ? Preuve en était qu’il ne me connaissait pas, puisque ce n’était pas mon genre. Cependant, je ne pouvais pas lui en vouloir. Après tout, il employait une telle force pour faire bonne figure en toute circonstance, qu’il se sentait sans doute démuni de se montrer aussi vulnérable devant moi. Pourtant, nous avons tous nos faiblesses, nos moments de détresse. Maximilian ne faisait pas exception. Moi non plus. Il n’y avait pourtant pas de honte à avoir. J’étais là pour l’aider et il n’était pas question que je le laisse seul dans son état.

Il prit le temps de la réflexion pour répondre à ma proposition. Quoiqu’il choisisse, je ne comptais pas rentrer chez moi. S’il voulait aller à l’hôpital, même si cela me coûterait énormément d’y retourner, je l’y accompagnerais et resterais avec lui jusqu’à ce qu’on l’autorise à sortir. Je fuyais cet endroit comme la peste, mais je ne pouvais pas me résoudre à l’abandonner. Sauf s’il ne voulait pas de moi dans les parages. Dans ce cas là, je ne pourrais pas y faire grand-chose, bien évidemment. Je n’allais pas rester à ses côtés s’il ne le souhaitait pas. Loin de moi l’idée de le forcer à quoi que ce soit. Nous n’étions pas amis après tout. Juste, thérapeute et patient, n’est-ce pas ? Dans tous les cas, il sembla être en proie à une intense réflexion. Pesait-il les pour et les contre dans cette histoire ? Peut-être ne voulait-il tout simplement pas de moi chez lui ? Avait-il peur que je découvre quelque chose de compromettant ? Peut-être ne voulait-il pas non plus aller à l’hôpital ? De quel côté la balance allait-elle finir par pencher ? J’attendais patiemment, ne le quittant pas du regard, encore aux aguets pour guetter le moindre signe de faiblesse, le moindre potentiel évanouissement à venir. Je me tenais prêt à intervenir en cas de besoin. Les minutes qui s’écoulèrent me parurent durer une éternité jusqu’à ce qu’il ouvre enfin la bouche pour accepter de rentrer chez lui, avec moi. L’expression de son visage me fit très légèrement sourire. Cette option ne l’enchantait pas mais elle paraissait plus acceptable que la première. Soit. « Bien. En route. » Il ne voulait pas de moi chez lui, mais il préférait ça que se retrouver aux urgences. Lui aussi avait-il un problème avec les hôpitaux ? A en juger par la durée de sa réflexion, cette hypothèse me parut probable.

Une fois sur nos pieds, je l’avais guidé jusqu’à ma voiture et lui avais même ouvert la portière côté passager pour qu’il puisse s’y installer. Sauf qu’il ne monta pas. Pas immédiatement du moins. Je le lâchais et fis le tour de la voiture pour prendre place sur le siège conducteur, tout en gardant un œil sur lui. Il sembla hésiter quelques secondes, comme si la perspective de monter dans la voiture lui posait problème. Voyant mon téléphone sur son siège, je le récupérais avant qu’il ne s’asseye. L’hôpital, la voiture… Y avait-il un lien ou extrapolais-je la situation ? D’un naturel observateur, certains détails paraissant pourtant anodins, ne m’échappaient pas. Dans tous les cas, j’y réfléchirais plus tard. Peut-être que le simple fait de m’ouvrir les portes de son cocon le perturbait à ce point ? Bref. Maintenant qu’il était monté et qu’il avait attaché sa ceinture, j’en fis de même pour prendre la route jusqu’à son domicile, guidé par les indications qu’il me donnait au fur et à mesure. Le trajet se fit en silence, aucun mot ne franchit la barrière de mes lèvres parce que j’étais trop concentré à suivre la route, mais surtout à le surveiller du coin de l’œil.

Après quelques minutes de route à travers la ville, son quartier se dévoila sous nos yeux. Puis sa maison, grande, haute et massive pour un homme seul, apparut à son tour. Vivait-il réellement seul d’ailleurs ? Cette question ne me traversa pas vraiment l’esprit à vrai dire. Me garant à quelques pas de la maison, je coupais déjà le moteur et détachais ma ceinture. Hale était déjà dehors quand je sortis à mon tour de la voiture. Sa voix, par-dessus l’habitacle attira mon regard et il tenta désespérément de me dissuader à poursuivre mon chemin vers son antre. Arquant un sourcil, je le vis prendre la direction de sa porte d’entrée et je secouais doucement la tête. Ne rêve pas mon coco, je ne vais pas te lâcher d’une semelle. « Cela ne fonctionne pas comme ça mon cher. » Lançai-je pour moi-même alors que je lui emboîtais le pas. S’il pensait réellement que j’allais tourner les talons et le laisser seul pour la nuit après ce qu’il venait de se passer, il se trompait lourdement. Ce serait parfaitement inconscient et irresponsable de ma part d’agir de la sorte. J’étais responsable de lui à présent et ce, jusqu’à ce qu’il aille mieux. Je marchais derrière lui jusqu’à ce qu’il atteigne la porte et qu’il la déverrouille dans un soupir las. Oui, en effet, j’étais toujours là, que cela lui plaise ou non. Il entra et m’invita à faire comme chez moi. Une invitation à entrer était déjà pas mal, même si je ne l’aurais pas éternellement attendu avant de m’exécuter. Une fois à l’intérieur, je refermais la porte derrière moi. « Ça ira merci. » Non je n’avais pas soif et encore moins l’envie d’avaler quoi que ce soit de solide. Lui non plus sans doute, même si un verre d’eau ou n’importe quelle boisson lui ferait le plus grand bien à mon sens. Il me paraissait tellement lointain alors que physiquement, il n’était pas si éloigné de moi. Il était tellement à l’ouest que l’idée même d’allumer la lumière ne lui effleura pas l’esprit. Cherchant l’interrupteur des yeux dans la pénombre, je finis par le trouver et l’enclencher. Voilà qui était mieux. Cependant, lorsque je reportais mon attention sur lui, sur son visage, je ne pus que constater son profond mal-être. Il était livide, blême, au bord du gouffre. « Toi en revanche, tu devrais boire quelque chose. Tu veux un verre d’eau ? Un chocolat chaud peut-être ? » Il n’avait pas bu de café quand on s’était croisé la première fois au café-librairie, il avait pris un chocolat. Peut-être n’aimait-il pas le café ? Je jetais quand même quelques coups d’œil autour de moi, pour repérer les lieux et chercher sa cuisine du regard au cas où il voulait boire quelque chose.

Mais sa voix interrompit mon tour d’horizon. Cette voix si lointaine malgré sa proximité. Cette voix éteinte de toute joie de vivre. Prévenir les autres ? De qui parlait-il ? Il me fallut quelques secondes pour tilter et comprendre de qui il parlait. Ses collègues. Il avait passé le début de la soirée avec eux. « Oui, certes. » Plus tard. Ce n’était pas la priorité actuellement. « Mais d’abord, tu vas aller t’asseoir un peu, viens. » Doucement, je posais une main dans son dos pour le guider dans son salon jusqu’à son canapé. « Assieds-toi. » J’attendais qu’il s’exécute pour m’installer à côté de lui sans enlever ma main de son dos pour autant. Me souvenant de sa chute, je me penchais légèrement vers l’arrière pour tenter de déceler la moindre tâche de sang dans son dos. Sait-on jamais. Peut-être s’était-il blessé en tombant ? Heureusement, je ne trouvais rien. Me rappelant également que je possédais son téléphone dans la poche de ma veste, je l’en sortis pour vérifier si ses collègues s’étaient inquiétés en essayant de le joindre. Mais rien. Pas de message. Pas d’appel manqué. Peut-être que l’un d’eux l’avait vu partir ? Peu importe, ses collègues étaient le cadet de mes soucis. Je posais son téléphone sur la table basse et me tournais vers lui. « Comment tu te sens ? Tu n’as pas de vertige ? » A vrai dire, je ne savais pas vraiment quoi faire. La situation me dépassait. « Je sais que la perspective de m’avoir sous ton toit ne t’enchante pas vraiment et j’en suis désolé. Cependant, il va falloir que tu te fasses à l’idée que je ne partirai pas tant que je ne serais pas certain que tout va bien. C’est peut-être un peu déplacé de ma part, j’en ai conscience, mais je ne peux pas faire autrement. Ce serait extrêmement inconscient et irresponsable de ma part de te laisser seul. Tu comprends ? » La situation était assez délicate mais je n’avais pas le choix. Je savais également que dans ce genre de situation, les personnes en état de choc – bien que ce ne soit pas son cas – avaient tendance à avoir froid. Malheureusement je ne voyais pas de plaid ou de couverture à proximité. « Est-ce que tu as… » Froid ? Qu’importe, je ne pris pas la peine de finir ma phrase. A quoi bon le déranger plus que nécessaire ? Je n’avais peut-être pas de couverture à portée de main, mais j’avais ma veste. Alors je la retirais pour la poser sur ses épaules. Dans une volonté de ne pas rompre le contact, je laissais ma main sur son épaule, pour lui montrer que j’étais présent pour lui. « Maximilian, sache que je suis là pour toi… » Je ne voulais pas le forcer à me parler, loin de moi cette idée. J’agissais avec lui comme avec n’importe lequel de mes amis. Quand Declan avait un problème avec sa femme, je l’encourageais toujours à m’en parler s’il en ressentait le besoin parce que je voulais lui venir en aide. J’avais agi de la même façon quand Isaiah s’était finalement confié sur les coups que lui assénait régulièrement sa femme. J’avais l’habitude d’agir ainsi avec mes proches. Cependant, je ne voulais pas brusquer Maximilian. « Et si je te préparais un chocolat chaud ? Ça te dirait ? » Le voir dans cet état me faisait tellement mal au cœur que j’étais prêt à tout pour lui remonter le moral. Le problème c’est que je ne voulais pas le quitter des yeux, ne serait-ce que quelques secondes…

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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Ven 21 Sep - 15:31


All the king's men couldn't put me back together again
If I am lost, find me, but do not ask me to come back just yet. Sit with me in this lost place and may be you will understand why I come here too often, what draws me to my Neverland. Find me, but bring me back when I am ready. Maybe you will get to know me a little better. Maybe we can get lost together.



« How do you wake up from a nightmare, if you're not asleep ? »





Le corridor d’entrée s’ouvrait devant lui comme une gueule noyée de ténèbres, ce petit espace de vie anodin qui le voyait partir et revenir chaque soir ou presque devenu couloir de la mort qui, presque par illusion d’optique, se voyait étiré sans fin, comme dans un mauvais rêve ou un film d’épouvante. Aspiré sans pouvoir rien n’y faire, Max se sentait pris de vertige, dépossédé du droit de décider où ses pas devaient le mener, ainsi que de la liberté de déposer les armes à son rythme, au nom d’un relâchement bien mérité. La lumière, brutalement allumée, fit étrécir douloureusement ses prunelles de sa fulgurance électrique, sans que l’impression de se retrouver en terrain hostile ne s’apaise.

Il n’y avait plus d’endroit où se cacher. Il n’aurait jamais que cela puisse arriver, que même un ultime bastion de solide au cœur duquel laisser toute la laideur de ses blessures se révéler ne lui serait plus accessible. Avait-il donc été une telle ordure, un tel monstre, une telle déception jetée à la face de l’Humanité, pour mériter que plus aucun répit ne lui soit de la sorte concédé, comme naguère les nobles jetaient négligemment aux mendiants une piécette depuis la portière de leur carrosse ? Il n’aurait même pas été en mesure de déterminer si le fait que ce soit Eric, ce cher et si parfait Eric, qui fût le témoin de sa pitoyable déchéance. Ne pas être jugé par un regard étranger, froid, culpabilisant, ce pourrait être éventuellement moins douloureux… Pourtant, le Californien ne s’en trouvait pas rasséréné pour autant, presque au contraire. Bien que depuis qu’il se soit engagé à suivre une thérapie auprès d’Ashford, il n’ait jamais escompté baisser sa garde, Max devait bien le reconnaître, la situation s’avérait critique, et ses artifices aussi efficaces que des défenses en fétus de paille. L’enfer pavé de bonnes intentions menaient tout droit son bienfaiteur vers le cœur du problème, vers la vérité dans son plus simple appareil, laide et fade, difforme et sans avenir, sans que Hale ne parvienne à comprendre quelle motivation l’exhortait avec tant de force à vouloir dévoiler pareille laideur. Pourquoi ne parvenait-il pas à se contenter du Maxim de tous les jours, celui qui se montrait souriant, enjoué, charmant même en un sens, à quoi bon se concentrer sur ce médiocre ersatz de son patient ? Qu’espérer de la loque qu’il avait littéralement ramassée sur le trottoir, à peine en meilleure forme qu’un chien errant ? Il lui semblait tellement inconcevable que quiconque, et surtout un homme aussi érudit et distingué qu’Ashford, puisse préférer côtoyer une si piètre créature, fragilisée au-delà de l’acceptable, alors que bien mieux se trouvait à portée de main, offert de bonne grâce et sans aucune conséquence dommageable. Maxim n’avait rien d’un spécialiste, mais les gens n’étaient-ils pas censés rechercher la compagnie de leurs pairs avant toute chose, se rapprochant instinctivement des personnes leur ressemblant au lieu de se tourner vers la diversité et la différence ? Au lieu de cela, le psychologue s’évertuait à gratter encore et encore à la surface de ce miroir brisé qu’était la conscience du journaliste ; à croire que la seule naïveté ne réussissait pas à expliquer l’obstination du New-Yorkais, et en ces heures si sombres où rien n’était plus sûr ou pris pour acquis, même les intentions les moins bienveillantes devenaient des théories plausibles, au sein de ce cyclone de confusion.

Même sans son manteau, Maximilian sentait ses épaules lui peser, symptôme qu’il mit sur le compte de la posture plus ou moins inconfortable qui avait été la sienne durant le ridicule spectacle qu’il avait offert au monde étalé de tout son long en pleine rue : après tout, le Californien n’était pas spécialement sportif, des courbatures se trouvaient parfaitement à même d’expliquer cette sensation de chape apposée sur lui, héritées de muscles raidis en une position peu recommandée. A vrai dire, une simple douche, selon Max, aurait suffi à régler le problème, mais il n’avait réellement envie de rien, pas même de longues heures passées sous de l’eau brûlante, tant le moindre effort, y compris se dévêtir, l’écœurait d’avance. Sans compter que même s’il tentait cette esquive, Eric ne manquerait pas de s’installer patiemment au salon et d’attendre qu’il revienne, propre comme un sou neuf, quitte à venir frapper à sa porte et à camper devant celle-ci si l’idée saugrenue lui prenait de filer directement s’enfermer dans sa chambre, tel un enfant capricieux. L’examen de sa peau, à la recherche d’éventuelles contusions ou meurtrissures, devrait attendre le lendemain.

Poupée de chiffon perdue dans sa propre demeure, Hale se laissa guider par son invité, un quasi étranger jusqu’à il y avait finalement bien peu de temps et visiteur pour la première fois des lieux sans même réaliser qu’il manquait à tous ses devoirs de maitre de maison. Il demeura silencieux, éludant la proposition d’une boisson chaude, puisque son silence dans la voiture avait réussi à lui épargner d’autres questions –alors pourquoi ne pas retenter le coup ?-. Son cœur, encore enfermé préventivement dans sa coquille, lui recommandait de demeurer amorphe pour ne plus attirer l’attention, et laisser à ses plaies le temps de se résorber comme un monstre rentrant sagement dans sa grotte sous-marine, alors que la main de son thérapeute le crispait presque, comme pour l’éviter sans oser l’avouer. Gêne, douleur le rendant hypersensible, peur que ce simple contact devienne la clé libérant de leur prison tous les aveux qu’il se refusait à faire, tous ces sentiments mélangés trouvaient racine dans la facilité avec laquelle Ashford s’intégrait à son univers replié sur lui-même, non pas comme une pièce rapportée qui laisserait une impression diffuse de ne pas se trouver à sa place, mais à l’image d’une morceau de puzzle s’insérant à la perfection dans un vide qui  paraissait avoir été créé expressément pour elle. Le risque de se laisser toucher par lui, par sa présence rassurante et ses attentions requérait de sa part une vigilance constante, bien peu conjugable avec le moindre délassement. Malgré le moelleux de son sofa, parfait pour une soirée à regarder un match de foot ou s’allonger, un livre à la main, pour une après-midi pluvieuse de détente et dans lequel son corps s’était enfoncé comme il aurait regagné un cocon protecteur, son estomac demeurait serré.

-Un peu secoué, mais a priori tout fonctionne, affirma-t-il par une boutade qui sonna comme un bien pâle écho de sa flamboyance malicieuse. … Je crois bien que je n’aime pas la vodka… Et que la vodka ne m’aime pas.

Etait-ce d’ailleurs un shot de vodka qui l’avait précipité dans le précipice dont il peinait tant à s’extirper ? A vrai dire, Maximilian n’arrivait même plus à s’en rappeler avec exactitude. Son sourire famélique tremblota avant de s’évanouir, alors qu’Eric, près de lui, ne lâchait pas un pouce de terrain, comme au chevet d’un malade. D’où lui venaient une telle énergie, une telle foi en ce mythe racontant que la vie valait la peine qu’on se batte pour elle, alors que lui-même avait connu le pire ? Comment pouvait-il encore assurer à des personnes en ruines comme lui que les choses s’arrangeaient avec le temps et qu’aucun chagrin n’était insurmontable ?

Happé par le bleu-gris de ses yeux, qui reflétait avec tant de sincérité tout le tracas que le critique s’en voulait tant de lui imposer, le moribond ne parvenait plus à détacher son regard de son ange gardien, rendu muet par le point auquel la générosité d’Eric le touchait. Les mots de son psychologue se teintaient d’un envoûtement qui, à la manière d’un agréable poison, s’insinuait en lui, corrodant aussi bien les remparts ceinturant ses secrets que le parti pris selon lequel il parviendrait à s’en tirer tout seul, privé de cette chaleur lénifiante que lui prodiguait la bienveillance inquiète du spécialiste. Culpabilité et désœuvrement revinrent à la charge, relents acides qui lui remirent en tête l’idée désespérante qu’il ne méritait pas quelqu’un comme Eric à ses côtés, pour traverser une épreuve qu’il se devait de dépasser seul, à la manière d’une catharsis douloureuse mais nécessaire.

La veste que le New-Yorkais déposa sur ses épaules avec une telle prévenance ne fit qu’accroître cette envie difficilement répressible de fondre en larmes, là, entouré de l’aura réconfortante d’Ashford, et instinctivement, alors qu’un réflexe éreinté voulut lui faire repousser de la main le vêtement, ses doigts se refermèrent sur les bords de la veste pour mieux en maintenir les pans autour de lui, telle une couverture de survie. L’odeur de son protecteur, sur le tissu, renforça plus encore la bulle sécurisante que son psy faisait naître autour de lui à la manière d’un parent consolant son enfant après un cauchemar… Et l’évocation, à nouveau, d’un chocolat chaud comme ultime remède contre son vague à l’âme lui remémora ce qui lui proposait, de la même façon, sa mère lorsqu’elle le sentait stressé par ses examens ou malheureux à l’idée de faire de la peine à une amie en refusant de sortir avec elle. Emily Hale, tout comme Eric, savait parfaitement trouver les mots pour lui montrer qu’elle comprenait ce que son fils traversait, et d’une tasse de sa recette personnelle lui redonnait du baume au cœur. Au cacao traditionnel, elle ajoutait du lait d’amande, de la cannelle et de la cardamone, mais également son ingrédient secret, une pincée de muscade, et le plus doux des sourires qui rendait impossible à croire le risque d’un jour se sentir seul au monde.

Le regard toujours tourné vers le visage de son hôte, ses yeux s’embuèrent, alors que tant de détresse se lisait dans leur bleu.

-Je ne sais pas quoi te dire, Eric, balbutia Maximilian d’une toute petite voix, battant des paupières pour contenir les larmes qui commençaient à poindre à la frange de ses cils. Je t’assure que je voudrais, mais je ne sais pas… Je ne suis même pas sûr d’y arriver…

Prendre une grande aspiration ne fit qu’illustrer à quel point sa gorge se trouvait serrée, alors qu’un bref instant, il chercha une porte de sortie, une solution miraculeuse que l’univers en quête de rédemption lui aurait envoyée ; rien, à part Ashford, ne le raccrochait à l'espoir de rémission.

-Parfois… Parfois j’ai une douleur dans la poitrine… ça finit par passer, mais ça fait tellement mal… Je ne sais pas quoi faire… Je... Je ne saurais même pas par où commencer.

Difficile pour lui, pourtant habitué des lettres, de mettre des mots sur son calvaire, ce qui ne faisait que le faire se sentir plus pitoyable encore, marmot maladroit balbutiant des inepties sans queue ni tête.






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Eric L. AshfordGod bless America… and Me
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MessageSujet: Re: éblouis par la nuit | Eric   Sam 29 Sep - 22:29

Eblouis par la nuit
Maximilian & Eric
Je n’avais jamais vu Maximilian Hale dans un état pareil. Si d’ordinaire il prenait un malin plaisir à contrer toutes mes tentatives d’aide à son égard avec un semblant de bien-être un peu trop poussé, aujourd’hui, ce soir, il n’avait plus rien du patient enjoué que je connaissais. Il n’était plus du tout la même personne. Son sourire jovial de d’habitude avait laissé place à une mine sombre et fermée, en proie à une intense douleur psychologique. Son regard n’était pas fixe mais fuyant, son flot de parole incessant de toujours s’était tu. Il avait l’air complètement perdu et déboussolé, en plein choc. Tout au long de ma carrière, j’avais déjà dû avoir affaire à ce genre de comportement avec mes patients. Etant donné que je leur donnais à tous mon numéro de téléphone pour qu’ils puissent me joindre à tout moment en cas de problème, j’avais souvent eu des appels en pleine nuit, des appels au secours généralement. Je ne me déplaçais pas toujours, certaines fois ce n’était pas nécessaire mais la nuit j’avais toujours affaire à une autre facette de la personnalité de mes patients. J’avais l’habitude mais c’était assez surprenant de ma part de Hale, lui qui clamait constamment haut et fort qu’il allait bien. Preuve en était que non. Comme quoi, ceux qui en montrent le moins sont ceux qui souffrent le plus. Dans son état actuel, il était hors de question que je le laisse seul, ne serait-ce qu’une minute. Il pouvait se montrer dangereux pour lui-même. Et puis avec la chute qu’il avait sans doute fait, ce serait totalement irresponsable de ma part de le laisser toute la nuit sans surveillance. Peut-être avait-il un traumatisme crânien ? Que cela lui plaise ou non, il allait m’avoir sur le dos jusqu’à ce que je sois certain que tout aille bien. Ce qui risquait de prendre de nombreuses heures.

En réponse à ma question, il affirma qu’il était un peu secoué mais que tout semblait fonctionner. Il plaisanta même sur les effets de la vodka sur lui. Au moins, il avait daigné me répondre cette fois, avec une légère touche d’humour. C’était déjà ça de pris. « A priori. » Sans un examen médical approfondi, personne ne pouvait en être certain. Je ne relevais pas concernant l’alcool ingurgité. Selon moi, ce n’était pas la raison de son malaise. Il n’avait pas l’air ivre, loin de là. J’imaginais qu’il n’avait pas bu tant que ça, sinon comment aurait-il réussi à m’appeler ? Il ne présentait pas les symptômes d’une personne ayant bu excessivement. Même si je l’avais aidé à se relever dans la rue, il avait ensuite marché seul et je n’avais pas remarqué le moindre faux pas. Dans tous les cas, il ne fallait pas que je baisse les bras et que je continue de me montrer présent et attentif pour lui. Il ne devait pas sentir une seule seconde que je pouvais disparaitre. Dans ce genre de moment, il ne fallait pas rester seul, je me devais de continuer de parler encore et encore pour qu’il reste concentré sur moi et qu’il ne reparte pas dans ses idées noires. Qui sait jusqu’où pouvaient-elles le mener ? Et puis, avouons-le, je m’inquiétais pour lui. Depuis le temps qu’on se côtoyait tous les deux, je m’étais attaché à lui. Selon l’éthique, je n’avais pas vraiment le droit de sympathiser à ce point avec un patient mais les choses s’étaient faites toutes seules, sans que je ne puisse contrôler quoi que ce soit. J’appréciais sa compagnie, j’appréciais l’homme qu’il était et j’aimais toujours nos échanges même s’ils ne menaient à rien. Je savais que je gagnais du terrain même si je n’en avais pas toujours la sensation. Maximilian était particulier sans que je ne sache exactement pourquoi. J’avais envie de l’aider, plus que n’importe qui.

Je débordais de petites attentions à son égard, d’abord ce contact que je ne rompais sous aucun prétexte et ensuite ma veste que je déposais sur ses épaules à la manière d’un enfant frigorifié. Je me devais de prendre soin de lui, tel était mon rôle en tant que son thérapeute. Et ami. Etions-nous réellement amis à présent ? Pouvions-nous qualifier notre relation ainsi ? Après tout, il était déjà venu chez moi, il avait rencontré ma nièce, nous avions bu un café ensemble… Je devais me rendre à l’évidence, nous avions franchi la limite entre patient et psychologue. Le simple lien professionnel avait été dépassé. Etais-je réellement à ma place, assis là sur son canapé, dans son domicile, juste à côté de lui ? Mes confrères me hurleraient que non, que je ne devais pas me montrer aussi proche, tant physiquement que psychologiquement. Cependant, je n’avais pas pu rester chez moi à retrouver le sommeil tranquillement en ignorant cet appel à l’aide. Ce sentiment protecteur à son égard se renforça lorsqu’il me regarda les yeux tellement brillants des larmes qu’il contenait. A cet instant mon cœur se serra face à son mal-être apparent. Il avait les yeux tellement bleus, d’une intensité sans pareille, que j’en étais presque déstabilisé. « Ne te force pas à me dire quelque chose que tu veux garder pour toi si tu n’es pas prêt. Dis-moi juste, ce qui te passe par la tête, ce que tu ressens. » Je ne voulais pas qu’il m’explique en détail le fond du problème, j’estimais qu’il était bien trop tôt pour ça. Il me fallait encore travailler là-dessus pour démêler ce nœud dans sa tête. Mieux valait qu’il évoque ses émotions à l’heure actuelle parce qu’elles étaient le problème pour le moment. Ce trop plein d’émotion qui le submergeait alors qu’il se contenait.

Il évoqua la douleur qu’il ressentait parfois. Cette douleur dans la poitrine que je ne connaissais que trop bien. Cette sensation était tellement familière que je savais parfaitement ce qu’il éprouvait en ce moment même. Je ne pouvais que compatir. Je me tournais un peu mieux face à lui et tendis mes mains vers lui, paumes vers le haut. « Prends mes mains. Attrape-les et serre-les fort. Ou bien pose juste les tiennes sur les miennes. Vas-y. » Aucun contact n’était meilleur et plus bénéfique que par les mains. Je voulais établir un contact direct que lui aussi entreprendrait. J’avais déjà fait un pas vers lui en tendant mes mains, à lui de faire un pas vers moi en joignant les siennes aux miennes. « Ne réfléchis pas. Ne cherche pas à définir ce qui te ronge de l’intérieur. Contente-toi juste de me regarder, d’écouter ma voix, de te focaliser sur moi. Cette douleur que tu ressens sera toujours présente dans ta vie. Parfois, tu ne la sentiras pas, parfois légèrement. Elle ne disparaitra jamais Maximilian, mais tu dois apprendre à vivre avec. Un jour, tu seras tellement habitué à elle que tu ne la sentiras plus parce qu’elle fera partie de toi. Je sais ce que tu ressens, crois-moi. La douleur sera moins vive au fil du temps. Tout ce qu’il te faut, c’est l’accepter. Tant que ce ne sera pas le cas, elle te fera souffrir. » C’était assez ironique comme situation parce que je lui prodiguais des conseils que je ne suivais pas moi-même. « Dis-moi Maximilian, est-ce que tu ressens cette douleur maintenant ? Est-ce que tu l’as ressentie ce soir ? Qu’est-ce qu’il s’est passé tout à l'heure ? Tu passais une soirée avec tes collègues à ce que j’ai compris, n’est-ce pas ? Tu passais une bonne soirée ? Tu veux bien m’en parler ? » Je voulais savoir ce qui l’avait amené à s’effondrer en pleine rue, seul, sans personne pour lui venir en aide. « Ne crois pas que tu es seul Maxim. Je suis là pour toi, ne l’oublie pas. Fais-moi confiance. »

crackle bones @Maximilian Hale
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éblouis par la nuit | Eric
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